Deville, loc. cit
Les colonnes de ce riche monument, comme celles de Saint-Maclou, sont en marbres noir, blanc et gris. Les parties dorées ont une similitude qui laisse pressentir un même auteur. Les moindres particularités de la base ou du chapiteau sont les mêmes dans les deux édifices 1 . Ces curieuses coïncidences seraient-elles fortuites? Ajoutons que Louis
i. Les colonnes de l’église Saint-Maclou étant la première œuvre authentique que nous connaissions de Jean Goujon, la pensée bien naturelle nous est venue de les signaler à notre lecteur avec quelques détails. Nous ne pouvions mieux faire pour atteindre notre but que de recourir à l’obligeance et à l’érudition de M. Léon de Vesly, l’architecte écrivain, professeur à l’Ecole régionale des Beaux-Arts de Rouen. Celui-ci, avec sa bonne grâce accoutumée, s’est mis à notre entière discrétion, mais ses notes ont une telle précision et sont si bien coordonnées qu'elles forment un tout auquel nous nous garderions de toucher. Nous les publions sans en rien distraire, sous la forme que leur a donnée leur auteur et signées de lui, heureux de pouvoir faire bénéficier notre propre étude d’une aussi précieuse collaboration. « Les colonnes qui soutiennent la tribune des orgues de l’église Saint-Maclou de Rouen sortent de l’atelier de J. Goujon. 11 n'y a pas là une attribution incertaine, mais une attestation donnée par les
BAGUE DÉCORATIVE DE LA COLONNE DE DROITE (CÔTÉ DE l’ É P I T R E ) . (Église de Saint-Maclou, à Rouen.)
comptes. Lorsque cette découverte fut faite, elle provoqua la joie des érudits en apportant un document à l'art français. Les études que nous venons de faire pour M. Henry Jouin nous ont révélé quelques particularités sur l’œuvre du grand sculpteur et l’architecture à l’époque de la Renaissance. Tout d’abord, à Saint-Maclou, c’est l'emploi- simultané de marbres de différentes couleurs. Même observation pour le Tombeau de Brézé à la cathédrale. Le marché passé avec J. Goujon comportait que les colonnes seraient en marbre de Tournay. La base et le chapiteau sont de marbre blanc, tandis que le piédestal est de marbre noir. Cependant, cette matière, rare ou difficile à se procurer à l’époque, n’ayant pas permis de tailler le fût en un monolithe, le tiers supérieur est d’un marbre plus gris. Dans la colonne de gauche (côté de l’Évangile), cette dernière partie est en deux fragments dont l’un n’a que o m. 08 de hauteur. Or, pour éviter ce que ces joints auraient de désagréable à l’œil, J. Goujon imagina une bague décorative. Cet ornement, tracé en or sur le marbre, devait être des plus gracieux. Nous disons devait être, car il est aujourd’hui à peine visible, et seul un œil exercé peut le découvrir. La photographie ne le fait même pas soupçonner pour la colonne de droite. Apres de nombreuses stations faites à Saint-Maclou, nous avons pu retracer, en grande partie, le dessin de la bague décorative, en nous aidant des vestiges de dorure ou des traces de la mixture qui avait servi à la fixer. C'est cette étude que nous reproduisons ici. Nous croyons que c’est la première fois que ce dessin est publié, car on peut dire qu’il était à peu près inconnu jusqu’au jour où nous l’avons relevé. Les colonnes de Saint-Maclou présentent encore à l’architecte et à l’archéologue d’autres caractères. C’est ainsi, par exemple, que le galbe de ia colonne diffère de celui appelé « classique ». Jean Goujon a diminué le fût de la colonne, non pas à partir du premier tiers de la hauteur, mais au sixième environ, soit à on’5o au-dessus de la base, puisque les colonnes ont 3 mètres de haut, et la courbe choisie a été une conchoide très aplatie qui se rapproche du
LES ARTISTES CELEBRES
de Brézé, tué en i 5 3 i , avait eu pour femme Diane de Poitiers dont le statuaire le plus célèbre sera Jean Goujon. C’est Diane qui a commandé ce tombeau. Sa lettre à Messieurs du Chapitre, faisant connaître son désir de voir honorée la mémoire de son mari, dans la cathédrale de Rouen, par un monument, porte la date du 27 mars 1 535, et le travail ne dut être terminé que vers 1544. Jean Goujon se trouvait à Rouen, en 1541, où il était « ymaginier et architecteur juré. » Est-ce le Chapitre, est-ce Diane elle-même qui l’aurait désigné pour élever le tombeau de Louis de Brézé? Le fait n’aurait rien d'invraisemblable. Sans admettre que le monument entier soit de sa main, Jean Goujon aurait pu en donner le plan, surveiller l’exécution, et sculpter lui-même la statue couchée de Louis de Brézé,