‹ Jean Gossart de MaubeugeChapitre 4 sur 33 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

C'est en Zeeland, mon cher ami. que vous m'avez écrit de Jean Gossart : -T'y pérégrinais. Votre camaraderie m'a fait grand honneur et — nous avons nos faiblesses — non moindre plaisir, de me demander celte préface en l'orme d'cpîlrc. qui n'aura d'autre intérêt que la consécration de noire amitié. Car je ne me vois, sauf celui d'ami, aucun titre à tenter d'alourdir un livre aimable et savant par une discussion prosaïque.

De cette Flandre, de cette Zeeland. de cette Campine, de ce Rrabanl visités alors. — et il y a peu de jours — il reste une image de haut labeur, de richesses el d'efforts, mais aussi de vie saine, facile et de haute beauté. Anvers est aujourd'hui ce que fui Bruges, mais Middelbourg ou Ziérikzec sont restées les /(''landaises d'autrefois. Cela est beau de couleurs, de mouvement, d'une chaleur humide el d'un souffle lourd el ample, el c'est là que Cossart de Maubcuge vécut. Ll bien î il ne fut pas du tout l'homme de ce pays, ou. du moins.ee me semble. La nature chez M abuse est un tout secondaire soin, el s'il me fallait rapprocher le peintre cher au bâtard de Bourgogne d'un poète, c'est à Mellin de Saint-Gellais mie je penserais, ou bien à quelqu'un de ces humanistes savants de Cicéron et de Pétrarque-, auteurs copieux de vers latins abondants et aisés.

La vie a été pour Mabuse facile et légère. Ce fut un homme de cour qui vécut sans angoisse, en dilettante plutôt qu'en artiste passionné, el là est peut-être la raison pourquoi le peintre ne fut pas un grand artiste. \ oiis dites fort franchement que vous regret lez pour le Maubeugeois l'influence italienne. Laissez-moi n'être pas de votre avis. C'est l'Italie qui l'a fait tout entier. Nous ii .-ivioiis pas besoin d'un autre Van Ryek ni d'un Rogïer van (1er Weyden non plus que d'un Memlinc. Ceux-là

étaient : ils suffisaient. Mais Jean Gossart comme tant d'artistes de transition m intéresse pour la diversité de ses tendances : s'il n'a d'autre mérite, il a cel les celui d avoir cherché à se découvrir en essayant de transformer les autres et avec leur pur métal de faire son or. Il échoua pour son grand œuvre ! Mais ses recherches prouvent une intelligence cultivée, et c'est son originalité à lui d'être un Flamand tellement Italien. Kt puis n'a-t-il point préparé la voie aux illustres de l'école d'Anvers ? Par s;i conscience dans la composition, son habileté dans la distribution, combien il est plus moderne déjà ! Tenez, je ne sais rien d'égal dans le genre à la Vierge du musée d'Anvers, comme délicatesse de coloris et d'harmonie, si ce n'est un portrait féminin du Bellin que possède le musée de Lille au litre d'inconnu. En tous deux les rappels sont si délicieux et atténués et de si franche pâte, que leur netteté les unit toujours dans ma mémoire.

E t cependant quelle influence de Matsys se laisse deviner dans la Vierge d'Anvers, mais combien le modèle. du Forgeron, Mabuse a su l'italianiser. En vérité je pense que cette influence de l'Italie, c'est au goût du temps qu'il faudrait la rapporter ou même reprocher, si tout reproche n'était inutile, et si Mabuse n'avait été trop homme subtil et habile courtisan pour ne point sacrifier au goût de sa clientèle. Il est resté un artisan des plus précieux : ce bon goût il le pousse dans le soin du détail et il échappe à la médiocrité des Van Orley.

Est-il venu trop tard, ou trop lot ? Je ne sais : je crois qu'il est venu à l'heure d'une transition cl qu'il (Hait trop habile et pas assez simple pour modifier l'art de son moment. Il s'est laissé couler au Ilot calme d'une vie heureuse. 11 fut sage.

11 eut surtout celle sagesse de bien peindre avec goût, et d'échapper à la bassesse. Ses portraits, qui sont ses plus belles oeuvres, s tir tout celui de Oarondelet au Louvre, consacreront une gloire qui, pour rester modeste, ne le sera point sans charme. Enfin le soin que vous avez pris de sa vie et de son œuvre montreront qu'il ne fui pas médiocre, mais seulement moindre à quelques, toujours égal à lui-même et digne de lui. Vous axez ainsi consacré le souvenir d'an artiste de goût. N'est -il point quelque peu

votre ancêtre ou bien il le pourrait être. N'êtes- vous pas d'un même pays, ce Hainaut, ce verger si fleuri qui tout au loin verdoie... Eh bien ! nous avons été très heureux de vous voir évoquer ce lointain ancêtre et cela nous a prouvé l'utilité d'un effort âgé déjà de trois années.

Lorsque nous avons fondé notre jeune revue, « Le Beffroi », notre ami Bocquet et moi, nous ne désirions rien autre chose que celte renaissance, parmi nos industries en nos Flandres travailleuses, de ses arts jadis si vivants, si riches, riches comme notre sol, et que des siècles de servitude, cinquante ans d'une vie uniquement pratique avaienl mal réussi à enfumer et encrasser. Vous avez, et des premiers, été des nôtres. Mais vous ave/ marché bien plus vite. Il nous reste, à nous tous, à savoir vous suivre. si j'en crois des livres annoncés et qui sont prochains sur Albert Samain, sur La seconde République dans le Nord, sur Nos poètes du Nord, sans compter les recueils des poètes, nous ne faillirons pas à la haute besogne. pour glorifier encore Flandre

c< Avec ses lourds pavots, sa robe de prairies El les teintes d'azur ou le gris de ses lins (l) »

A. -M. GOSSEZ,

Septembre 1902.

M) l-'landiv dr Léon Bocquet

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