JACQUELINE DE BOURGOGNE
Anne de Berghes était la femme d'Adolphe de Bourgogne et par conséquent la mère de Jacqueline.
De tous les portraits peints par Mabuse, celui de Jacqueline de Bourgogne est peut-être le plus séduisant. Il a été identifié par M. Hulin de Loo qui l'a reconnu comme étant le portrait de Jacqueline, fille du Bâtard de Bourgogne, seigneur de Veere.
Elle se présente presque de face, légèrement tournée vers sa droite, vêtue d'une somptueuse robe de cour composée d'un corsage et de vastes manches qui se développent à partir des épaules jusqu'à bouffer largement sur le coude et se resserrent aux poignets. Les deux mains viennent s'appuyer sur le bord du cadre. La gauche tient par l'extrémité du pouce et de l'index une mappemonde de marin en rubans de métal tournant autour d'un axe. La main droite du bout de l'index désigne cet objet.
De ses yeux à la pupille sombre elle regarde le spectateur. La coiffure se compose d'un tour de tête enrichi d'une double bordure de perles et qui laisse retomber une sorte de résille contenant les cheveux, du même tissu que les manches. Les cheveux séparés en deux parties égales retombent blonds et bouclés de part et d'autre du front. Le visage dans son ensemble a une expression de puérilité charmante et de juvénile fraîcheur.
Voilà la belle facture du peintre tel qu'on peut se l'imaginer à l'heure où il était à l'apogée de son talent : minutieux et riche, éclatant et sobre, de goût parfait et d'accent français. Le dessin du nez est ici peut-être un peu moins net que de coutume. Il est obtenu par le modelé à l'exclusion de tout ce qui ressemblerait au graphisme d'une ligne. Il en est de même pour la bouche. Mais sans doute cette indécision de traits était-elle dans le caractère même du modèle saisi à l'âge équivoque et charmant de la puberté. La netteté du dessin des yeux, la précision du point lacrymal, le bleuâtre de la cornée et l'ampleur de la pupille, la façon dont les cheveux blonds sont traités, la bouche, les joues, les vêtements et la matière même dont est fait ce tableau de matière mince, consistante, brillante et comme creusée ou repoussée à certains endroits par les différences de modelé, tout est caractéristique.
Le vert du fond est simple et riche, personnel à Mabuse malgré que cette couleur de fond ait été à la mode à cette époque. Le rouge du corsage pourrait être plus varié, mais il est beau et exécuté par un peintre qui se délecte de son plaisir visuel. Le gris-blanc de la robe de soie et les ornements grisvert-bleuté avec guillochures en or sont de la meilleure qualité de Mabuse. La sphère est minutieuse et parfaite. Les bijoux d'or sont modelés dans la pâte, pas du tout graphiques ni par indication de taches. Dans la coiffe la matière qui reste mince paraît épaisse tant elle est riche.
Et toutes ces richesses se subordonnent à une expression morale extrêmement ingénue, très pure, très enfantine, aristocratique, peu profonde mais extrêmement séduisante. Ce sont les joues et le teint, la carnation et la fraîcheur d'une charmante petite Zélandaise très aristocratique.
Dans le fond le cadre peint, d'un gris brun où se sent du violet, contribue à enrichir ce délicieux portrait.