‹ Jean GoujonChapitre 15 sur 41 · CARIATIDES (FEMMES · texte numérisé non relu

CARIATIDES (FEMMES

cieux pour l’historien de Jean Goujon N’est-ce pas dans la dédicace de cet ouvrage que

i. En voici le titre exact : Architecture ou art de bien bastir de Marc Vitruve Pollion, auteur romain antique, mis en francoys par Ian Martin secrétaire de Monseigneur le cardinal de Lenoncourt pour le roy très chrestien Henri II à Paris.

LES ARTISTES CELEBRES

Jean Martin, s'adressant au Roi, prie Sa Majesté d’agréer la traduction qu’il lui présente « enrichye de figures nouvelles concernantes l’art de massonnerie par maistre Iehan Gouion, naguères architecte de Monseigneur le Connestable, et maintenant l’un des vostres. » Ces lignes furent tracées peu après l’avènement de Henri II qui eut lieu le jour même de la mort de son père, c’est-à-dire le 3i mars. Or, on sait que l’un des premiers actes du nouveau souverain fut de disgracier les conseillers de François Ier et de rappeler d’exil Anne de Montmorency. D’autre part, Pierre Lescot avait reçu, le 3 août i5q.6, le titre d’architecte du Louvre. Lescot connaissait Jean Goujon. Tous deux s’étaient liés lors de la construction du jubé de Saint-Germain. Il n’est pas douteux que Lescot ait souhaité de s’attacher Goujon pour la décoration du Louvre, aussitôt que la politique lui permit de s’arrêter à cette pensée. Montmorency, rentré en grâce, dut être le protecteur écouté de son architecte de la veille, et c’est ainsi que Jean Goujon peut être qualifié en toute vérité, par Jean Martin, architecte de Henri IL

Ce point établi, revenons à Vitruve. Son nouveau traducteur fait suivre sa dédicace d’un Avertissement. Là encore il parle de Jean Goujon, et le rang qu’il lui donne parmi les hommes célèbres, dont il a utilisé les ouvrages et les conseils, a sa signification. Ces personnages illustres par leur savoir ne sont rien moins que leFrère Joconde, dominicain; Leo-Battista Albert i, écrivain, peintre et architecte ; Guillaume Budé ; Philandrier que l’on appelait alors Philander ; Serlio, et enfin Goujon. Voici, d’ailleurs, le passage de Jean Martin dans lequel il est parlé du maître :

« Dauantage il faut que ie vous die que cedict autheur auoit esté si estrâgemët corrôpu en diuers passages, que si monseigneur le reuerendissime cardinal de Lenocourt mo maistre ne m’eust doné tout loysir et moyë de mettre la main à l’œuure, ntesme si ie ne me feusse preualu du labeur de Frère Ieha Iocüde l’Architecte, du susdist messire Léon Baptiste Albert, de monsieur Budé, de monsieur Philâder ia nommé, de messire Sébastien Serlio, de maistre Iehan Gouion qui a faict nouuellement les figures concernantes la massonnerie que cest autheur nous prome.ttoit, et dautres excellens personnages dignes de l’immortalité, iamais ie ne feusse uenu au bout de mô entreprise. »

On le voit, l’éloge est explicite; Jean Goujon se trouve rangé dans l’élite digne de l’immortalité.

Au surplus, la part qu’il prit à la publication du Vitruve est considérable. Ses planches sont fort nombreuses. Elles éclairent les questions les plus abstraites. Goujon n’est plus seulement l’homme du décor, il se fait mathématicien, géomètre, perspecteur, maçon. Son crayon fertile dessine des colonnes, des frises, des frontons, des entablements, des acrotères, des cônes, des sphères, des voûtes, des coupoles, des contreforts et des chaineaux. Ici, c’est une machine, là des détails de pavage, plus loin un tracé sur le sol. De temps à autre, l’artiste se ressaisit dans des planches conçues avec non moins d’esprit que de goût, telles sont celles où il expose le parallèle de l’habitation avec le corps humain, ou encore celles qu’il remplit par des Cariatides, hommes et femmes, auxquels il donne invariablement des bras qui se croisent sur la poitrine, ajoutant ainsi à l’ensemble des figures une résolution, une solidité dont il se privera dans ses Cariatides du Louvre, aux bras mutilés. Plusieurs planches sont des tableaux achevés qu’un metteur en scène serait heureux de traduire sans y rien

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