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Jean Gossart dit Mabuse

Pendant très longtemps, le nom de M abuse a été donné à un nombre immense de tableaux datant de la fin du XVe siècle et du commencement du XVIe. De La Peseuse d'or de Berlin aux innombrables Portraits de collections pttbliques ou privées, le champ était sans limite. Dans quelle collection de primitifs ne comptait-on pas plusieurs Mabuse ? Jusqu'à ces derniers temps les cartouches du Musée de Bruxelles lui en attribuaient qui ne sont certainement pas de lui.

L' exposition de Char 1er oi — qui rendit tant de services — se targuait d'en posséder dix-neuf. C'était trop. Depuis dix ans, les travaux de la critiqtie ont de beaucoup diminué le catalogue raisonné des œuvres de ce grand peintre.

Sauf un petit portrait d'homme jeune acheté à Berlin en IÇ22, de tout l'œuvre de Mabuse le Musée de Bruxelles ne Possède — selon toutes probabilités — qu'une ccpie ancienne du portrait d' Anne de Berghes et de son fils, longtemps considéré comme une Vierge à F Enfant. Le portrait d'homme dit « aux fausses armoiries » est le seul tableau de Gossart que possède le Musée d'Anvers et il est bien probable que l'exposition de Charleroi ne possédait qu'un seul portrait qui fût de la main de Mabuse : celui de la collée tient Kauf matin, de Berlin.

Dans ce travail d'élimination, préalable à toute étude sérieuse de l'œuvre et de la personnalité de Gossart, certaines exclusions ont ruiné des possessions dètat qui dataient du XVIe siècle. Ainsi en a-t-il été pour la Vierge à l'Enfant du Musée du Prado, qui fut offerte au roi Philippe II par les bourgeois de Louvain en remer ciment d'une exonération d'impôts que justifiaient les désastres de la guerre de 1S/8.

Le savant historien et archiviste de Louvain, M. Van Even, nous a fait connaître toutes les négociations qui précédèrent le don de ce tableau. Le départ de Louvain pour Madrid de Jean Crabbe, provincial des Augustins, est du 6 octobre i586. Son entrevue avec Philippe II est du 6 février i58y. La réception de la lettre d affranchissement d'impôts est de juin i58j. Le retour de Jean Crabbe est du 10 février i588. C'est le 20 avril i588 que Jean Van Rillaert et Léonard Van Marienberghe estimèrent à 400 livres le tableau qui appartenait au couvent des Augustins et qu'on les avait chargés d expertiser . Le prix d'achat fut de 3 5o florins et une inscription latine encore lisible sur le tableau, composée par le Dr Philippe Sweerins, professeur de droit à l'Université, et que traça de son pinceau Lèonar de Marienberghe , fixa pour la postérité le souvenir de la libéralité du roi a' Espagne et l'offre respectueuse du tableati en signe de gratitude. Cette inscription commence par : Johannis Mabeus.

En jtdn i588, Jan Van Schoore écrivait à Pierre de Raust : « Nous ne sommes guère courtisans et nous n'avons bien peu de moyen pour montrer extérieurement l'amour et affection extrêmes que nous portons à Sa Majesté; cependant nous efforçons en auculne manière pour quelque démonstration à l'aderays du S. Père Provincial, lequel veuung Portraict de Notre- Dame, fait de la main de Jehan Mabeuze maistre principal de son temps en tel l'ardt et jugeant que ce pourroet estre chose agréable, comme une petite fleur mise en aultel » .

Nous savons encore que le tableau fut enveloppé de

taffetas vert et placé dans une boîte en bois. Le 2j juin i588, la ménagère, Marie de Muyser, le porta à Bruxelles à Jean van Bierbech, concierge de la chancellerie des comptes de Brabant. Celui-ci P expédia à Anvers, à t adresse de Henri Van der Borcht de Louvain, qui l'envoya à Nantes. De là, la caisse partit le 14 décembre i588 et arriva en janvier i58ç à Madrid. Le Conseil de Louvain avait fait joindre quatorze douzaines de gants fins faits par Thomas Huens, de Louvain, et destinés à F infante Isabelle. Le 3 février i58ç, Pierre de Raust présenta le cadeau à Sa Majesté « qui l'at reçeuefort bènignement et luy ai semblé fort belle » . Le tableau fut placé dans la galerie du Roi à l'Escurial d'où il fut transporté au Musée du Prado où il est encore.

Entouré de toutes ces garanties, ce tableau était par conséquent attribué à Jehan Mabeuze au moins depuis le mois de juin i588.

Cependant, on ne le trouvera point dans le catalogue général des œuvres de Gossart. M. Friedlànder a démontré que cette attribution — toute ancienne qu'elle soit — est tout de même erronée.

