CHAPITRE II
Les Œuvres perdues
A côté de tableaux célèbres perdus aujourd'hui et qui sont seulement connus de nom par le récit des historiens il est une oeuvre dont nous connaissons quelque chose et dont nous reste quelque fac-similé : la Descente de Croix de Midd» lbourg, tableau qui consacra dans sou temps la réputation de Jean Gossart et eut une telle célébrité qu'A Durer se détourna de son itinéraire pour la venir voir.
La Descente de Croix de Middelbourg
Van Mander raconte que ce tabh au avait été commandé à Jean Gossart par l'abbé Maximilicn de Bourgogne, qui mourut en 1524. C'est encore une étm:rdcrie de l'historien : il veut dire « l'abbé Philippe », car Maximilien meurt en 1534 et Philippe de Bourgogne était titulaire de l'abbaye des Prémontrés à Middelbourg. Le tableau parait avoir èié exécuté en 1506 ou 1507. Et cette date peut être à peu prés établie par l'examen des costumes dans le fac-similé, La l'orme des costumes et surtout des chaussures révèle indiscutablement les toutes premières années du XVI0 siècle. Les souliers ort le bout rond, comme nos bottines modernes, mais ils ne s'évadent pas en spatule comme sous François I" ou Henri VIII (15 5).
L'œuvre avait coûté au peintre quinze années de travail : c'est un ré'able immense et quatre hommes pouvaient à peine le tenir étendu quand les vqlets étaient ouverts. Un ambassadeur de Pologne, raconte M. Bakhuizen van den brinck, dans une note que je reproduis ci-co;itre, l'avait estimé 80000 ducats.
Ce rétable (1) périt dans un immense incendie allumé par la foudre le \4 janvier 1508. L'église de Middelbourg fut entièrement brûlée et on ne put sauver du c'ésastre que le tombeau du roi Guillaume et une statue de la Vierge.
(1) « Malbodius, sive Mabusius, ad proemoastratenses, in suaimo altari depin^it, pet- tria lustra beatée Marias Annonciationem quae anno I5''>8 fulmine cuni ccolcoia periit ». — Molanus (historiée Lovanienses),,
Albert Durer, clans le voyage qu'il fît en Zélande vers décembre 1520, visita Middelbourg et admira dans le riche monastère dédié à Notre-Dame et à Saint-Nicolas « le grand tableau que Jean de Abus (sic) fît pour l'abbaye, et qui n'est pas si bien de composition que de peinture ». Voici ce qu'il dit lui-même dans la narration de son voyage : « Von Damnen fùhr ich gen Mittelbùrg ; dat hat in der Abten Johann de Abus (sic), eine grosze Taffel gemacht nit so gùt im Hampstreichen als in Gemahl ».
Le fag simile, — Il existe à Bruxelles, au musée archéologique, une tapisserie brodée à l'aiguille sur trame de fils d'or léguée par la douairière Van Antwcrpen et qui représente ce tableau.
Le portrait de Philippe de Bourgogne y a été placé par Gossart sous le personnage d'un pèlerin en froc de bure : il a le pouce de la main gauche dans sa ceinture, la droite sur" son cœur et regarde un autre personnage. Au bord de sa pèlerine est écrit le mot Philiep. Le personnage qu'il regarde doit être Mabuse ; celui-ci parle à un seigneur qui paraît être Baudoin de Lille, père de l'abbé Maximilien et frère de Philippe.
« Dans le centre, au premier plan, la Vierge et Madeleine, assises, portent sur leurs genoux les pieds du Sauveur et le milieu de son corps, tandis que Saint-Jean, ayant rais un genou en terre, soutient le buste et la tête. A droite et à gauche, Marie CÎeophas et Marie Salomé ; Nicodômc et Joseph d'Arimathie avec d'autres spectateurs. Au second plan, la croix d'où descend un juif qui tend les mains vers le linge que lui présente une jeune fille pour en essuyer le sang. Au troisième plan, tout à fait dans les coins supérieurs, l'ensevelissement et le voyage dans les limbes ».
La Descente de Croix de Middelburg, par M. Bakuizen van den Brinck, archiviste général du royaume des Pays-Bas :
« SuIck datter in de Selve Kercke nyet geheel gebleven is, dan alleene een metalen Marien. beolt staende in 't mid !en van de choor ende een deels van de sépulture wylen hoocliloffelycker memorie coninck Willem ; ende, onder andere vcel schœne juvveelen beelden ende Tafereelcn, die claer verbrant syn, wert principalyck beclaert een seer schœne ryckelycke trfel van de hooghen, outaer, eerttvts geschildert by Jasmyn Mabuyze, daer hy vyffthien jaren over besich gerveest hadde. De welcke pereputeert was te syne de schœuste schikLrye van geheel Europa, ende hadde [sœ men seyde] eertyst hy den ambassaten des coninex van Poltn gecstimeit gewest in coope mogen geldcn tachenlich duysent ducaten ».
Registcr perpétuel der Stad Rumcrswaal n" Si, f° 173.