‹ Jean-Dominique Larrey (le Baron)Chapitre 6 sur 13 · IH, — V · texte numérisé non relu

IH, — V

tion des titres et qualités de l'historien (de Larreÿ), dont le nom se trouve: ainsi nobilisé avant d'avoir été baronnise par l'Empereur à la Bataille de Wagram. » Et l'illustre Chirurgien ajoute : « noblesse pour noblesse, je: tiens moins à celle de Louis XIV qu'à celle de Napoléon. »

On trouve écrit, dans les Biographies de Larrey, que ses pa-rents étaient de modestes propriétaires, qui vivaient du produit de: leurs terres. Parmi les documents que nous a envoyés M. Edouard Privat, l'acte de naissance du frère de Dominique Larrey nous. fournit cette indication précieuse que leur père, Jean Larrey, était Maître-Cordonnier.

« Le 16 mars 1769, est né et a été baptisé Claude François Hilaire Larrey, fils de Jean Larrey, Mètre Cordonier, et de Philippe Larrey mariés. Parrain a été Claude François Piera, Marraine Hilaire Françoise: Piera de la ville de Bagnères. La marraine n'a point signé pour ne savoir. Le parrain a signé |

Piera. Tresarrieu, Curé.

Une autre pièce, l'acte de naissance d'Aïexis Larrey, le frère de Larrey Père, nous apprend que ledit Larrey Père ne savait pas. signer et par conséquent était illettré en 1750 :

« L'an 1750 et le 26 décembre, est né et a été baptisé Alexis Larrey fils de Jean Larrey et de Geniviesve Coussié, son épouse. Parrain Jean Larrey, son frère. Marraine Claire Courouau qui requis de signer ont dit. ne savoir. Peteilh, Cure.

Ces documents proviennent des actes civils de Beaudéan.

Le père de Larrey mourut jeune, laissant sa femme et trois. enfants dans une demi-gêne : sa mère était une femme énergique, volontaire et clairvoyante, qui se chargea de l'instruction de ses. enfants.

C'est avec l'assistance de l'Abbe Grasset, Curé de Beaudéan, qu'elleput donner à Dominique une instruction assez poussée. Ce Curé, très. lettre, « s’attacha à instruire non seulement l'enfant, mais aussi à former son caractère et à développer, en même temps que son intelligence, les qualités viriles d'honneur, de droiture, de courage, et d'endurance phy-. sique, qui lui avaient été transmises en germes héréditaires et qu'il devait élever à un si haut degré. » (Paul Triaire).

Vers l'âge de quatorze ans, Larrey demanda à faire des études de chirurgie. Or, un de ses oncles, Alexis Larrey, était Professeur

au Collège de chirurgie de Toulouse, et jouissait d'une grande notoriété, qui lui avait valu d'être choisi comme correspondant régnicole de l’Académie de chirurgie. Il accepta de se charger de l'instruction professionnelle de Dominique. Celui-ci partit pour Toulouse, seul et à pied, le 10 mai 1780. La route était longue ; le voyage fut pénible et fatigant mais l'enfant fut accueilli à son arrivée, avec tant d'affection, qu'il oublia vite cette dure épreuve. Son oncle l'attacha à son service d'Hôpital, mais ayant constaté l'insuffisance d'instruction littéraire de Dominique, il lui fit suivre en même temps les cours du célèbre Collège de l'Esquille. Il y fit de rapides progrès et d'excellentes études, si bien qu'en peu de temps, il eut acquis de sérieuses connaissances en latin. En Médecine, il s’'adonna tout particulièrement à l’Anatomie : à la fin de sa première année d'études, il fut reçu, au concours, sous-aide d'Anatomie. Il n'avait alors que 15 ans. Il fut, par ces fonctions, chargé de préparer les leçons d'Anatomie de son oncle : afin de se procurer des ressources, il donna des répétitions d' Anatomie aux Elèves du Collège de chirurgie. Il travailla avec ardeur, non seulement l'Anatomie, mais encore la Médecine, la Matière médicale et l'Obstétrique. |

Ses efforts furent couronnés de succès, car en 1785, il obtint au Concours le premier prix de la Société de l'Hôpital de Saint-Joseph de la Grave. Suivant les traditions, il devait être nommé à la première place vacante de Professeur. Mais son Concours avait éête si remarquable, qu'on n’attendit pas une vacance et qu'il fut désigné comme Professeur et chargé de faire des leçons publiques. Dans un de ses manuscrits, Larrey déclare : « Cette marque d'estime fut pour moi un puissant aiguillon, qui me faisait passer les nuits entières pour remplir avec honneur le noble emploi qui m'avait été confié. »

Un an plus tard, Larrey prit part au concours pour la place d'aide-major de l'Hôpital de Saint-Joseph de la Grave et se classa premier. Il eut alors des fonctions plus importantes : il remplaçait le chef de service absent et pratiquait les opérations d'urgence.

Larrey soutint une thèse de chirurgie sur La carie des os. Son Président de thèse fut le Professeur Becane ; les Capitouls de Toulouse, les Professeurs du Collège de chirurgie et les Membres

de l'Université de Médecine assistèrent à cette soutenance, qui fut des plus brillantes. L'Université, et le Conseil de la cité Toulousaine lui accordèrent une Médaille de vermeil aux Armes de la Ville à titre de récompense.

Larrey avait alors 2] ans ; depuis déjà 7 ans, il avait commencé ses études chirurgicales à Toulouse.

