LE BROUILLARD DANS LES MONTAGNES. (I
Le brouillard automnal que la pluie accompagne,
— Tandis que dans le fond du vallon abrité Le paysage agreste est en pleine clarté, —
Jette un long voile gris sur la haute montagne.
Accrochés aux rochers pareils à des menhirs.
Cardés par les sapins à la cime pointue.
En maint endroit les hords déchirés de la nue Ont laissé des flocons, de légers souvenirs.
Pourtant, si tout le ciel perd son aspect superbe.
Les gazons veloutés sont plus beaux, plus épais.
Humectés de cette eau qui tombe des sommets :
La fraîcheur des grands bois rit aux fraîcheurs de l’herbe ;
Et bientôt dans sa course aux pentes du ravin.
Le rapide ruisseau, fait de neige, où vont boire Les ours, sous un rayon se nuançant de moire. Bouillonnera plus clair sur un sable plus fin...
— L’homme sage est ainsi : les plus rudes alarmes Ne font que rembrunir son front durant un soir ;
Toujours en ses chagrins brille un semblant d’espoir Et son cœur reverdit sous l’averse des larmes.
(1) Cette pièce est tirée d’un volume de poésies de M. Léon Duvauchel, La Clé des Champs, Paris 1881, chez Lemerre.
11 février 1880.
Argenteuil. — Imprimerie P. Works
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