LE PRINTEMPS. L’ÉTÉ
Hôtel Carnavalet. — - Façade intérieure. — Sculptures exécutées d'après des dessins présumés de Jean Goujon.
encore en dedans ; et néanmoins ce dedans, tout beau qu’il soit, convient mal au dehors. « La disposition des ornemens et l’ordonnance de l’architecture ne sont pas moins
belles en dedans qu’en dehors. La figure qui est dans la clef de la voûte est de la même
Hôtel Carnavalet. — Façade intérieure. — Sculptures exécutées d’après des dessins présumés de Jean Goujon.
main et de la même beauté; les deux Renommées couchées sur les cimes du fronton sont fort estimées pour leurs draperies et leur attitudes.
LES ARTISTES CÉLÉBRÉS
« Les deux lions qui, de côté et d’autre, foulent aux pieds un amas confus d’épées, de tambours, lances et cuirasses, sont d’une excellence admirable et donnent de la terreur '. »
C’est le 18 mars 044 que Jacques des Ligneris acheta le terrain sur lequel s’élève l'Hôtel Carnavalet. Ce magistrat fut l’un des trois ambassadeurs que François Ier envoya au Concile de Trente. Sa mission le retint hors de France durant toute l’année 1546. On ignore si Lescot et Goujon ont été choisis par Ligneris avant son départ ou seulement
GÉNIES ACCOUDÉS SUR L'ÉCUSSON DES LIGNERIS, PAR JEAN GOUJON. Hôtel Carnavalet. — Claveau de la porte extérieure.
après son retour? La date exacte de la construction et des sculptures de l’Hôtel Carnavalet n’est donc pas connue. Toutefois, en fixant. à 1549 la décoration du portique, on doit serrer de près la vérité.
L 'Abondance est une femme ailée. Sa tunique laisse à nu les épaules et les bras. Elle est debout et pose sur un masque, mais, primitivement, elle avait pour support une sphère. Ses paupières, demi-closes, donnent à l’ensemble des traits du calme et de la fierté. Sa main droite est relevée vers l’épaule gauche. L’autre main tient la corne symbolique, dont le fût allongé se profile jusqu’à la hauteur de la tête. Les ailes sont repliées derrière le personnage. Cette composition décore le claveau de la porte extérieure.
1. Histoire et recherches des Antiquités de la Ville de Paris, Paris, 1724, 3 vol. in-fol. (t. III, livre XIV, p. 12).
FRANCE. — • SCULPTEURS
jean goujon. — o
LES ARTISTES CÉLÈBRES
Au-dessous de Y Abondance, dans le tympan semi-circulaire qui surmonte la porte, deux Génies, nus, debout, s’accoudent sur l’écusson des Ligneris. Celui de gauche tient une branche de chêne, et son regard est plein d’assurance. Le Génie de droite a les yeux baissés, et sa main tient un rameau d’olivier ; l’attitude, l’expression, l’attribut parlent de
Hôtel Carnavalet. — Anciennement placés au-dessus de portes latérales ouvrant sur la Cour d’honneur.
Aujourd’hui sur la façade extérieure.
douceur, et font équilibre à la force symbolisée par le premier Génie. Ce motif est circonscrit dans un médaillon qui se détache sur des trophées d’armes.
La façade intérieure du portique ne comporte pas de tympan; aucune fermeture n’était utile de ce côté. Par contre, elle se trouvait placée en regard des fenêtres de l’Hôtel, aussi Lescot et Goujon l’ont-ils faite plus riche que la façade extérieure.
LES ARTISTES CELEBRES
Sur le claveau, Jean Goujon sculpta la Puissance judiciaire ou V Autorité. Elle est debout, drapée, tenant d’une main le bâton de commandement et, de l’autre, un joug. Les épaules, les bras et les pieds sont nus. Une sphère sert d’appui au personnage.