« Il a assoupli son caractère et endurci ses forces physiques par un travail acharné ; il a éprouvé son robuste tempérament, a acquis une instruction qui dépasse celle des Médecins de son temps, et possède une maturité de jugement et d'intelligence supérieure à celle des jeunes gens de son âge. Sous la forte discipline de son oncle, qui resta pour lui un Maître sévère, comme l'étaient la plupart des Chirurgiens du XVIII* siècle, il n'a pas appris uniquement à exécuter les préceptes de son Art, il s'est assimilé aussi des dons qui paraissent secondaires aux esprits superficiels, mais qui ont une importance tellement capitale, qu'on peut leur attribuer la plupart des succès des Praticiens célèbres : la ponctualité la plus rigoureuse, une extrême précision, une exactitude presque religieuse dans toutes les parties du service et la surveillance méthodique et scrupuleuse des plus légers détails (Paul Triaire) ».

Réveillé-Parise nous apprend que Larrey, impatient de s'élancer dans le monde, voulut dès 1782, pendant la guerre d'Amérique, aller y offrir ses services chirurgicaux ; ce projet ne fut pas réalisé.

Désireux de perfectionner son instruction chirurgicale, Larrey décida de se rendre à Paris. Il partit, le 29 septembre 1787, et fit la route à pied, à travers le Quercy, le Limousin, le Poitou, la Touraine. Il écrit, dans ses Mémoires, qu'il devait « faire 5 à 6 lieues sans trouver ni fontaine, ni arbres, ni hameau, ni maison. Je faillis, dit-il, mourir de soif et de chaleur ».

Après son arrivée à Paris, Larrey se rendit auprès de Louis et de Desault. Alexis Larrey, ami de l’un et de l’autre, leur recommanda chaleureusement son neveu, qui fut admis à suivre l'enseignement de Louis au Collège de chirurgie et les cliniques chirurgicales de Desault à l'Hôtel-Dieu. Mais, Larrey ne disposait que de ressources très limitées et il désirait être attaché à un Hôpital, afin de pouvoir gagner sa vie. L'Archevêque de Brienne, alors

Premier Ministre, demanda à l’Inspecteur général Colombier, de nommer Larrey à l'Hôtel royal des Invalides.

Mais la place n'étant pas vacante, il fallait attendre, et le temps pressait ; aussi, ayant appris un jour, par Louis, que l'Intendant de Brest demandait des chirurgiens instruits pour l'Armée de Mer, et qu'un concours allait bientôt s'ouvrir, Larrey s'inscrivit pour subir ces épreuves. Elles étaient passées à l'Hôtel-Dieu, et présidées par Desault lui-même. Larrey fut reçu après un brillant concours et peu de jours plus tard il recevait une commission signée de Louis pour Brest. Larrey fit cette longue route à pied, car il n'était pas assez fortuné pour se payer le coche. En passant par Mortagne, il rencontra sur la route un chirurgien d'un village voisin, qui, ayant appris la personnalité de Larrey, lui demanda de bien vouloir opérer un de ses malades atteint de hernie étranglée. Larrey fit l'opération, dont les suites furent des plus heureuses et il continua sa route par Laval et Rennes. |] arriva à Brest, le 4 octobre 1787.

Il subit de nouvéaux examens et fut nommé chirurgien-major des Vaisseaux de l'Etat. Il embarqua sur une frégate de 20 canons, la Vigilantke, dont la destination était Terre-Neuve, pour protéger nos pêcheurs de morue. Elle partit, le 3 mai 1788 et fit une croisière de 6 mois, pendant laquelle Larrey visita Saint-Pierre et Miquelon. Il veilla avec un très grand soin à l'hygiène de son bord, si bien qu'il ramena son équipage au complet, à Brest, le 27 septembre suivant. La frégate fut désarmée et Larrey, rendu à la liberté, revint à Paris, où il arriva le 5 novembre 1788, après un voyage rapide en coche. Il se logea dans la rue du Foin et se remit immédiatement au travail. Il suivit les cours de Sabatier, Louis, Pelletan, Lassus, Peyrille. Avec ses amis Corvisart et Bichat, il fonda la Société médicale d'Émulation.

Mais les événements révolutionnaires vinrent troubler la vie normale de Paris et Larrey se trouva mêlé, comme acteur, à plus d'une émeute. Dès les premières bagarres sanglantes du faubourg Saint-Antoine, les blessés furent transportés à l'Hôtel-Dieu, dans le service de Desault. Larrey attaché à ce service, vit comme on devait traiter les blessures de guerre.

« Il apprit : à restreindre les grands débridements des plaies qui avaient

l'inconvénient de provoquer des hernies musculaires ; à transformer une blessure compliquée en blessure simple, en avivant les bords des plaies

et en les réunissant ensuite par la suture ; enfin, à traiter méthodiquement les fractures qui accompagnent les lésions par armes à feu et à discerner les cas où l'amputation s'impose. » (Paul Triaire).

La situation matérielle de Larrey ne s’améliora pas; il commençait à sentir sérieusement la gêne, lorsqu'il apprit qu'un concours s'ouvrait le lendemain pour le poste de sous-aide-major à l'Hôtel royal des Invalides. Il se fit inscrire pour prendre part à ce Concours, qui réunissait déjà 40 candidats. Larrey fut classé le premier ; mais, M. de Puységur, l'un des membres du Ministère Necker, désireux de donner cette place à un de ses protégés, fit inscrire le nom de celui-ci au lieu de celui de Larrey, qui se trouva ainsi rayé de la liste. Larrey protesta auprès de Sabatier, président du jury, mais en vain. Cette mésaventure fut un nouveau stimulant pour lui. Il eut alors l'idée de recourir à l'enseignement libre et privé.

