ANET .A
La Diane.
iane de Poitiers ayant triomphé de sa rivale, la duchesse d’Étampes, lorsque le dauphin monta sur le trône, en 1547, Philibert Delorme fut chargé par Henri II de construire et de décorer le château d’Anet. On s’accorde à penser que l’édifice, commencé en 1547, était achevé en 1 5 5 2 . Ce millésime était inscrit sur la porte du château. Par contre, la cloche de l’horloge portait la date de 1 5 54, et nous savons, par ailleurs, que Diane ne dépensa pas moins de 16, 278 livres tournois, pour l’embellissement de sa résidence préférée, pendant l’année 1557. Quels furent les artistes qui travaillèrent avec Delorme au château d’Anet ? Ils durent être nombreux, mais les écrits du temps ne nous ont pas conservé leurs noms. Toutefois, Jean Goujon est certainement l’auteur de la Diane, groupée avec un cerf et les deux chiens Procion et Sirius. D’autres ouvrages provenant d’Anet lui ont été attribués, notamment les bas-reliefs en bronze qui avaient décoré l’horloge, deux Renommées , également en bronze, et le plafond, en bois sculpté, de l’une des chambres du château. Ces sculptures diverses ont été recueillies au Musée des Petits-Augustins, à la fin du dernier siècle. Que sont-elles devenues lors de la dispersion du Musée ?
M. Pottier, au cours de l’étude, fort bien faite, qui accompagne l'Œuvre de Jean Goujon, gravé par Réveil, attribue au maître quelques-unes des statuettes placées sur le portique d’Anet réédifié, il y a un siècle, dans la cour des Petits-Augustins. L’École des Beaux-Arts garde précieusement ce portique, dessiné par Philibert Delorme. Mais nous hésitons à suivre M. Pottier dans le choix qu’il a voulu faire des sculptures dues à Goujon et de celles qui, visiblement, ne sont pas de sa main. Le ciseau fertile du statuaire eût suffi, ce semble, à l’exécution du décor intégral du portique d’Anet, si Delorme l’en eût chargé. La Fontaine des Nymphes ne fut-elle pas exclusivement ornée par Jean Goujon ? De même, les Anges et les Renommées sculptés dans la chapelle du château, et repro-
LES ARTISTES CELEBRES
duits par Réveil, ne nous laissent pas sans perplexité sur leur origine. Nous n’osons pas reconnaître, dans ces compositions, le style sobre et franc de notre artiste.
C’est également à Jean Goujon que l’on a voulu faire honneur des sculptures de la chapelle funéraire d’Anet. Mais cette chapelle, élevée par un architecte du nom de Claude Foucques ou Foucquères, fut commencée seulement en 1567. Goujon n’était plus en France. Ce n’est donc pas lui qui exécuta la statue à genoux de Diane de Poitiers, pas plus que les Apôtres , qui sont aujourd’hui à la Sorbonne. Le style en est lourd et le caractère efféminé. Tel n’est point Jean Goujon dans ses oeuvres authentiques. Cependant, en interligne, sur la minute originale du marché de Foucquères, possédé par Benjamin Fillon, l’érudit collectionneur, on lit, au crayon, le nom de Goujon. Si ce nom, d’une écriture ancienne, est celui du sculpteur de la chapelle funéraire, il faut admettre l’existence d’un homonyme du maître, vivant vers i5yo, ou même i58o, et d’un talent très différent de celui du statuaire d’Ecouen et de la Fontaine des Nymphes.
Piganiol, dans sa Description des environs de Paris , parle d’Anet. Sa mention relative au château de Diane de Poitiers n’est pas longue. Elle forme moins d’une page. Mais le narrateur décrit, cependant, d’une plume très informée, « l’horloge où l’on voit une meute de quinze ou vingt chiens de bronze qui marchent et aboyent, et un cerf, aussi de bronze, qui, avec un de ses pieds, sonne les heures ». Nous venons d’écrire, d’après les Archives du Musée des Monuments français , que des bronzes ayant fait partie de l’horloge du .château d’Anet, recueillis aux Petits-Augustins, furent enregistrés, dans ce Musée, par Alexandre Lenoir, comme étant de la main de Jean Goujon. Une œuvre, dont la trace nous échappe, est signalée, en ces termes, par Piganiol : « Dans l’Orangerie, il y a une fontaine où l’on voit une statue de marbre qui représente une femme dont la chemise est mouillée, qui est si parfaitement faite, que la vue y est trompée ' ». Cette baigneuse de marbre, que le sculpteur a su rendre vivante, au point qu’elle fait illusion, ne seraitelle point l’œuvre du maître qui a conçu les gracieuses na'iades de la Fontaine des Nymphes? Celles-ci, comme la Nymphe d’Anet, portent des tuniques aux plis légers et transparents.
