‹ Jean Gossart dit MabuseChapitre 38 sur 58 · LA DÉCOLLATION DE SAINT JEAN-BAPTISTE · texte numérisé non relu

LA DÉCOLLATION DE SAINT JEAN-BAPTISTE

Elle appartient à la collection de M. Masson d'Amiens.

De notre point de vue, le principal intérêt de ce dessin sur carton, en grisaille relevée de blancs, est une inscription qui se développe très lisiblement sur l'architrave d'un monument de style renaissance : Gennin. Gossart. de...

Le reste de l'inscription semble avoir été coupé pour donner au dessin la forme ronde que nous lui voyons maintenant. Cette inscription est-elle apocryphe? Constitue-t-elle une signature authentique?

La composition et la qualité de l'exécution devraient répondre à cette question. Leur réponse n'est malheureusement pas décisive.

Au premier plan saint Jean-Baptiste est à genoux, presque nu dans la draperie d'un manteau qui retombe de son épaule droite pour recouvrir les hanches et qui forme sur le sol une sorte de tapis pour donner à la musculature très accusée du Saint plus de noblesse et de dignité. Il a les mains jointes par une corde qui lui serre les poignets, les yeux bandés, et il attend le coup d'une grande épée à deux mains que brandit derrière lui un

bourreau debout représenté en plein mouvement de jet. Ce bourreau porte le costume habituel aux reîtres allemands du XVIe siècle : chausses courtes sur des mollets nus, justaucorps et ceinture de cuir, vastes « bouillonnes » de lamelles de drap aux épaules, aux coudes et aux poignets, barbe hirsute et bonnet qui semble de poil. Il a les deux mains crispées sur l'ample poignée de son énorme épée suspendue au-dessus de son épaule gauche, et le mouvement des bras, du corps et des jambes indique avec justesse qu'il va détacher de toute sa force le coup mortel.

A notre gauche, debout sur les marches d'un palais, Salomé en grand costume oriental regarde cette scène de supplice en faisant un geste de la main droite, et portant sur la hanche gauche le grand plat de cuivre destiné à recevoir la tête du Saint. Derrière elle, en costume d'apparat, se voit Hérodiade dont une partie de la coiffure et de la robe a été coupée par l'incision circulaire.

Deux autres personnages sont debout. L'un d'eux est drapé dans une sorte de toge romaine. Il regarde en appuyant la tête sur sa main droite et son coude pose sur l'entablement d'une colonne Renaissance. L'autre est un soldat en cuirasse, avec un casque Renaissance et des jambières de métal. Il se détache sur une porte à plein cintre et semble le gardien qui a livré son prisonnier et qui demeure sur le seuil de la prison.

Ces six personnages sont parfaitement subordonnés entre eux et le spectateur s'attache d'abord au Saint, au bourreau et à Salomé, acteurs principaux, avant de s'intéresser à Hérodiade, à l'observateur qui est probablement Hérode, et au gardien de la prison.

Ils forment un groupe parfait et se détachent sur une riche architecture de style Renaissance où se retrouvent les palais à colonnades, les murs à pilastres, les chapiteaux, architraves et autres détails d'architecture dont Mabuse aimait à enrichir ses compositions architecturales. Une perspective s'ouvre entre Hérode

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La décollation de Saint Jean-Baptiste.

Dessin.

(Coll. de M. Masson, Amiens)

et saint Jean-Baptiste, presque au milieu du dessin, et conduit le regard du spectateur le long d'une rue, sous une voûte en briques, parmi des murs d'édifices et jusqu'à une tour à trois étages, fort élégante, et se détachant dans le ciel. Cette perspective et tous les détails dont elle se forme sont absolument dans la manière de Mabuse.

En n'examinant que la composition dans son ensemble et dans ses détails, nous devons donc conclure qu'elle est entièrement conforme à tout ce que nous connaissons d'incontestable dans l'œuvre de Mabuse.

L'exécution est-elle de sa main? Ceux qui, d'après les tableaux certains, se sont fait une haute idée de la précision du dessin de Mabuse, de son ampleur et de son élégance, peuvent avoir des hésitations. Certaines faiblesses ne peuvent échapper à leurs yeux : la jambe droite de Salomé, par exemple, est d'un modelé sommaire. L'articulation du genou ne peut être comparée à celle de Mars, par exemple, dans le tableau de la collection Sedelmeyer et à tant d'autres beaux morceaux anatomiques des autres œuvres de Mabuse. Cette jambe ne se rattache que bien imparfaitement au reste du corps de Salomé et le personnage tout entier ne donne pas l'impression de vérité précise et de vie individuelle qui donnent à tous les personnages de Mabuse leur beauté rigoureuse et extrêmement satisfaisante pour les yeux et pour l'esprit.

Le personnage du gardien de prison est encore plus mou. C'est une vague indication du personnage conventionnel. A quoi l'on peut répondre que les architectures et la perspective sont irréprochables, que le bourreau est superbe et que le saint Jean- Baptiste est magnifique et touchant.

Pour reconnaître l'authenticité de la signature et du dessin, il suffirait donc d'admettre que Mabuse, comme tant d'autres artistes de son époque et de tous les temps, était susceptible de négligences, d'un certain laisser-aller surtout dans les figures

secondaires. Cela est admissible notamment pour les dessins qui n'étaient probablement que des travaux préparatoires destinés à rester dans les tiroirs et non à être exposés ou vendus comme les tableaux définitifs.

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