« Dans les premières années de mon séjour à Paris, écrit-il dans une note manuscrite, je dus mon existence et la possibilité de continuer à m'instruire, à des leçons particulières d'Anatomie et d'Ostéologie, que je faisais à mes condisciples. »

En février 1789, Larrey se classa le premier dans un concours d'Anatomie à l'École pratique, et peu de temps après, il entrait définitivement à l'École.

Profondément indigné par les actes arbitraires du personnel! gouvernemental et, de plus, ayant un caractère plein d'enthousiasme et d'ardeur patriotique, Larrey applaudit vigoureusement aux premières manifestations de la Révolution. Bien plus, il joua un rôle actif dans la prise de la Bastille et Paul Triaire a extrait de ses papiers, la fiche suivante, que nous reproduisons intégralement et où il raconte ce fait intéressant :

« Le Ministre Necker, partisan de la Révolution, fut exilé le 9 juillet et partit le 10. Ce renvoi provoqua de grands troubles populaires et, le dimanche 12, tout le peuple courut aux armes. Je me trouvai au Palais- Royal, dans les premiers moments. Je m'associai avec transport au mouvement de résistance qui éclata et m'unis à tous ces généreux adversaires du despotisme. »

« Bientôt l'alarme fut générale, le peuple se souleva et fut attaqué par le Prince de Lambese, aux Tuileries. L'étendard de la liberte fut alors

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Fig. 172: —" EARREY.

Portrait au physionotrace.

Reproduction interdite

Fig. 18. — LARREY

Gravure de Pollet

Reproduction interdite.

levé et le tocsin retentit toute la nuit. Le lendemain matin, j'engageai tous mes camarades du Collège de Chirurgie à marcher en corps avec moi, pour aller chercher des armes à l'Hôtel-de-Ville. Je pris la tête de ces jeunes gens, qui étaient au nombre de 1.500 et nous fûmes les premiers à marcher contre les tyrans. Malheureusement, nous ne pûmes obtenir des fusils. Chacun alors s’arma comme il pût, et nous continuâmes à faire des marches en corps, pour soulever les habitants, jusqu’au 14 au matin; nous nous rendimes ce jour-là aux Invalides pour prendre des armes, et de là nous nous dirigeâmes vers la Bastille. Si nous n'eûmes pas l'honneur de monter les premiers y l'assaut, ce fut l'immense multitude devant ses portes qui nous en empêcha, malgré notre ardeur et notre courage ; cependant, nous y organisâmes le premier poste de garde. Jusqu'au mois d'octobre, nous restâmes sous les armes, et nous étions partout où le danger nous appelait. Nous nous rendimes alors à Versailles, où je passai, un mois entier au Corps de Garde. Toutes ces fatigues étaient pour moi un plaisir. »

Les Elèves du Collège de Chirurgie prirent donc une part active dans les émeutes populaires, mais Paul Triaire fait remarquer que leur rôle consista surtout à assurer le respect des propriétés contre les gens sans aveu sortis des bas-fonds de la grande ville, et qui mêlés aux Révolutionnaires, firent leur première apparition dans les troubles de cette année. Ces Élèves occupèrent le Palais de Justice, pour le préserver de toute attaque : ils gardèrent également, à Corbeil, les magasins de poudre et de farine menacés par les pillards. Après la dissolution des Facultés, Écoles et Sociétés savantes, ces jeunes gens se dispersèrent.

Larrey fut nommé Chirurgien-Major du district de Saint-André-des-Arts, ce qui ne l'empêcha pas de continuer ses travaux à l'Ecole pratique et son service d'élève à l'Hôtel Royal des Invalides. Au moment de l'émeute du 27 juillet 1791, jour où Leroux des Tillets, Officier Municipal, voyant que les insurgés étaient irréductibles, proclama la loi martiale, et provoqua ainsi un grand nombre des victimes, Larrey s'élança dans la mêlée pour soigner les blessés. Il fut arrêté, mais Bailly qui accompagnait Leroux des Tillets, donna l'ordre de mettre en liberté les chirurgiens.

Larrey avait laissé d'excellents souvenirs de la Marine de Guerre: aussi, la place de Chirurgien-Major du vaisseau le Jupiter étant devenue vacante, les chefs du Service de Santé de l'Armée de Mer lui offrirent ce poste, qu'il accepta. Il se rendit

alors à Brest et il y attendait son embarquement, quand une lettre de Sabatier le rappela à Paris. Celui-ci voulait qu'il prit part au concours pour Gaignant-Maîtrise à l'Hôpital. Larrey offrit sa démission de Chirurgien-Major et eut de grandes difficultés à l'obtenir. Il revint à Paris et se présenta devant le Jury composé de Sabatier, Pelletan, Lassus, Didier, Cambon et Mesnier. Il fit de remarquables épreuves, mais le Jury avait un candidat désigné d'avance, lequel fut agréé, malgré Sabatier, qui donna sa voix à Larrey. Celui-ci fut nommé Sous-aide, poste peu important.

Au début de 1792, la guerre éclata. Sabatier, proposa au Conseil de Santé de choisir Larrey comme Chirurgien aide-major de l’Armée (Chirurgien-major des Hôpitaux). Il fut nommé et désigné pour servir à l'Armée du Rhin. Il se rendit en avril 1792 à Strasbourg. Le I] juillet 1792, la Patrie étant déclarée en danger, l'Armée du Rhin fut renforcée et Larrey fit partie de l'Armée de Custine, qui occupait Landau et la ligne de Wissembourg. Il était sous les ordres de Lorentz, Lombard, et Percy, remarquables chefs du Service de Santé, en même temps que de l’Administrateur commissaire général Villemanzy. Dès cette époque, il rédigea chaque jour son Journal de Campagne. À la prise de Spire, le 30 septembre 1792, Larrey s'exposa trop audacieusement en se portant au secours des blessés sur le champ de bataille, et cette imprudence lui valut d'être mis quelques jours aux arrêts. Cependant, après la prise de Mayence, il fut nommé aide-major principal et placé sous les ordres de Lombard.

