‹ Jean Gerson restitué et expliqué par lui-même dans des paralleles de passages extraits de ses œuvres morales et du livre De Imitatione Christi précédé de nouveaux motifs à l'appui de nos considérations sur l'auter de l'ImitationChapitre 2 sur 14 · PRÉAMBULE · texte numérisé non relu

PRÉAMBULE

Le grave et judicieux Pierre Corneille, comme interprète éclairé et pieux de P Imitation de J.-C. mérite bien de faire autorité sous le rapport , non seulement des gallicismes, mais sous celui de quelques observations dont il parle dans la préface de ce Livre publié en i653. A cette époque, un procès avait été jugé contre les Gersénistes. L'édition de Montcornet avec figures , non citée par Barbier , porte ces mots : « Que ce soit Jean Gersen ou que ce soit Thomas à Rempis.... ce m'est assez d'être assuré, par la lecture de ce Livre, que l'auteur étoit un homme de Dieu, et bien illuminé du Saint-Esprit. J'y trouve la certitude qu'il étoit prêtre , et quelque apparence qu'il étoit moine (i) ; mais j'y trouve aussi de la répugnance à

(i) Il y avait dans les éditions précédentes, de i65t et de i65a, grande apparence , au lieu de quelque apparence. Ce n'est en effet qu'une vue extérieure ou superficielle qui a pu faire croire que l'ouvrage était d'un moine , parce que l'esprit religieux s'y fait sentir'et anime ce divin livre. Voyez à ce sujet ce qui est dit ci-après , p. 1 1.

le croire italien. Les mots grossiers dont il se sert assez souvent, sentent bien autant le latin de nos vieilles pancartes que la corruption de celui de delà les monts. Non seulement sa diction , mais sa phrase même, en quelques endroits, est si purement françoise, qu'il semble avoir pris plaisir à suivre mot à mot notre commune façon de parler. C'est sans doute sur quoi se sont fondés ceux qui , du commencement que ce livre a paru, incertains qu'ils étoient de l'auteur, l'ont attribué à saint Bernard et puis à Jean Gerson, qui étoient tous deux François (i); et je voudrois qu'il se rencontrât assez d'autres conjectures pour former un troisième parti en faveur de ce dernier, et le remettre en possession d'une gloire dont il a joui assez long-temps (2). L'amour du pays m'y feroit volontiers donner les mains : mais il faudroit un plus habile homme et plus savant que je ne suis pour

(1) Avec quel bon sens Corneille donne la raison de celte attribution, due aux gallicismes dont l'ouvrage est plein ! Et comment un clerc flamand , entré dans un couvent de Hollande avec peu d'étude , ou un moine bénédictin piémontais élevé au mont Cassin , aurait-il fait un ouvrage tout français par l'expression, et marquant un si grand usage et une si profonde connaissance des hommes?

(2) La plus ancienne édition sans date de Zainer, d'après un manuscrit d'Augsbourg dont le texte est le même que celui d'un manuscrit qui est en ma possession, et qui ne donne à Kempis que le titre de compilateur , diffère beaucoup du manuscrit de Kempis, pris pour règle par les Flamands. Les éditions sous le nom de Gerson au contraire, bien supérieures en nombre , désignent Gerson comme auteur ; et la formule négative de quelques-unes en faveur de Kempis ne fait que prouver l'antériorité de l'attribution à Gerson, comme, dans quelques manuscrits sous le nom de saint Bernard, est mentionnée l'attribution vulgaire au chancelier.

répondre aux objections que lui font les deux autres, qui s'accordent mieux à l'exclure qu'à substituer uu autre en sa place. »

Le vœu de Corneille paraît aujourd'hui bien près d'être accompli. Mais c'est par les plus fortes raisons qui ont été données, d'une part, pour écarter Kempis, l'un de ces chanoines réguliers transcrivant en Hollande les ouvrages pieux d'autrui pro pretio (t), et, d'un autre côté , pour démasquer le personnage de Gerse/i, réduit à la vaine ombre d'un grand nom (2), malgré le titre, anonyme et sans date, mais étayé d'un prétendu acte du i3e siècle (3), produit à l'appui de ce fantôme, stéréotypé en relief à côté de saint Bernard dans le Panthéon littéraire.

