‹ Jean et Sébastien Cabot [microforme]Chapitre 109 sur 219 · ROUTIER RIMÉ DE JEHAN MALLART · texte numérisé non relu

ROUTIER RIMÉ DE JEHAN MALLART

U nombre des manuscrits faits pour François I, ct qu'on conserve à la Bibliothèque nationale de Paris", il s'en trouve un se rapportant au sujet qui nous occupe.

C’est un petit volume de 0",28 X 0", 19, sur papier, de s1 feuillets écrits, précédés d’un frontispice portant les armes de France avec le cordon de Saint-Michel en sautoir. L’épitre dédicatoire au roi, en vers, est signée : « Jehan Mallart vostre escripuain, » sans lieu ni date, mais elle se termine par le titre suivant :

Premier livre de la description de tous les portz de mer de lunivers. Avecques summaire mention des conditions différentes des peuples et adresse povr le rang des ventx propres a naviguer.

« Maistre Jehan Maillard (sic) poete royal et escrivain et souuerain conducteur des eaucs, sources et fontaines » jouissait de tous ces titres et qualités dès l'année 1530°. Peut-être était-il en

1. Fonds français, 1382. Un double, décrit dans le catalogue La Vallivre, et provenant de cette bibliothèque, se trouve également aux MSS., fonds français, 13,371. Le texteest en tout semblable au premier, lequel est l'exemplaire de dédicace.

2. C’est la date que donne Brunet au Premier recueil des œuvres de lu muse

cosmopolite, imprimé à Paris par Jérome Gourmont (Bibl, Nationale, Y. 4481, B) et au titre duquel nous empruntons les qualifications que prend Mallard, Mallart ou Maillard, car son nom est épelé de ces trois manières.

même temps libraire !, à Paris, mais d’abord à Rouen, car son nom est essentiellement normand. Vers l’année 1538 il reçut, en sa qualité d’ « escripvain, » mot qui doit être pris dans le sens de scribe ou de calligraphe, quarante-cinq livres (tournois) « pour avoir escript unes heures en parchemin présentés au roi pour les faire enluminer * ».

C'était donc un contemporain de Jacques Cartier, et ce qu'il dit du Labrador, de Terre-Neuve et des pays adjacents ne saurait manquer d'intérêt.

Au recto du feuillet 39, commence la description suivante :

Passe Le cap de terre ferme va

et La coste au œst £t œst norrœæst en la ", Bien six vingtz lieux la terre ce nom prend )e. De Labrador qui se dit laborent S1 Et de ce cap a lest suest en mer da Quatre isles a que ie nay ouy nommer x Dont delles sourt ung lac qui va nordest di- Surrocst et pays sen va au œst surrocst Lp- Bien huict centz lieux et quatre vingtz lieux passe 1i- 10. De terre neufue et mesme la terrasse Qui des bretons se dit bien trente lieux " Voire ou quarante et va suyuant ses lieux Le long la coste ainsy comme lon marque el Jusques à la riuiere Nouemberque Laquelle fut descouuerte nagucres u- Les portugays auec plusieurs carricres de Et despaignols or entendez mes vers sh Cest quant on vient a passer le trauers De terre neufue a sur ce banc vingt braces 20. En approchant la terre et les places | De la riuiere il nen a plus que dix Hi rc, Et est ce poinct veritable que dis pi ds De Labrador, la coste au nort nortocst pi n- + 1. D'après M. Edouard Frère (de l'Imprimerie et de la Librairie à Rouen, se p. 42), il y cut un Jehan Mallard, libraire à Rouen, der1538à 1542, cten 1554. 1, Lottin cite aussi un Jean Mallard qui aurait exercé à Paris de 1540 à 1552. d, 2. De Laborde, Renaissance des Arts à lu cour de France, additions au t. I,

Paris, 1850, in-8, p. 924.

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LE AROOESMESREEE T

Se vire aussy mesmement au norocst Plus de deux cens cinquante lieux et dis DES Jusque aux degrez quon dit soixante et dix hi À Et pays el vire au œst plus de cent lieux LEE Les gens icy habitans en ces lieux TOP | De Labrador ! sont couerz et vestuz , 14 30. De peaulx et sont sus terre leurs maisons FU La terre est froide et pleine de glacons | De pins couuerte et d'aultre boys en place | HE Ny en a point la coste pour la glace URL Est dangereuse et disles mesmement { Et de la va la coste justement Ï Au susserœæst et au suest trop plus lil De deux centz lieux et faict pour le surplus aie l De terre neufue une isle en ceste rotte Force isles a tout au long de la coste { 40. En terre neufue a de bons portz et hables : HER Meilleurs deurope et fort belles riuieres HE Grant pefcherie et choses admyrables ?