Il obtint, du Général Commandant l'Armée du Rhin et de l'Ordonnateur de l'Armée, la création d'une « ambulance volante », qui devait suivre tous les mouvements des troupes et ramasser les blessés sur le champ de bataille. Au début, elle comprit 3 chirurgiens et un infirmier, montés sur de vigoureux chevaux, avec des porte-manteaux contenant les instruments et les objets de pansement ; plus tard, on y adjoignit des chevaux garnis de bâts et de paniers pour emporter les blessés. Larrey en fut nommé le Chirurgien-Major et attaché, avec cette ambulance, à l’avantgarde de Houchard, « dont le rôle héroïquement aventureux et l'extrême mobilité, rendaient plus indispensable qu'aux autres Corps d'Armée la présence d'une ambulance rapide » (Paul Triaire). Larrey fut souvent dans la mêlée.

Après la prise de Francfort, l'Armée du Rhin s'établit à Mayence. Larrey réunit alors les Médecins placés sous ses ordres et leur fit des cours d'Anatomie, de Chirurgie, de Médecine opératoire et de Diagnostic. C’est que la plupart de ces praticiens, volontaires de 1792 ou réquisitionnés par la Convention, n'avaient que des connaissances fort incomplètes en médecine et chirurgie.

C'est à cette époque que Larrey perfectionna les aiguilles à sutures. Îl soumit ces instruments au jugement de l’Académie de Chirurgie, qui lui accorda une médaille d’or, le 18 avril 1793. Il étudia alors l'action contusionnante du « vent du boulet ». Il suivait, en même temps, les cours à la Faculté de Médecine de Mayence, où il se lia d'amitié avec Sœmmering, l'Anatomiste allemand. |

Mais les Prussiens assiégèrent Mayence, qui dut se rendre. Au cours de ces combats, Larrey se signala, non seulement en allant relever les blessés sous le feu de l'ennemi, mais encore en chargeant, à la tête d'un peloton de Dragons, des Prussiens qui attaquaient les blessés. « Les Prussiens, dit Larrey dans son Journal, avaient alors l'habitude d'enlever les habits de nos blessés et de les égorger ensuite. Je chargeai ces cannibales avec mes Dragons, les dispersai et enlevai les blessées à demi morts dans mon ambulance volante, malgré la volée de coups de canon que nous envoya la batterie. Je n’eus qu'un dragon démonté ; je les conduisis dans un ravin, qui était à l'abri du feu, et les opérai immédiatement avec le plus grand succès et ils guérirent tous les 4. » Le Général en chef Beauharnais, témoin de cet acte de vaillance, adressa un rapport à la Convention, qui dans sa Séance du 25 juillet 1793, sous la Présidence de Danton, décerna une mention honorable à Larrey et l'insertion de son nom au Bullefin.

Après la retraite de l'Armée du Rhin sur Strasbourg, Larrey fit partie de l'Armée de Hoche, qui refit la conquête du Palatinat, et il marcha alors avec l'avant-garde commandée par Desaix, son ami. En décembre 1793, il revint à Strasbourg avec l'Armée victorieuse, pour y prendre ses quartiers d'hiver. Son ambulance volante avait été très éprouvée pendant cette rude campagne. Sur 6 chirurgiens, 4 étaient atteints de typhus : les 2 autres et Larrey étaient exténués. Percy et Lombard, chefs du Service de Santé, rétablirent la santé des troupes par les sages mesures qu'ils firent

adopter. Les représentants du peuple aux armées du Rhin, envoyèrent Larrey à Paris, en avril 1794, pour qu'il pût présenter, au Conseil de Santé et à la Convention, son ambulance volante, afin d'en doter les différentes armées. Nous devons préciser que les chevaux de bâts de l'ambulance avaient été remplacés par des petites voitures légères, attelées à 2 chevaux, plus confortables pour les blessés. Cette ambulance volante était attachée à l'artillerie légère, qui se déplaçait très rapidement.

C'est à cette époque que Percy créa un corps d'ambulanciers ou brancardiers chargés d'aller ramasser les blessés sur le champ de bataille.

Le Conseil de Santé nomma Larrey Chirurgien en chef de la 14° Armée destinée à la Corse et dont le lieu de concentration était Toulon.

Or, Larrey obtint un sursis de départ pour se marier. Il épousa Mile Elisabeth Le Rouex de Laville, fille d'un ancien Ministre des Contributions publiques : « nature fine, délicate et impressionnable, admirablement douée pour les arts, musicienne accomplie. Elle avait été l'élève des plus grands peintres de l'époque, de David, de Gros et de Girodet, et avait acquis un réel talent de portraitiste » (Paul Triaire). Le mariage se fit le 14 ventôse An IT (4 mars 1794), « à 8 heures du soir, dans la maison commune de Paris, sous les auspices de l'Etre suprême et devant le feu sacré de la Liberté » (Larrey). Les jeunes époux partirent le lendemain même, Larrey se rendant à l'Armée de Toulon : il conduisait sa femme à Toulouse, où elle devait séjourner chez l'oncle Alexis.

