Vers de Marnef, dans les Voyages auantureux
Mais si le récit que donne Barcia ! est véridique, Alfonce, incorrigible, à peine sorti de prison, aurait recommencé à écumer les mers.
Cet écrivain relate les hauts faits d’un Juan Alphonso, corsaire français, galicien ou portugais (il ne sait au juste lequel), qui, ayant capturé dans les parages du cap Saint-Vincent des navires basques chargés de ferraille, aurait été poursuivi, sur l’ordre de l’empereur Maximilien, par Pedro de Menendez, attaqué sur les côtes de Bretagne et blessé à mort. Les assertions de Barcia sont confirmées par ces autres vers de Marnef :
La mort aussi n’a point craint son effroy,
Ses gros canons, ses darts, son feu, sa fouldre. Mais l’assaillant l’a mis en tel desroy
Que rien de luy ne reste plus que poudre,
Ce fut lui qui conduisit au Canada les deux navires de Roberval ?. Parti de Honfleur le 22 août 154r, il explora le golfe Saint-Laurent, depuis le détroit de Belle-Isle jusqu’au cap Rouge, et il paraît être resté dans ces régions deux années. Alfonce revint en France, dit-on, avant Roberval. Ce dut être, alors, avec d’Auxilhon de Sennetsrre ?, lieutenant de ce dernier,
1. Ensayo Cronologico para la historia general de la Florida, Madrid, 1723, in-fol., f. 58.
2. « Chiefe Pilote to Monsieur Roberval: » titre de la traduction d’un fragment duroutier d’Alfonce : Course from Belle-Isle, publié par Hakluyt, Principall Navigations,t, TI, p. 237.
3, Hakluyt a eu connaissance des lettres de grâce que nous avons publiées d'après les MSS. originaux. Il dit même qu’elles furent octroyées en présence d'Alfonse; mais 12 compilateur anglais commet la singulière méprise de croire que l'objet de la clémence de Roberval était Senneterre lui-même : « There is pardon to be seene for the pardonning of Monsieur de Senneterre.. given in Canada in the bresence of the sayde Job Alphonse, » Principall Navigulions, t, IT, p, 237.
RE
Te
per après le 11 septembre 1543, date de la procuration donnée au Fort de Francoys-roy.
Il est néanmoins possible que la connaissance des côtes de l'Amérique septentrionale, dont ce pilote habile fait montre dans son Routier, provienne de voyages antérieurs, puisque, selon Jean de Marnef (et non selon Mellin de Saint-Gelais, comme nous l'avons dit'}, il avait
«… Suivi plus de vingt et vingt ans Par mille et mille mers, l'un et l’autre Neptune. »
Les cartes d’Alfonce qui nous intéressent sont au nombre de quatre, et elles se trouvent en bordure à la partie supérieure des feuillets 178, 180, 184 et 186 de son Routier. Cet ouvrage, qu'il ne faut pas confondre avec les Voyages avantureux dudit Alfonce, imprimés en 1559, 1578, 1598, 1602 et 1605, fut commencé en 1544, et achevé à la Rochelle le 24 novembre 1545, non par Alfonce, mais par Secalart, cosmographe de Honfleur, soit en conséquence de l’emprisonnement à Poitiers du pilote saintongeois, par l’ordre du roi, pour pillage commis à Porto Rico, soit à cause de sa mort.
1, Dans nos Nofes pour servir à l'histoire de la Nouvelle-France, p. 6. Les vers signés Sc. de S. M. sont de Scevole de Saincte Marthe. La pièce de vers (huit quartains en deux pages) est de Jan de Marnef. Le Souuet d'Alfonce estsigné Rog. Maïs (?) Il n’y a donc pas un seul'vers de Saint-Gelais. Quant à la date du privilège que, suivant Brunet, nous avons rapporté au 7 mars 1547, nous n'osons plus être aussi affirmatif, car l'édition de 1559, que nous avons sous les yeux, ne contient aucun extrait du privilège. L'extrait qu’on y voit n'est afférent qu’au Bissehin. Nous ne pouvons donc en tirer la conclusion que Alfonce mourut avant 1547. Le récit de Barcia, au contraire, nous permet de donner une date approximative, puisqu'il y est dit que Menendez attaqua le corsaire français par l’ordre de Maximilien, neveu et gendre de Charles-Quint, lequel, en l’absence de ce dernier, gouverna l'Espagne de 1546 à 1551. C’est donc entre ces deux dates qu’il faut placer la mort de Jehan Alfonce.
Les cartes d’Alfonce ne sont que de succinctes épures, de 0",20 X 0,7, avec des noms et des légendes qu’on ne retrouve pas tous dans les cartes postérieures. Le golfe Saint-Laurent est nommé l’Entrée des Bretons, la Nouvelle-Ecosse, la Couste du Laboureur, le cap Ann, le cap de la Franciscane. En maintenant le nom du cap Breton, Alfonce donne aussi à entendre qu’on l’appelait antérieurement le Cap Sainct Jehan. Notons, enfin, que, selon lui, le Saguenay, qu'il croyait une mer, était le détroit tant cherché : « J’estime que ceste mer va à la mer Pacifique ou bien à la mer du Cattay. »
L’épure placte en tête du feuillet 184 (ex 187) doit surtout être examinée, malgré sa brièveté et la rareté de ses légendes, car elle donne la conception la plus ancienne que nous ayons, d’un témoin de visu !, du littoral, depuis le cap de Noroveregue (cap Sable) jusqu’au nord de Belle-Isle. Ce qui nous frappe, c’est l'ile du Cap-Breton, de grandes dimensions, à sa vraie place, et distinctement séparée du continent par un canal correspondant parfaitement au détroit de Canso, comme dans Rotz.
Nous pourrions terminer ici cette liste d'œuvres cartographiques, car, si on ne peut dire où et quand le planisphère de Sébastien Cabot à été gravé et publié, le millésime de M.D.XLIIIT ne laisse aucun doute sur l'époque de sa construction. Nous avons pensé, cependant, qu'il serait intéressant de continuer notre travail, afin de signaler les contours et les légendes empruntés à des cartes antérieures, et qu’on retrouve néanmoins dans des planisphères et des portulans dressés subséquemment. Ces descriptions, comme celles qui précèdent, ne sont que des chaînons disjoints dont les attaches peuvent se retrouver. Les chercheurs qui auront la bonne fortune de les
1. Nous n'avons aucune preuve que Rotz et les auteurs des cartes dites de Harley et de Henri II aient navigué dans ces parages.
2i0 JEAN ET SÉBASTIEN CABOT
découvrir, pourront alors rétablir l'enchainement logique et nécessaire de tous ces documents, qui sont la base même de l’histoire des découvertes transatlantiques.