Des trouvailles importantes ont, au contraire, enrichi le catalogue de ce peintre. M. Hulin de Loo a identifié l'un des portraits par Mabuse de la National Gallery de Londres comme étant celui de Jacqueline de Bavière, fille de l'amiral de Bourgogne. Il a reconnu aussi, d'après des éléments de comparaison que lui a fournis le Recueil du Musée d'Arras, le portrait de Charles de Bourgogne conservé au Kaiser Friedrich Muséum de Berlin. C'est par M. James IVeale que le saint Donatien du Musée de Tournai a été reconnu comme ayant fait partie d'un diptyque dont le second volet était le portrait de Carondelet conservé aujourd' hui dans la collection Moritz Ritter von Gutmann à Vienne. On sait que M. Friedlànder a cru reconnaître au Musée de l'Ermitage le grand triptyque attribué jusqu'à présent à Van Orley comme étant l'une des œuvres les plus

célèbres de Mabuse et que l'on croyait perdue : la fameuse Déposition de Croix dont parle Van Mander.

Deux monographies ont été consacrées à Jean Gossart. Ce sont deux thèses de doctorat. Lune a été publiée à Lille en IÇ02, par M. Maurice Gossart. Elle a le grand mérite d'avoir été la première en date et d'avoir rassemblé pour les mettre sous nos yetix toutes les pièces darchives qu'avaient retrouvées, çà et là, au hasard de leurs recherches, des èrudits patients et obstinés, tels par exemple que M. A . Jennepin et M . Guillain, tous deux originaires de la ville de Maubeuge.

A peu près complète du point de vue « documents d'archives », la monographie composée par M. Maurice Gossart ne s'était point appliquée à dépouiller le catalogue des œuvres de Jean Gossart des attributions parasites. S'en rapportant aux cartouches des musées, il ne retirait à Gossart ni La Peseuse d'or du Musée de Berlin (attribution capitale qui en entraînait un grand nombre d'autres), ni le grand triptyque du Musée de Bruxelles, ni un grand nombre d'autres tableaux dont le maintien au catalogue ou l'élimination modifient profondément la physionomie générale de l'œuvre et celle du peintre.

La seconde thèse de doctorat a été publiée en IÇI2 à Parchim i. M., dans l'extrême nord de l'Allemagne, par M. Ernst Weisz. Elle n'a pas été traduite. Se bornant à résumer les documents d'archives qui établissent les points principaux de la biographie et de la carrière de l'artiste, M. Weisz s'est attaché à composer un catalogue raisonné de l 'œuvre de Mabuse. Bien qu'elle soit d'une lecture difficile, sa monographie est de beaucoup le travail le plus intéressant et le plus complet qui ait été publié jusqu'à ce jour sur le peintre de Maubeuge.

Les documents essentiels étant maintenant à la disposition de tous, peut-être restait-il encore quelque chose à faire. Nous avons essayé de faire revivre la personnalité de Mabuse en interrogeant ses œuvres.

II n'entrait pas dans le plan de cet ouvrage d'étudier une à une la cinquantaine d'œuvres principales qui composent le catalogue de M. Weisz. Huit d'entre ces tableaux sont signés et datés. Un neuvième — le tableau capital de Prague — est signé sans être daté. C'est de ces œuvres incontestables — et d'un petit nombre d'autres qui sont incontestées — que nous avons déduit les opinions que nous proposons sur la personnalité du peintre, sa technique, son idéal particulier , les particularités de sa vision et l'influence qu'il a pu exercer. C'est aussi de l'étude de ces tableaux incontestés que nous avons déduit le critérium technique d'après lequel nous avons contrôlé, chaque fois que cela nous a été Possible, le catalogue de M. Weisz, et adopté, par exemple, comme étant de la main de M abuse, le portrait de vieillard au Musée du Louvre, bien que le cartouche ne porte point le nom de M abuse, tandis que nous refusons d'admettre le portrait dun chevalier de la Toison d'or au Musée de Bruxelles et le portrait de van Eden du Musée d'Anvers bien qu'ils soient en possession d'état.

L'honneur d'un critique d'art, quand il dresse le catalogue d'une œuvre aussi mal connue que celle de Mabuse, est d'abord d'en éliminer les attributions douteuses, mais c'est aussi et surtout d'y inscrire quelques œuvres authentiques qui avaient échappé jusqu'alors aux catalogues précédents.

Nous aurons obtenu cette satisfaction précieuse si, comme j'en ai la conviction, la critique et le public admettent désormais, comme faisant partie de l'œuvre de Mabuse, des tableaux comme celui de M. Max IVasserman à Paris, celui de Madame Adolphe Schloss à Paris, celui de la collection Sedelmeyer à Paris, et peut-être le .dessin de la collée tiofi J. Mas son à Amiens.

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