‹ Jean Gerson restitué et expliqué par lui-même dans des paralleles de passages extraits de ses œuvres morales et du livre De Imitatione Christi précédé de nouveaux motifs à l'appui de nos considérations sur l'auter de l'ImitationChapitre 3 sur 14 · IO · texte numérisé non relu

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Gerson. Or , comment celui qui n'ignorait pas l'existence d'un foyer des plus marquans de la transcription de livres semblables (i) n'eût-il pas, dans son Epître postérieure de Libris legendis (a) , indiqué l'œuvre latine parmi beaucoup d'autres , si elle eût été antérieure à son temps ou étrangère à lui-même, à l'auteur de Xlnternelle Consolation ? L'onction qu'il a bien pu mettre dans le français, comme dans ses Lettres spirituelles à ses sœurs, comme dans ses œuvres rhythmiques en latin , ne laisse pas douter que sa morale en prose latine n'en fût très susceptible, lorsque, brisé par le malheur et affligé des maux publics, pressé par le besoin de chercher la solitude, le pieux docteur n'est plus qu'un humble pèlerin fuyant le monde comme la persécution (3), se consolant pour consoler les autres , et , en rappelant à ses frères que sa vie comme la leur est dans le ciel

(i) Le manuscrit de Gerardmont contient les mêmes pièces que le manuscrit de Kempis de 1440 ; mais , plus pur, il paraît être un manuscrit de texte bien antérieur à la transcription de ce dernier: c'est un des types de notre édition latine, dont le texte stéréotypé (par Treuttel et Wurts) pourra toujours être comparé à ce manuscrit conservé à la Bibliothèque royale de Paris , et dont la collation avec un grand nombre de manuscrits anciens d<js diverses contrées nous a donné le plus généralement les meilleures leçons.

(2) Composé en 1426 non-seulement après le traité de Laude Scriptorum de 14^3, mais après le manuscrit de l'Imitation de 1421, désigné comme le premier livre de l'ouvrage dont plusieurs manuscrits, non datés, ont pu être plus anciens. Voir la description des manuscrits de la gaule Belgique dans uos prolégomènes.

(3) Voyez, n° IV, la lettre inédite de J. Gerson, résigné dans sa fuite à la volonté de la divine Providence.

et non sur la terre, se dérobant par son abnégation à la gloire d'avoir composé l'un et l'autre ouvrage (i). Quant à la profession de moine, tirée de quelques expressions de l'ouvrage latin, mais plutôt spirituelles que monastiques , et qui se retrouvent dans d'autres œuvres de Gerson , il est des plus probables que l'auteur, professant le véritable esprit de religion sans en prendre l'habit , ait été porté , durant et après le Concile de Constance, par ses relations avec ses frères et ses amis religieux, comme avec les clercs réguliers et les congrégations laïques qu'il avait défendus dans le Concile (2), à composer Y Imitation latine et Vlnternelle Consolation. Dans l'une, le Seigneur et non le maître, ou l'auteur et non le

(1) Voir l'Oraison où ii fait abnégation du monde au chap. XV du livre JII de V Imitation et du livre II de Ylnternelle Consolation , ainsi qne les chapitres XXIX et LIX. Le même esprit d'onction y caractérise le même auteur; et on croit y lire le Ttstamentum Peregrini , ce nom pour ainsi dire le cachet de l'ouvrage qui semble être fait pour tous ceux qui voyagent dans ce monde, comme le mol advena, répété de même souvent dans l'ouvrage, décèle , d'après lui-même , le nom hébreu de Gerson. Un Testament nouveau respire dans la lettre inédite annoncée, que le Pèlerin adresse de Neubourg en Bavière à ses frères dans les graves périls qui le menaçaient , après avoir vainement demandé au concile la condamnation de la doctrine tendant à justifier l'esprit meurtrier du parti qui dominait et désolait la France.

(2) Voir aussi, n° I, ce que rapporte Leibntlz de celte défense qui mit Gerson en relation avec les chefs des congrégations comme des divers ordres réguliers chez lesquels se sont trouvés des manuscrits de limitation , nou-seulement chez le-; chanoines de l'ordre de Windeshem dont le prieur Jean Huesden paraît avoir prolilé, mais chez les Bénédictins de Flandre el d'Allemagne, ou le lieu do séjour de Gerson possédait jusqu'à •>.i. manuscrits de Y Imitation.

moine , s'adresse en général aux fidèles et en particulier à ses confrères religieux : mais, pour l'autre, en parlant à tous les chrétiens, il paraît dans l'application avoir en vue ses sœurs et les frères de la vie commune, sauf dans le 4e livre, qui, comme plus théologique , aura été composé depuis l'époque du concile , et qui caractérise davantage le prêtre et le pasteur.