C'est qu'il venait d'échapper à un redoutable danger, et avait même failli être envoyé devant le Tribunal révolutionnaire par Robespierre ; on lui reprochait d'avoir sauvé un prince autrichien, recueilli blessé dans son ambulance, et d'avoir favorisé son retour dans sa patrie, après guérison. Ce fut Barrère (de Vieusac), son compatriote et membre du comité de Salut public qui le sauva mais lui conseilla de partir sans délai pour l’armée. Après son arrivée à Toulon, Larrey rencontra le général Bonaparte. Il assura, à Nice, la direction d'un grand Hôpital recevant les blessés de l'Armée d'Italie et organisa le service du corps expéditionnaire de la Corse (14° armée). Le 16 prairial, Larrey embarquait sur

l'escadre, qui partait peu après pour la Corse, mais devait revenir dans le Golfe Juan, car la mer était gardée par la flotte anglaise très supérieure en nombre. Les troupes campèrentsur le rivage et l'Etat-Major s'installa à Nice, où Larrey reprit la direction de son Hôpital. De plus, il commença des cours de perfectionnement pour le personnel médical sous ses ordres. Le Conseil de Santé lui envoya un témoignage officiel de satisfaction.

« Paris, le 6 messidor, l'an deuxième de la République française une

et indivisible.

« La Commission de Santé, au citoyen Larrey, Chirurgien en chef

de l'armée de Corse (14° armée).

« Lorsqu'un officier de santé est animé de l'esprit de républicanisme, lorsqu'il connaît toute l'étendue de ses devoirs et qu'il aime à les remplir, il ne se contente pas de consacrer les talents qu’il possède au soulagement de l'humanité souffrante : il travaille encore journellement pour en acquérir de nouveaux et se rendre de plus en plus utile à sa patrie. La Commission de santé voit avec plaisir, citoyen, que tu as adopté ce principe ; elle t'invite à continuer tes travaux avec le même zèle. Son estime et sa confiance, la reconnaissance de tes collaborateurs, que tu prends soin d'instruire, le bien qui doit en résulter pour nos braves frères d'armes malades, et surtout le bon témoignage de ta conscience, te seront une récompense digne de ton cœur. »

Salut et fraternité,

Chabrol, Pelletier, Berthollet, Bayen, Vergez, Antoine Dubois, Biroux.

Une ordonnance du 3 ventôse An II (21 février 1794) avait décidé que tous les officiers du Service de Santé, quel que fût leur grade, devraient subir un examen professionnel, afin de procéder à leur « épurement et à leur classification ». En ce qui concerne les chefs ils « seraient invités à faire connaître leur opinion sur divers points de l'art de guérir et sur les bases principales du service de santé ». Ces travaux devaient être remis aux municipalités où résidaient les intéressés. Larrey reçut, le 21 thermidor An Il (11 août 1794), les questions qui lui étaient posées ; il y répondit aussitôt et remit son manuscrit à la municipalité de Toulon.

Peu de jours après, en témoignage de satisfaction, les représentants du peuple aux armées, Milhaud et Soubrany lui confièrent

la direction du Service chirurgical de l'Armée de Catalogne concentrée à Perpignan. C'est le 25 brumaire An III (15 novembre 1794), que Larrey arriva à cette armée, commandée par Dugommier. Il y trouva son frère Claude-Hilaire, qu'il n'avait pas vu depuis 8 ans.

Il assista aux batailles meurtrières de la Montagne noire, et à la prise de Roses, après quoi il fut renvoyé à Toulon, pour reprendre la direction du Service chirurgical de la 14° Armée. Il y arriva le 17 mars 1795. Mais une nouvelle mutation le rappela à Paris. C'est à ce moment qu'éclatèrent les insurrections populairescontre la Convention. Larrey fut désigné pour diriger l'ambulance attachée aux troupes chargées de rétablir l'ordre. Quand la tranquillité régna de nouveau dans le peuple, on le renvoya pour la troisième fois à Toulon, où il arriva le 15 messidor An III (3 juillet 1795). « Je quittai sans regret, dit-il, un séjour qui me rappelait de si tristes souvenirs, et où on ne pouvait guère espérer se soustraire aux vengeances des partis politiques et à la haine des ennemis de la République. »

À Toulon, Larrey convia le personnel médical sous ses ordres à suivre,

à l'Hôpital, ses cours d' Anatomie, de Physiologie et de Chirurgie thécrique et clinique. Cet enseignement eut un retentissement considérable et le Comité de Salut public fut vivement frappé par la valeur scientifique et le dévouement de Larrey aux intérêts du Service de Santé. Aussi, à l'unanimité, le Comité décida de lui confier une place de professeur au Val-de-Grâce. Larrey prit possession, en ventôse An IV (février 1796), de la Chaire d'Anatomie et des Opérations. Dans son service d'Hôpital, il constitua un puissant enseignement clinique, par des conférences pratiques publiques, qui avaient lieu une fois par semaine. À l’amphithéâtre, Larrey faisait les autopsies et répétait les opérations devant les autres Professeurs et les Elèves ; enfin l' Anatomie était l'objet de tous ses soins. On dit qu'il rêva et tenta de créer une Académie de Chirurgie militaire, mais qu'il dut renoncer à ce projet pour ne pas entrer en lutte contre les pouvoirs publics. Pendant un an, Larrey put ainsi professer au Val-de- Grâce.

