INTRODUCTION
La cour do France : mesquine et bourgeoise : — La coin- de Bourgogne : somptueuse e( aristocratique — - et Philippe de Commynes couranl de l'une à l'autre. Charles le Téméraire vient d'être tué a Nancy et vingt ans sonnent pour Marie de Bourgogne, aïeule de Charles-Quint. C'est ce début du XVe siècle, héroïque et ténébreux, temps de violences et de ruses, de diplomatie linaucle, de politique cauteleuse et" d'exécutions sauvages : serments jurés et violés, foi donnée et trahie : les villes soulevées, les billots en permanence sur les places de Flandre, les campagnes révoltées et les massacres atroces : le peuple se ruant vers une lueur encore ténébreuse d'indépendance ; la vieille féodalité chancelante menaçant d'écraser la société dans sa chute : Et au-dessus de cette mêlée, la cour de Garni, spirituelle et luxueuse, costumes somptueux mais âmes brutales et superstitieuses, débauches fastueuses et corruption intime par dessus tout, ce grand sou file de dévotion sévère et de piété grave.
L'art y nuit naturellement, comme une fleur sauvage : « Les œuvres fourmillent plutôt que les noms : c'est un écrin. un reliquaire, un étincellement de joailleries précieuses. Imagine/ un recueil d orfèvreries peintes, où l'on sent la main du nielleur. du verrier, du graveur, de l'imagier, dont le sentiment est grave, l'inspiration monacale, la destination prineière, la pratique fort expérimentée, l'effet éblouissant ». Dominant le champ, deux «'pis sublimes. Van Eyck et Memlinc : l'un, avec- sa couleur puissante, son réalisme naïf et droit, sa conscience scrupuleuse cl sincère, sa grandeur d'expression solennelle et imposante : l'autre « unique, délicieux, suave comme une fleur dont la racine est insaisissable et qui n'aurait pas en de rejetons ».
Avec les suivants, l'âge symbolique le cède à l'âge pittoresque : Les artistes, au li<Mi rie reproduire à l'infini des types idéaux appris chez leurs maîtres, commencent à prendre goûl ;<n vrai. Sortant d'eux-mêmes ils regardent au dehors, ils découvrent la forme humaine, l'anatomie, le modelé, la ligne, souple et harmonieuse : puis, la nature, le paysage, la perspective. De cette architecture naturelle ils vont facilement à l'architecture des hommes: C'est alors qu'ils ont trouvé la représentation la plus précise de leur foi, en même temps que le caractère vrai de la figure humaine, de la ligure terrestre. Avec leur art exact et sincère, ils ont vu l'a campagne, le vêtement, l'air, le ciel, et ils les peignent en des couleurs vraies. « Us ont créé un art vivant, inventé et perfectionné un mécanisme, lixé une langue, et produit des œuvres impérissables ».
Quand la grande ligure de Van Eyck fut disparue de l'horizon, il sembla qu'une nuit tombait sur la Flandre, puis une grande lumière brilla au Midi : L'Italie. Le Nord courut à l'Italie, qui revenait chargée des dépouilles de l'antiquité. Il y eut des farouches, presque des obstinés, qui restèrent, comme MatSys, le forgeron d'Anvers. Des affolés se rtièrent, comme Van Orley et Floris. qui n'en revinrent pas. Enfin il y eut les studieux qui partirent, pour voir, appelés par la renommée, obsédés par celle « nouveauté* » aHiciante. tourmentés du désir de faire mieux. Ils partaient sans doute avec la forte admiration de leur art national, mais, sur ces gothiques, le coloris éclatant et sensuel de Venise. la lignepure et le dessin harmonieux de Florence, produisirent comme une révélation. Ils rapportèrent sans doute cet art hybride qui caractérise les peintres de transition de la lin du XVesiècle, avec leur goût des architectures compliquées et des draperies savantes : mais, s'ils n'aboutirent pas à consoler de cet art premier qu'on axait vu mourir, honneur cependant à ceux qui tentèrent quelque chose pour le remplacer et le rénover — et .Jean Gossart fut de ceux-là.