Mais la Diane d’Anet, aujourd’hui au Louvre, suffit à la gloire de Jean Goujon. Ce marbre superbe, arraché par Lenoir aux mains barbares des démolisseurs du château de Diane de Poitiers, lui parvint en morceaux. On l’avait scié pour en retirer les tuyaux de cuivre qui servaient au passage des eaux, et c’est merveille que le sculpteur Beauvallet ait pu remettre dans l’état où nous l’admirons depuis un siècle, ce chef-d'œuvre du maitre 1 2.
Diane, nue, assise sur le sol, entoure du bras droit le cou d’un cerf demi-couché auprès d’elle. La main gauche tient un arc. Vers les deux extrémités de la plinthe qui
1. Description de la France , édit, de 1722, t. II, partie II, p. 6y3 .
2. C'est Lenoir qui a cru voir des traces de sciage dans les fragments de la Diane , tels qu'il les reçut, mais dès lors que des tuyaux avaient dû trouver place dans l’intérieur de la statue, il n’est pas douteux que Goujon fut obligé de l’exécuter en se servant d’un marbre en plusieurs morceaux, qu’il scella ensuite. Il n’a pu procéder autrement. On ne saurait sillonner un bloc unique, et de grandes proportions, de canaux intérieurs, sans le briser.
LA DIANE DU CHATEAU d’aNET Par Jean Goujon.
[Musée du Louvre.)
LES ARTISTES CÉLÈBRES
porte la statue sont les deux chiens de la deesse. Une légère draperie est jetée sur sa cuisse droite. Les tresses de sa chevelure, relevées en spirales sur le sommet de la tête et entremêlées de bijoux, marquent l’époque à laquelle a travaillé le sculpteur. Les dames de cour, au seizième siecle, se coillaient de la sorte. Le regard est dirigé vers le cerf sur lequel s’appuie doucement la chasseresse, et dont elle semble redouter la fuite. L’expression des lèvres indique la fierté.
Ce groupe réclame une étude attentive. I out d’abord, il serait puéril de chercher,
dans la Diane de Goujon, l’image de la fille de Jupiter et de Latone. L’auteur ne s’est pas préoccupé du caractère que garde, dans la mythologie grecque, la sœur d’Apollon, toujours armée d’arc et de flèches, et qui parcourt les bois, accompagnée de sa biche favorite et de son cortège de nymphes. La sévère divinité se fut offensée d’être dépouillée de sa tunique et de voir son pied sans brodequin. Le sculpteur de Diane de Poitiers, chargé de faire une statue décorative, a voulu montrer son talent à traiter le nu, et la maîtresse du château d’Anet portant le nom d’une déesse antique, Goujon décorera son œuvre du nom de cette déesse, en lui empruntant l’un de ses attributs. Mais c’est avec une sorte de
négligence que l’artiste évoque ici le souvenir de l’antiquité. La chevelure de sa divinité n’a rien de grec, et ce détail a induit en erreur plus d’un critique. La Diane d’Anet étant coiffée suivant la mode en honneur au xvie siècle, on a voulu voir, dans ce marbre, le portrait de Diane de Poitiers. Il n’en est rien. Plusieurs effigies de cette femme célèbre, que nous avons lieu de croire authentiques, sont parvenues jusqu’à nous. La forme du visage, la dureté de l’arête sourcilière, l’astuce des lèvres ne se retrouvent, à aucun degré, dans la tête sculptée par Goujon. En un mot, si le marbre d’Anet n’est pas une juste