Il eut alors un enfant, qui mourut en Dec Au début de 1797, il fut appelé à l’armée d'Italie, par Bonaparte, pour organiser ses ambulances volantes. Il partit le 12 floréal An V (1° mai 1797), et arriva à Milan, le 24 floréal (13 mai) suivant. Bonaparte avait

battu les Autrichiens et signé les préliminaires de paix de Léoben. Il reçut Larrey avec bienveillance, lui demanda d'établir, dans l'armée d'Italie, des ambulances volantes et le chargea avec Ville. manzy de l'inspection des hôpitaux, en même temps que de l'examen des jeunes médecins militaires. Larrey fut conquis par la gloire naissante de Bonaparte et devint l'un de ses plus fidèles admirateurs. C'est au cours de cette mission qu'il rencontra, à Pavie, Spallanzani et Scarpa. Larrey et Villemanzy trouvèrent les blessés dans les conditions les plus défectueuses. Ecrivant à sa femme, le prernier disait : « Avant mon arrivée, le mot humanité était proscrit. Les blessés et les malades étaient relégués dans des coins affreux, privés de toute espèce de secours. » Ils rétablirent l'ordre, ouvrirent des hôpitaux confortables, améliorèrent l'alimentation et frappèrent les fonctionnaires négligents ou concussionnaires.

Larrey créa une ambulance volante pour chacune des trois divisions de l'Armée d'Italie. [| dut ensuite organiser le Service de Santé de l'Expédition de Corfou, car l'Autriche retardant sans cesse la signature de la paix, Bonaparte voulait occuper les Iles loniennes, et dans ce but, il appelait dans l'Adfriatique la flotte de la Méditerranée, à laquelle il ajoutait les bâtiments de guerre de la République Vénitienne.

Mais auparavant, il chargea Larrey de rechercher les causes d'une épidémie qui sévissait sur les bâtiments de cette escadre. L'éminent Chirurgien établit rapidement, que l'on avait affaire au typhus et que cette maladie était provoquée par l'état de malpropreté des bâtiments, en même temps que par les mauvaises conditions de l'hygiène et de l'alimentation à bord. Larrey fit transporter d'urgence les malades dans les hôpitaux de Venise: dans les 24 heures, il fit débarquer les équipages et les campa sous des tentes ; puis il fit désinfecter devant ses yeux les bâtiments. Bientôt le typhus disparut de la flotte purifiée.

Après leur retour à Milan, l'Ordonnateur en chef Villemanzy demanda à Larrey de préparer un projet d'organisation du Service de Santé. C'est encore à cette époque, que Larrey créa l'Ecole de Chirurgie de Milan et inaugura l’enseignement, en y faisant luimême des cours d' Anatomie et de Clinique chirurgicale. Il fut

appelé dans le Frioul, où sévit une redoutable épidémie de typhus, en même temps qu'une très meurtrière épizootie. Il arrêta le typhus dans les troupes, fit désinfecter les étables, abattre les animaux suspects et il triompha aussi de l'épizootie. Bartholdi, le Président du Gouvernement local de Frioul, lui rendit un hommage public au nom des populations reconnaissantes.

Le général Desaix, étant venu voir Bonaparte, proposa à Larrey, avec lequel il s'était lié, de l'accompagner jusqu'à Trieste. Ils partirent, en civil, et incognito. Larrey continua ensuite l'inspection des hôpitaux et revint à Milan à la fin de brumaire An VI (novembre 1797). La paix de Campo-Formio ayant été signée par Bonaparte, Larrey fut rappelé à Paris. Avant son départ, Bonaparte inspectant son ambulance volante lui avait déclaré : « Votre œuvre est une des plus hautes conceptions de notre siècle, et suffira seule à votre réputation. » Il lui fit, de plus, accorder à titre de récompense une somme de 2.400 livres.

Larrey revint à Paris, le 28 frimaire An VI (18 décembre 1797) et reprit son enseignement au Val-de-Grâce. Trois mois plus tard il était envoyé à Lille, en qualité de Chirurgien en chef de l'armée d'Angleterre, au quartier-général de Desaix. Mais Bonaparte, pour atteindre l'Angleterre, résolut de conquérir l'Egypte et fut approuvé par le Directoire, le 5 ventôse An VI (23 février 1798). Il organisa l'Armée d'Orient, désigna lui-même les chefs de service et choisit Larrey comme Chirurgien en chef du corps expéditionnaire, le |‘ germinal An VI (31 mars 1798).

Le lendemain, Larrey dut se rendre à Toulon, le cœur mélancolique : « Je quitte, écrit-il, dans son Journal de campagne, une femme que j'aime et que je chéris, le cœur navré de regrets et de douleurs. » Il accompagnait Desgenettes, Médecin chef du même corps expéditionnaire. A leur arrivée à Toulon, le 14 germinal, ils reçurent l'ordre de procéder d'urgence à l'organisation du Corps de Santé, en personnel, matériel, etc. Larrey voulant à tout prix être prêt avant le départ, qu'on annonçait pour le l" floreal (20 avril), et sachant qu'il ne pourrait rien obtenir des lenteurs administratives du Ministère de la Guerre, rompit avec les règles hiérarchiques et chercha, puis réquisitionna les chirurgiens qui lui étaient nécessaires. Il écrivit à son oncle Alexis à Toulouse, à son frère Claude- Hilaire, au professeur Fages de Montpellier, aux élèves qu'il avait dans

Fig. 19. — LARREY.

Dessiné et grave par Ambroise Tardieu.

Reproduction interdite

Fig. 20. — Larrey opèrant un blessé sur le champ de bataille en Egypte. - Tableau de Muller.