Pleine est de pins et boys sus les lisieres | La coste gist jusques au cap de ratz Au nort et su les gens de corps et bracz

| Il fault parler en craignant cest ahan fl En approchant de cestuy goulfe icy Car il y a ung aultre goulfe aussy

|| Iz sont fort grandzet tirent sur le noir NE | Gens bestiaulx qui nont foy ny espoir LIFE | En riens qui soit mais sont mauvais ruraulx Ja En ceste coste a disles et isleaux | so. Un nombre grand et Tabyos se disent 1 { Ces gens icy ont des fruictz qui produisent k Tant seulement leur vie et de poissons FI De chair aussy sans en faire cuyssons ï. IE IP Ainsy quung chien ilz viuent en la sorte ll l Passe le cap de ratz tourne la coste ‘| Au oœst et va jusques au goulfe St-Jehan |

1. 30. La rime avertit qu’il manque ici un vers. On peut supposer que la lacune se trouve entre de peaulx et les mots qui suivent. 2. 41-42. On voit par les rimes qu'il faut intervertir l’ordre de ces deux ‘

A vers.

60. Duquel se faict de terre neufue vne isle Pays vont ensemble ainsy q leau distille Tout ce terroy ic vous diray sans faultes Que partout a des montaignes fort haultes A ce goulfe de Sainct ichan quay predict Vneisle ya qui de Stichanse dict Laquelle a bien quarante lieux de coste Et de larger quinze ou vingt lieux de rotte Et cest isle est au milleu du destroict Peuplec assez les gens a cest endroit

70. Sont comme ceulx de terre neufue et ont ‘Tres bon terroy et riuieres qui sont Aues les boys ou croissent les chastaignes Tout en la sorte et mode des espaignes Les portugays lont quelque foys peuplee Mais ceulx de lisle ont ceste gent tuce

Dessus cest isle a deux cens lieux en mer Vne isle ya qui se faict denommer Les sept citez laquelle est peuplec De gent sauluaige et daultres habitee

£o. Et au surroest dicy bien trois cens lieux Vne isle haulte y a que nôment ceulx Qui vont illec la vermeu de aultre cas Au susseroest ya du cap de Ratz Troys isles ou quatre ycy sont trouuces Qui ne sont point encor de gens peuplees Au susseroest sont mes espritz recent Quay ouy compter ce nombre de troys cens Voire troys cens et bien cinquante encores Les isles sont que lon dict les essoires

90. Etdis cecy que point ne Reprendrez En haulteur vont de quarante degrez Jusques a trente et sept degrez sont isles En bled béstail en terre haulte vtilles

Or retournons parler de celle coste De ce destroict de St ichan ou la rotte Court au norroest et au nort troys cens lieux

que la Et puys retourne et se court au surrœæst d Est susserocst deux cens lieux mais ie veulx eux ‘

Dire en ce poinct que tres bon terroy cest 100. Riuieres portz et terres bien fertiles

D om Lex

A en ce lieu et mesmes bonnes villes , Et Roy aussy comme aux Indes credence

Ont au Soleil auquel font reucrence Etala lune en voyant sa spendeur Il2 sont tous noirs et de nostre grander Au pays ont force pelleterie Duquel na pas jusque a la tartaric Quatre cens lieux et la coste reuire Au sussuest et au suest puys tire

110, À lest nordest et tant quelle va hors Lisle St ichan or mont dit mes consors Que illec la mer semble estre toute verte Ce quel nest pas mais de couleur couucrte Et les pillotz lafferment par tout lieu Quelque isle ya droictement au meilleu Et des isleaux et cecy entendons Comme isle el faict de la terre aux bretons Passe cest isle icy que dessus marque Tourne la coste au oest et est suest

120, Jusques a la riuiere Nouemberque Tout de nouueau descouuerte et celle est Assize par trente degrez et disent Aucuns pillotz qui toutefoys mesdisent Que icy on trouve ung assez bon passage Car nul nen a encor trouvé lusaige A son entrec a des isles et bancs Force rochiers sy trouvent aussy leans