Sur les rampants de l’arc sont posées deux Victoires ou Renommées , faisant cortège à la Puissance judiciaire. Elles sont drapées. Celle de gauche a dans la main la palme des triomphes. Celle de droite tient une branche d’olivier, et semble jouir d’une parfaite quiétude. Elle évoque l’idée de paix et de sécurité.
Deux Lions se trouvent aujourd’hui placés sur la façade extérieure. Ils surmontaient, à l’origine, deux portes latérales ouvrant sur la cour d’honneur. Ces lions se détachent sur un entassement d’armes jetées pêle-mêle, et qui ajoutent à la rudesse farouche de l’emblème. Le lion de droite a détourné la tête et il fixe le spectateur d'un œil irrité. Plus humble dans sa pose est le lion de gauche. Il est vu tête basse, une patte sur une boule et la queue pendante ramenée entre les jambes. C’est le fauve dompté, rappelant dans l’Hôtel du magistrat que le droit prime la force.
Ces divers bas-reliefs n’ont pas l’importance de ceux de la Fontaine des Nymphes, mais ils en ont le charme et la sobre élégance. Ce sont bien là des œuvres du maître savant et distingué dont nous esquissons la vie. A défaut de documents originaux, à défaut de monogramme taillé dans la pierre vive des murailles, nous pouvons appliquer, à l’ensemble des sculptures décrites à cette page, l’éloge que M, Jules Cousin s’est plu à faire du tympan : « Ce chef-d’œuvre signé par la grâce et la perfection mêmes de Jean Goujon, l’un des plus populaires du maître, et l’une des plus précieuses perles de sa couronne artistique ».
L'Hôtel Carnavalet, profondément modifié au xvie siècle, a perdu un bas-relief originairement placé au-dessus de la porte d’entrée du pavillon de gauche, et représentant des Génies assoupis tenant des flambeaux allumés, ingénieux emblème de la Justice qui toujours veille, même dans le repos apparent.
C’est à regret que nous n’osons inscrire sous le nom du maître les admirables mascarons des claveaux du pavillon de gauche, mais Sauvai veut qu’ils soient de Ponce. Nous ne pouvons -passer outre. Cependant, en les rapprochant d’une tête de faunesse, de la tribune des Cariatides, qui, jusqu’ici, a été acceptée comme une œuvre authentique de Goujon, plus d’un critique a eu la tentation d’accuser Sauvai d’inadvertance ou d’erreur. Ces mascarons sont, en effet, d’un travail si parfait, d’un modelé si délicat et si puissant, que Jean Goujon, s’il ne les a pas faits, ne les aurait pas désavoués.
Voici donc le maître inséparable de Lescot et, désormais, fixé à Paris. Selon toute probabilité, Goujon et M. de Clagny, lorsqu’ils donnaient leurs soins à la construction et à l’embellissement de l’Hôtel du président des Ligneris, travaillaient en même temps au Louvre. On prétend même que Lescot, tenu de se consacrer entièrement au palais du Roi, se serait fait suppléer par Jean Bullant à l’Hôtel Carnavalet. Goujon, disons-nous, était fixé à Paris. Il est étrange qu’il se dérobe dans cette ville aux investigations les plus patientes, quant à sa façon de vivre, à ses relations, à sa demeure. On sait que François Ier avait fait don à son poète-valet de chambre, Clément Marot, en juillet 1 5 3 g, d’une maison, avec grange et jardin, connue sous le nom de « Maison du cheval d’airain ». Elle
était située sur l’emplacement de deux habitations portant aujourd’hui le n° 3o de la rue de Condé et le n° 27 de la rue de Tournon. Or, une tradition veut que Jean Goujon ait eu sa demeure et ses ateliers dans le voisinage de la maison de Clément Marot. On a déduit de cette tradition que le sculpteur de la Fontaine des Nymphes avait habité sur les fossés de la ville, de nos jours remplacés par la rue Racine1. Que faut-il penser de cette hypothèse à l’appui de laquelle on ne peut produire aucune preuve ?