Appartient à l'Académie de Médecine. — Reproduction interdite

la région, et en quelques jours il put rassembler 108 officiers de Santé. Il les exerça à leurs nouvelles fonctions en leur faisant des cours, à l'Hôpital militaire d'Instruction de Toulon,

En collaboration avec Desgenettes, il réunit un important matériel, mais ils commirent la faute de le faire transporter sur un seul navire ; celui-ci fut pris par les Anglais, de sorte que l'Expédition d'Egypte fut privée de ce secours important.

Les deux chefs du Service de Santé, faisant partie de l'Etat- Major de Bonaparte, embarquèrent avec lui sur le vaisseauamiral l'Orient. L'escadre partit le 30 floréal (19 mai) : elle transportait 33.000 hommes; l'amiral Brueys commandait en chef. Le 22 prairial (10 juin), elle mit le siège devant Malte, qui capitula le lendemain. La flotte reprit sa route en deux échelons, le 29 prairial (17 juin 1798) et le 1‘ messidor (19 juin 1798). Larrey, sur le bateau-amiral, partit à cette dernière date. Mais les escadres anglaises sous les ordres de Nelson, arrivaient au devant de la flotte française : elles ne la rencontrèrent pas et celle-ci parvint à Alexandrie, le 13 messidor (1“ juillet). Le débarquement s'effectua le soir même et Larrey arriva à terre l'un des premiers; le lendemain matin, Alexandrie était attaquée et prise. L'armée s'avança sur la route du Caire.

Larrey avait fait, pour ses subordonnés, une instruction écrite leur indiquant les précautions à prendre contre la peste. Il organisa le Service de Santé des hôpitaux sédentaires d'Alexandrie, avec le concours de Des Genettes, puis il rejoignit l'armée. La marche fut des plus pénibles en raison de la chaleur, du sable brûlant et du manque d'eau et de vivres. Après 8 jours de route, Bonaparte rencontra l'armée des Mameluks commandée par Mourad et la battit. Il était le maître de l'Egypte. Larrey soigna les blessés français et aussi les Mameluks : un de ceux-ci, Bey important, pour le remercier lui offrit une bague talisman de grande valeur ; Larrey la porta au doigt jusqu’en 1815 ; à Waterloo, les prussiens le firent prisonnier et la lui enlevèrent. Bonaparte après la bataille des Pyramides, mit Larrey à l'ordre de l'Armée et lui alloua une gratification de 1.200 livres, laquelle fut remise par le Directoire à sa femme.

Le 14 thermidor An VI (1 août 1798), l'amiral Brueys laissa surprendre sa flotte par Nelson, au mouillage d'Aboukir où elle fut détruite en partie. Larrey, un instant découragé, reprit son énergie. || avait laissé, à son départ, sa femme enceinte ; il était sans nouvelles, mais il était convaincu qu'elle lui donnerait un fils, pour lequel il choisit le nom d'Hippolyte. Larrey et Des Genettes furent désignés par Bonaparte pour visiter tout militaire, soldat ou chef, désireux de rentrer en France.

« Ils se montrèrent excessivement difficiles, et leur sévérite s'étendit jusqu'à l'Etat-Major, sans épargner l'entourage même du Général en chef. Berthier, épris d'un amour romanesque pour Mme Visconti, arrive au dernier degré de l'exaltation passionnelle, malade de nostalgie, ne put jamais obtenir d'eux, malgré son autorité dans l'Armée et la faveur dont il jouissait auprès de Bonaparte, le certificat qui lui était nécessaire. » (Paul Triaire).

Sur l'initiative de Larrey et Des Genettes, des hôpitaux furent créés à Boulaq (600 malades) : au Caire (200 malades) : à Giseh (100 malades). On en établit plus tard et successivement dans les diverses parties de l'Egypte. Larrey demanda en vain aux Administrateurs de ces Hôpitaux de surveiller l'alimentation et l'établissement matériel. [| dut se plaindre à Bonaparte ; il amena même un jour le Général en chef dans l'Hôpital du Caire, où ils trouvèrent les officiers couchés dans les mêmes salles que les soldats ; ils purent constater le manque d'eau et de boissons hygiéniques et l'insuffisance des médicaments. Immédiatement des ordres sévères remédièrent à cet état de choses regrettable.

Pour perfectionner les connaissances professionnelles du personnel de Santé, Larrey fonda une École de Chirurgie au Caire. De plus, pour lutter contre la peste, des lazarets furent établis à Alexandrie, Rosette, Damiette. L'armée fut très éprouvée par le trachome, mais une instruction rédigée par Larrey permit d'en arrêter l'extension et peu à peu fit cesser l'épidémie. |

Bonaparte créa l'Institut d'Egypte le 3 fructidor An VI(20 août 1798). En firent partie : Bonaparte, Monge (Mathématiques) ; Berthollet, Des Genettes, Geoffroy-Saint-Hilaire, Larrey (Physique) ; Sucy, Tallien (Economie politique) : Dutertre (Littérature et Arts). (à suivre)

Comptes Rendus des Séances de l’Académie de Médecine

Mois de Mai 1929

Séance du 7 Mai 1929 - Présidence de M. Quénu, Président.

MM. Vaquez et Mouauin font une communication sur le traitement de l’érythrémie par le chlorkydrate de phénylhydrazine. — De nombreux traitements ont été préconisés depuis plusieurs années, contre cette affection : la radiothérapie a joui d’une vogue prolongée, ainsi que la radiumthérapie. Depuis deux ans, l’ingestion de phénylhydrazine (chlorhydrate), fournit d’excellents résultats. Les auteurs font connaître les résultats obtenus dans leur pratique personnelle. Ils emploient des doses faibles, d’abord dix centigrammes, qu’ils augmentent progressivement jusqu’à vingtet vingt-cinq centigrammes. On constate que la teinte rouge des tissus s’atténue, puis s’efface. Cependant, même quand la couleur rouge a disparu, les douleurs des épiphyses peuvent persister. Le traitement peut être prolongé plus ou moins longtemps à la dose de vingt centigrammes, une ou deux fois par semaine. On n’observe aucun accident par l’usage de ce médicament, sauf un léger subictère, un peu de prurit, quelques vertiges, le tout transitoire.