Bien quinze lieux ou vingt lieux a vne isle

Tres belle ct grande ou la gent est habille

130. À accoustrer pelleterie exquise De maint marchant bien cherement requise Et dont ceulx cy eulx mesmes sont vestus Telz gens sont noirs mais bien piains de vertus Or est il vray quen la riuiere ycelle Viennent mourir ces bancz cy quon appelle De terre neufue et passe cest eau va La coste au oest et oest norroest en la Plus de deux centz cinquante lieux la rotte Force isles a illecques en la coste

140. Laquelle est saine et comme on faict rappors Lon trouve icy de tres excellentz portz

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Ils ont chasteaux et villes quilz decorent | Et le Solcil et la lune ilz adorent il En ce pays leur terre est labouree Non terroy liault mais assez temperec Dicy la coste ainsy comme jai sceu Au susserost elle tourne aussy au su Plus de cent lieux et jusque au cap va lerre 11h Qui se congnoist en une haulte terre A1!

150, Qui a vncisle en terre basse grande fl Et troys ou quatre isleaux a sademande | Et de ce cap a lisle qui se dit À De Cambano on trouue sans desdit | Vingt ct cinq lieux a force bancz et roches Puys que a parler de ce lieu jen approches é Entendre fault que icy grant quantite Disles sy trouve et sont en verité De gens quon dit Caniballes peuplées Ces isles..,.....

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L'ouvrage ne contient aucun nom propre qui permette de fixer la date de sa composition. Il est même assez singulier que dans ns des rimes adressées à François I‘, « son escripvain », ne lui 1 parle, au sujet de Terre-Neuve, que des « portugays » et « des- | | paignols » sans faire allusion aux découvertes que venaient | d'accomplir les Français par l’ordre de ce prince".

Mallart peut, cependant, avoir fait son routier sur les relations

1. S'il cite Jacques Cartier, ce n'est que dans la dédicace, et pour rappeler son mérite comme pilote :

« Par bons pillotz qui scauent les haulteurs Comme ceulx-cy tres bons nauigateurs lacques Cartier Crignon ou par soin Ou aultres gens expers au faict marin Qui ont compris dessus le corps sphericque Dont Castellan a pleine theoricque En toute langue et en tout art Car france feust maintenant a ses isles Ou portugays ont place primeraine, I est curieux de voir jusqu'à quel point les écrivains français de la première moitié du xvie siècle, qui parlent du Nouveau-Monde, sont préoccu-

manuscrites de Jacques Cartier dont une, au moins", se trouvait à la bibliothèque de Fontainebleau ; mais un nom de pays que nous ne trouvons pas dans les Gcrits du navigateur malouin — bien que-connu en France, dès l’annte 1539, — nous porte à supposer que Mallart a consulté d’autres autorités. Nous voulons parler de « la rivitre Novemberque. »

La première fois qu’on trouve ce nom de Novembeque, Noventberque, Norembergue et Norumbega, mot indien, et, dit-on, encore usité par les quelques aborigènes établis sur les rives du Penobscot, et qui s’appliquait alors à l’Acadie, c’est dans le Discorso d’un gran capitano di mare Francese del luoco di Dieppa, publié par Ramusio ?, qui assigne à ce discours la date de 1539. Mais ledit capitaine dieppois, qui n'est nullement Jean Parmentier, comme on le croit généralement, ne parle que de la «terra di Norumbega.» La rivière de ce nom, au contraire, est non seulement tracée et nommée sur l’épure placte en tète du feuillet 186 de la Cosmographie manuscrite de Jehan Allefonsce décrite ci-dessus * : « Riviere de Norvebergue, » mais elle se trouve mentionnée à la page 53 des Voyages auantureux du Capitaine Ian Alfonce, dans les termes mèmes dont Mallart s’est servi, LA où le capitaine saintongeois dit : « une partie a oest-surocst, plus de huit cens lieues, et passe bien quatre vingts lieues de la terre neufue, et de la terre des Bretons trente ou quarante lieues. Et d’icy va tout au long de la coste jusques a la riviere du Norembergue, qui est

pés des Portugais. Jehan Mallart, dans la seconde et dernière partie de son routier rimé (MS. français, n° 13,371) y revient, et en des termes qui méritent d'être rapportés :

« O quel meschef et quelle ingratitude Ont commis ceulx qui scavent longitude Qui nont voulu descrire onques leurs stille Car France feust maintenant à ses ysles Ou portugays ont place primeraine »

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