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DÉTAIL DE L'ATTIQUE

(Façade du bâtiment élevé par Lescot.) (Palais du Louvre.)

JKAN GOUJON. 123

sans papillotage, le même sentiment inattendu de l'antique ». Ce n'est pas ici le lieu de discuter les appréciations de M. Dimier sur le Primatice, ni la valeur exacte de l'art de celui-ci. 11 nous semble toutefois que l'assimilation, juste en principe, va un peu loin et ne tendrait à rien moins qu'à faire de l'art de Goujon un simple produit des formules italiennes. Or, il y a plus et mieux chez Goujon, à notre sentiment.

Certes, il a pu trouver dans les œuvres des Italiens, qu'il a certainement connues sans que nous sachions par quelle voie, des modèles, des types, des inspirations, des habitudes de style, et nous ajouterons aussi un certain nombre de défauts, des exagérations d'élégance, le goût de la virtuosité inutile, un maniérisme certain, une tendance à l'arabesque banale et au poncif d'école. Il a pris à leur contact l'habitude d'introduire dans les sujets chrétiens, lorsqu'il les a traités, ces recherches d'effet théâtral, de gesticulation académique, ces types vagues et inexpressifs de physionomies et de costumes que l'art classique italien avait substitués aux savoureuses et puissantes conceptions du xve siècle. La comparaison entre trois Mises au tombeau échelonnées sur un demi-siècle à peine, la sienne, celle du Maître de Solesmes et celle du Rosso, est tout à fait significative. Goujon tourne le dos aux maîtres français qu'un Richier, qu'un Pilon après lui continueront encore : il est tout entier avec le Rosso et les Italiens.

Mais il a renouvelé et vivifié dans le meilleur de son œuvre, des formules que d'autres comme les stucateurs

de Fontainebleau appliquaient toutes faites. Il n'y a qu'à opposer les ensembles somptueux mais d'exécution médiocre dans le détail que l'on réalisait à Fontainebleau à ses propres créations pour s'apercevoir de la différence. Dans tout son œuvre, même dans ce dont il n'a fait que surveiller et diriger l'exécution, la pratique de la sculpture est infiniment supérieure : les besognes des Italiens paraissent làcbées et insuffisantes à coté. 11 a le sens plastique et le goût du métier parfait. Quant aux morceaux où l'on peut affirmer reconnaître son travail personnel, ce sont des sculptures délicates et souples d'une technique merveilleuse de raffinement et d'originalité dont aucun italien n'eût été capable à son époque.

Il a eu de plus le goût et le sens de l'antique. S'il n'a pas été en Italie, il a dû certainement apercevoir et étudier à Fontainebleau le déballage du butin rapporté vers 1542 par le Primatice de son expédition en Italie, marbres originaux et moulages que l'on allait bientôt jeter en fonte pour les jardins : le Laocoon, le Tibre, Y Hercule Commode, la Vénus de Cnide, Y Apollon, Y Ariane, surtout. Pour le sentiment de l'antique, Goujon nous paraît infiniment audessus du Primatice. L'intelligence réelle de ces modèles l'aide à se dégager du maniérisme alambiqué des écoles de Bologne et de Florence pour égaler la plénitude et la souplesse de Y Ariane, par exemple, à laquelle bien certainement il emprunta plusieurs fois et le parti de sa draperie mouillée et l'onduleuse beauté de ses formes nonchalantes. Il sut éviter toutefois les banalités et les lour-

deurs auxquelles leur admiration de l'antique entraîna certains de ses successeurs. Il garda en tout cette mesure parfaite, cet équilibre de goût qui sont des qualités si françaises.

Enfin, il eut le sentiment de la nature, et, là encore, il nous paraît dépasser singulièrement ses modèles. Ceux-ci surent évidemment, au milieu de leurs élégances décoratives et de leurs gesticulations compliquées, conserver une certaine tenue, respecter une certaine vérité académique : chez Goujon, le souci de la forme vivante est au premier plan. Que Ton considère son académie d'homme dessinée pour la planche des proportions de Vitrin e et que Courajod se plaisait à rapprocher de celle de Durer, que Ton regarde plus encore ses Nymphes ou ses Renommées, celles de la fontaine des Innocents et celles du Louvre, ce qui frappera avant tout un esprit non prévenu, non inquiet de trouver des rapports historiques et des origines de types, c'est la qualité naturaliste de l'œuvre, c'est la souplesse des formes vivantes scrupuleusement et amoureusement étudiées sur la nature et c'est là ce qui a fait du reste le grand succès de ces créations exquises auprès des générations qui se sont succédé depuis leur apparition.

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