M. Portier approuve les précautions recommandées par les auteurs précédents, car souvent la simple manipulation du chlorhydrate de phénylhydrazine détermine un certain degré d'intoxication, avec ictère et troubles hépatiques divers.

M. Palier lit un travail sur la souris de maison comme facteur étiologique des maladies à pneumocoques et à colibacilles. — Le pneumocoque, agent de la pneumonie, est un germe très polymorphe. Par son passage à travers l’organisme de la souris, il prend des aspects différents : cocco-bacilles, streptocoques, staphyfocoques. Dans la bouche des individus sains, il existe, mais avec une virulence atténuée. Dans la souris, il récupère une virulence très grande. L'auteur estime que la souris de maison est le principal agent, sinon le seul, de la transmission des maladies graves à pneumocoques.

Mauriac a prouvé par des expériences ingénieuses que la souris s’infecte et peut ensuite contagionner les autres souris par l'intermédiaire des puces. Chez l’homme, cette contagion peut aussi s’exercer par l’inhalation des poussières infectées par les souris.

La souris contient également le colibacille à virulence atténuée, mais qui peut aisément devenir virulent. Afin d'empêcher l’ensemencement des souris, l’homme ne doit jamais cracher sur le sol des maisons. Il faut faire la chasse à ces animaux et les détruire. Enfin, il faut protéger les aliments.

M. Victor Pauchet fait une lecture sur le traitement mixte d’une diverticulite sigmoïdienne. — Quand les diverticules intestinaux ne sont pas douloureux, il faut les respecter : mais quand ils sont le siège de douleurs vives, il faut opérer. Les suites sont, en général, bénignes.

MM. Mouriquand et Bertoye font connaître les résultats de l’inocuiation du bacille B.C.G. à des arimaux soumis à un régime carencé. — L'absence de facteur antiscorbutique diminue la résistance de l’organisme vis-à-vis du bacille tuberculeux. Les cobayes inoculés par voie intrapéritonéale à l’aide du B.C.G., ont présenté des réactions générales et locales plus intenses et plus prolongées lorsqu'ils étaient soumis à un régime carencé. Mais dans la suite le B.C.G. ne s’est pas montré tuberculigène pour le cobaye.

M. Laignrel-Lavastine étudie les dysthymies sexuelles ingénues. — On parle partout d'éducation sexuelle. Il est donc utile de faire connaître des perversions instinctives des enfants. Elles sont très fréquentes et relèvent, le plus souvent, de la vagotonie et de l’hérédité, surtout de l’hérédosyphilis.

Séance du 14 Mai 1929 - Présidence de M. Quénu, Président.

M. Calmette fait une communication sur les résultats de la vaccination préventive de la tuberculose par le B.C.G. pratiquée dans les Dispensaires de l’Office public d’hygiène Sociale de Ia Seire, er 1925, 1926 et 1927. — Des faits cliniques relevés dans les 49 Dispensaires de la Seine, se dégage l’évidence de la parfaite innocuité et de l’efficacité protectrice du B.C.G. pour les enfants du premier âge, de sorte que les réserves faites par Calmette au début, n’ont vraiment plus aucune raison d’être maintenues et que le bénéfice de la vaccination peut désormais être étendu à tous les enfants qui naissent viables, en milieu apparemment indemne aussi bien qu’en milieu bacillisé.

MM. Billiard, Mougeot et Albertot communiquent des recherches sur .. le pouvoir agocytique des eaux minérales, sur les algues monocellulaires à chlorophylle. — Les eaux minérales ont une action favorisante ou empêchante sur l’évolution des graines ou des plantes. Les auteurs ont étudié l’action sur les algues monocellulaires, d’un mélange d’eau minérale et du milieu de Detmer. Le pouvoir favorisant est : pour l’eau de la Roche- Posay de 8 ; pour l’eau Decize-Saint-Aré 5,5 ; pour l’eau de Pougues de 1,35. Par contre, l’action empêchante est : pour l’eau de la Bourboule de 47 ; pour l’eau de Châtel-Guyon (Gubler) de 6,6 ; pour l’eau de Vichy (Grande Grille) de 3; pour l’eau de Royat (Eugénie) de 2,4 ; pour l’eau de Royat (César) de 2. Ce sont donc ces eaux de Royat qui ont le pouvoir empêchant le plus faible sur le développement des algues monocellulaires, et par suite, probablement aussi desgermes bactériens.

MM. de Beaufond et Vaudet lisent une étude sur le contrôle radiographique du reflux urétéro-pyélique à la mietion.— Ils ont vu le réflexe temporaire actif à la miction se produire dans deux conditions fort différentes, d’abord sur un canal généralement préservé, et ensuite sur un canal habituellement en état de reflux, permanent, mais momentanément fermé par un spasme. La miction vésicale prédispose donc dans certains états pathologiques au reflux actif qui semble bien devoir précéder le reflux passif, faisant du canal excréteur rénal un véritable diverticule vésical. Cette constatation tend à donner une valeur nouvelle à la voie ascendante dans la génèse des infections des voies excrétrices du rein.

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