Relativement à la question de temps des deux ouvrages, le latin et le français , c'est aussi une question de lieu. Un ou deux manuscrits latins semblent d'accord pour Tordre et pour plusieurs leçons ou différences avec la Consolation, et paraissent avoir appartenu à la Bourgogne. V Internelle Consolation, dont quelques manuscrits seulement se sont trouvés en Flandre , et sous des dates postérieures à 1460, peut définitivement être demeurée chez des sœurs , et avoir été moins recherchée avant la Réforme (1). Et si dans les leçons analogues au latin le texte français est explicatif, ou si dans des leçons différentes il est ramené au texte latin , il lui serait postérieur.

(1) Entre les ordres les plus accrédités , les chanoines réguliers recherchaient les manuscrits latins des religieux de Flandre ou d'Allemagne ; et les bénédictins ceux du Piémont ou de l'Italie. Ils n'avaient aucun intérêt à rechercher des manuscrits de Gerson, et encore moins des manuscrits français. Gerson, quoique la doctrine de V Imitation fût la sienne, n'admettant point de système contraire aux libertés de l'Église de France, pouvait paraître suspect aux ultramontains.

Quoi qu'il en soit, bien que Clnternelle Consolation soit généralement appliquée à tous les chrétiens, Y Imitation est bien loin d'être destinée en particulier aux moines comme aux plus parfaits religieux ; et le Quisequiturmenon ambulat in tenebrisria pour objet dans le Ier livre que de dissiper les ténèbres et d'éclairer la voie : c'est le troisième livre au fond qui fait entrer dans la vie spirituelle.il s'en faut bien que l'ouvrage soit un traité ou une œuvre didactique, même dans l'ordre vulgaire où Y Imitation de J.-C. semble être le premier objet, au lieu d'en être le but, réalisé dans l'œuvre française et annoncé simplement dans le préambule de l'ouvrage latin. Aussi M. Daunou a-t-il pleinement réfuté en 1827 , dans le Journal des Savans, l'assertion que ce livre serait un traité d'un moine Italien à l'usage des novices , tandis que l'ouvrage par le fait est le plus généralement considéré comme le meilleur livre de morale chrétienne à l'usage de tous les fidèles (1).

S'agit-il au moins des italismes qui en feraient un ouvrage ultramontain ? Mais à peine les bénédictins italiens ont-ils pu fournir quelques locutions qui

(1) Déjà dans l'approbation des docteurs , donnée en i65i à la traduction du livre de ï Imitation en vers par Corneille , on observait même que ce livre , très utile pour inspirer généralement les plus belles maximes de morale, avait honoré par sa traduction toutes les langues des nations même les plus éloignées. Il est certain en effet que nos missionnaires ont porté au loin cet ouvrage qu'on trouve traduit dans les diverses langues principales de l'Asie.

soient des manières de parler italiennes. L'ouvrage au contraire fourmille de gallicismes mêlés d'un petit nombre de germanismes , relevés par Rosweyde et Héser (i), mais dont plusieurs sont des locutions bibliques : les autres s'expliquent par les séjours de l'auteur en Flandre et en Allemagne. Le grand nombre d'expressions et de phrases françaises vulgaires qu'il serait trop long de rapporter ici , mais dont nous avons réuni de nombreux exemples dans les feuillets blancs intercalés d'un exemplaire de l'édition latine de Philippe Chifflet, ne peut qu'assurer à un auteur français la composition de l'ouvrage latin, dont le style périodique et concis, surtout dans les Entretiens du Seigneur avec le fidèle, paraît couler de source. Mais ce sont surtout les passages semblables ou analogues des œuvres spirituelles de Gerson; passages bien éloignés d'être des réminiscences de transcription comme chez Kempis , et dont nous allons donner une partie assez considérable, indépendamment de ce qu'avait extrait Du pin d'un mémoire manuscrit qui est en notre possession (2); ce sont, dis-je, ces passages des œuvres morales de Gerson mis en parallèle avec ceux de Ylmitation , qui nous ont fait reconnaître et dire que Gerson se trouve ainsi restitué et expliqué par lui-même.

(1) Voir les Vindiciœ Kempenses, de Rosweyde , et le Lexiçon Thomceo-Germanicum d'Héser.

(a) Remarques manuscrites sur la préface de la deuxième édition du livre De Imitatione Christi, donnée par les Bénédictins en 1674.

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