Enfin si le souhait de notre grand poète se remplit, c'est bien plus par l'effet des circonstances qui ont

(1) Non-seulement Gerson signale ces clercs transcripteurs dans son traité de Laude Scriptorwn , mais Kempis se déclare lui-même par la formule finit us per manus, comme pour celle de sa Bible , le copiste du recueil dont V/mitation fait partie ; et l'historien son ancien coiifrère le désigne comme ayant , entre autres copies, transcrit leur Bible et fail pour les novices dont il était le sous-prieur, plusieurs opuscules. Aussi ne trouve-t-on point Y Imitation dans la plus ancienne édition publiée à Utrechtdes œuvres pieuses du frère défunt {fratris defuncti Kempis ).

(2) Voyez dans le Journal de la littérature de France d'octobre i835, article Gersen du Panthéon littéraire , comment a été fabriqué ce personnage fictif, nommé abbé de Verceil d'après une note du i6fi siècle où le nom île Jean est falsifié. Nous en possédons le prorès-verbal rapporté ciaprès sous le n° III.

(3) Voyez aussi l'article de février i836, sur la version française de M. de Grcgorv et l'attestation nouvelle relative à ce prétendu Titre do 1 3B siècle .

concouru à procurer les meilleurs textes manuscrits que par les efforts qu'il a fallu faire pour rétablir l'ancien auteur français titulaire, Jean Gerson. Car l'universel docteur , bien digne , par ses lumières et sa piété, dit Bossuet, d'avoir composé ce livre universel, se réintègre lui-même dans sa possession primitive et réelle , non-seulement par les nombreux manuscrits connus aujourd'hui sous son nom ou même sous celui du chancelier de Paris Jean Gersen ( 1 ), mais par l'édition du texte latin qu'a reconnu comme très correct le conseil royal de l'instruction publique, dans sa. décision du 22 mai i835; correction due principalement aux leçons générales des textes revus d'après les manuscrits portant le nom ou remontant à l'âge de Gerson. Cette décision, rendue sous la présidence de M. Guizot i et par laquelle un arrêté favorable du conseil du 3 février 1827 se trouve confirmé, ajoute une valeur réelle au beau Manuscrit sous le nom et avec le portrait du Docteur, qu'aurait mis au jour Thomas de Gerson, le neveu même du chancelier (2).

(1) Nous avons donné une liste des manuscrits sous le nom de l'auteur français, dont quelques-uns ont cet énoncé avec la qualification de chancelier, ce qui ne laisse aucun doute sur l'homonymie. La liste totale s'élève au nombre de 27 auquel il faut ajouter un manuscrit de Y Imitation sous le nom de Gerson , que M. le Marquis de Fortia , studieux zélateur de tout ce qui intéresse l'histoire et l'Eglise de France, m'annonce avoir été trouvé à Ravennes par M. Miller, attaché à la section des manuscrits de la Bibliothèque royale de Paris, et chargé pour l'Italie et l'Espagne d'une nouvelle mission qui , parmi les manuscrits qu'il doit rechercher, lui fera peutêtre rencontrer quelque nouveau fleuron en l'honneur de Gerson.

(2) Voyez la description de ce manuscrit monumental et depuis, long-

— 9~ Ce manuscrit reçoit lui-même, sous le rapport du

nom , un nouveau prix, pour la France, de la découverte faite a Valenciennes par M. Onésime Leroy, d'un manuscrit français de sermons de-Gerson, avec Y lnternelle Consolation du même auteur , le même ouvrage que Y Imitation de J.-C, mais sans le livre postérieur du Sacrement : les autres livres, dans un ordre différent et peut-être plus réfléchi, ont des titres particuliers qui sont aussi ceux du texte latin, portant lui-même un titre analogue dans les anciens manuscrits; tel est entre autres l'un des manuscrits d'Avignon ou des Chartreux de Villeneuve , sous le titre De Consolatione interna, Qui sequitur me, et qu'a dû connaître l'auteur, lié avec ces Chartreux.. Cette coïncidence n'annonce-t-elle pas le même auteur de Y Imitation latine, intitulée , dans le recueil manuscrit de Gerardmont, l'un des plus corrects et conséquemment des plus anciens, Volumen Consolationum internarum-, titre ajouté au 3e livre comme si l'œuvre finissait là, malgré l'addition du 4e °jui semblerait un hors-d'œuvre , quoique transcrit le 3e par .Kempis dans son recueil? De -plus, chacune des parties du volume latin des Consolations intérieures, a les mêmes titres spéciaux que ceux de la Consolation française manuscrite a la suite de sermons de

temps célèbre, p. LIV des prolégomènes de noire édition latine; el ciaprès une Lettre inédite adressée à Thomas de Gersorf, comme à l'héritier du nom de son oncle, n° V.

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