‹ Jean Gossart de MaubeugeChapitre 23 sur 33 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Le bréviaire Grimani — Gossart enlumineur

Jacques de Barbary avait, vers 1480, entrepris un superbe bréviaire pour Charles-le-Téméraire ou Marie de Bourgogne. La mort de tous deux, en 1482, vint interrompre le travail ; il est probable qu'alors Barbary, désirant trouver un grand seigneur qui acceptât son oeuvre, se mit en rapport avec la cour flamande et en 1508 s'attacha à Philippe de Bourgogne, ambassadeur en Italie. Une partie des enluminures étaient faites, entre autres les images du calendrier, au nombre de treize, et représentant le Créateur assis sur un char traîné par des chevaux ailés, dans la pure manière italienne ; Philippe trouva l'ouvrage superbe et engagea Barbary et Gossart à collaborer pour son achèvement.

Il semble que Gossart peignit la première des 68 miniatures ; c'est une assez grande page qui représente la Trinité : « Di'eu le Père et le Médiateur, figurés assis sur un banc de pierre adossé à un dais de styl ; renaissance, ont le sceptre en main. Le Père bénit le monde, le Fils tient sa croix appuyée sur son épaule. Entre eux, l'Oiseau céleste ; au-dessus la couronne. Le Père et le Fils ont exactement le même âge et la même ressemblance ; vêtus de robes et de manteaux fkttants à plis sinueux et lignes ondoyantes ».

Une seconde miniature : Saint-Pierre sur le trône papal, est assez dans la manière de Gossart. L'apôtre est placé dans la grande nef d'une basilique rqmane, il porte une tiare triple, la croix à six branches et bénit.

La quatrième page : Sainte-Catherine disputant avec les docteurs païens, porte pour la première fois la signature de Gossart. Sur la frise qui couronne la porte d'un hôtel fortifié on lit G 0 S AR et sur la robe verte d'un docteur M A B V S . Sainte-Catherine d'Alexandrie discute dans un lieu public devant le roi d'Egypte appuyé à une balustrade. La logicienne est en pleine discussion, l'index de la main droite sur le pouce de la main gauche, en geste de démonstration. Fond de ville.

Le Baptême du Christ où Y Anachorète reçoit Jésus s'ayançant vers le Jourdain, et la scène assez bizarre où une femme s'agenouille devant un prince et tient un vase de cristal fermé d'un couvercle d'or, me paraissent aussi ducs à Gossart.

Parmi les enluminures dues à Barbary, les plus belles sont la Circoncision, signée d'un B, merveilleuse de dessin dans la bordure des fleurs et oiseaux, les Saints confesseurs, etc.

11 est évident que ce bréviaire appartint d'abord à Philippe de Bourgogne. Celui-ci, pour des raisons que l'on ignore, s'en serait défait en 1520, et un Sicilien l'aurait, en 1521, vendu pour 500 ducats au cardinal Grimani. La feuille de frontispice manquait déjà. Philippe l'avait-il ôtée afin que la dédicace à lui faite ne vînt pas nuire à sa négociation ? Une autre version a été racontée au « Voyageur anonyme » (1521). Un voleur aurait dérobé le livre, enlevé la feuille qui contenait les noms des auteurs et l'aurait fait passer pour un vieux livre « illustré par Memline, Gérard de Gand et Liévin d'Anvers ».

Depuis 1521 le bréviaire Grimani est gardé comme une relique ; on l'a relié en velours ciamoisi avec frise guillochée et deux médaillons d'or à l'effigie de Grimani. Sur l'un on lit : « Légué à ma patrie en témoignage de mon affection pour elle par le Cardinal Grimani ». Sur l'autre :« Représentation du Doge Antoine Grimani ». « Ce Don a été approuvé par Antoine, Père et prince de la Patrie, à ses derniers moments ». Il repose dans un écrin d'ébène, capitonné de velours rouge.

Il fut d'abord déposé dans la salle du Conseil des Dix, puis dans le trésor de-. l'Eglise Saint-Marc. Depuis le 4 octobre 1797, il est conservé à la Bibliothèque Saint-Marc, à Venise.

Page 1