‹ Jean Gvtenberg, premier maître imprimevrChapitre 2 sur 2 · lEANGVTENBERG · texte numérisé non relu

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ture, je jetai en grommelant fur le banc de l'échoppe la valeur du miroir, que je pris d'une main, tandis que de l'autre je m'efforçois d'entraîner la jeune fille loin de ce lieu, hors de la foule.

" Claude! nous palfâmes fept jours enfemble, Gifquette & moi, à Aix-la-Chapelle, fept jours entiers, jours heureux qui ne fortiront jamais de ma mémoire. le ne quittai Gifquette pas plus que fon ombre ^ elle, la pauvre enfant au cœur lïmple & pur, me voua, à moi indigne, fon premier amour. Au bout de ce temps nous nous féparâmes — pour ne plus nous revoir — & aujourd'hui »

lean Gutenberg fe tut; de nouveau il ferra fur fon fein le fils de Gifquette, ce fils qu'il venoit de retrouver. Claude, pour compléter le récit de fon père, n'eut que peu de chofe à ajouter, il raconta au vieux maître la vie malheureufe de Gifquette; il lui dit comment elle n'avoit jamais manqué à la foi promife, & comment, fur fon lit de mort, elle s'étoit plu à le léguer lui, Claude, comme un dernier gage d'atfecl:ion , à fon ami abfent.

Quand le jeune homme eut ceifé de parler, un filence folennel s'établit dans la pauvre cabane; Claude fe tenoit à genoux devant Gutenberg, & le fidèle Beildeck repaiffoit fes regards de cette vue; le vieillard avec fes yeux frappés de cécité, avec fa chevelure qui tomboit en boucles blanches, fa longue barbe vénérable fiottante fur cette poitrine opprelîee par les fouvenirs du palfé, agitée

par les émotions du préfent ah! quiconque eût vu

Gutenberg en cet infiant n'auroit pu s'empêcher de le comparer à Oedipe dans les bras d'Antigone; il étoit courbé, vieux, affoibli par l'âge, ce n'en étoit pas moins la tète d'un roi & le cœur d'un père !

« le vous le dis en vérité, ainfi parla Gutenberg d'une lèvre tremblante, oui, je vous le dis en vérité, la mort qui s'approche eil pour moi une arrivée au port pleine de béatitude! L'amour me conduit ici-bas, il me recevra fur l'autre bord; c'ell: des œuvres les meilleures dont il eft écrit, qu'elles n'abandonneront pas le julle, mais qu'elles le fuivront. L'art & la fcience que nous pourfuivons lans relâche, le bruit & la gloire qui doivent porter notre nom à la pollérité, font l'airain fonore & la cymbale qui retentit en comparaifon des paroles d'amour, d'un amour pur, divin & humain. Oui, je penfe que ma vie n'aura pas été entièrement perdue pour les autres, que la femence que j'ai répandue fur la terre germera & deviendra un arbre fous le feuillage duquel les générations à venir pourront fe repofer. Mon œuvre aura été de délivrer la penfée de les liens, de donner des ailes à la parole; l'une & l'autre, grâce à mon invention, parcourront un jour indépendantes & légères la terre métamorphofée ! elles porteront mon nom à l'immortalité. Mais voici, je ferois néanmoins defcendu dans la tombe fans confolation & fans repos, fi je n'avois eu que la lumière de la raifon pour éclairer mon fentier ténébreux ('); un tils vient de m'être rendu, & ma vie n'ira plus fe perdre dans un affreux défert. L'homme refiera toujours homme; fon cœur ne peut vivre éternellement

{f) Je ne veux pas, dit T auteur de la éMort de Gutenberg, mettre fur le compte de la fidion feule la cécité de mon héros ; mes ledeurs me permettront de leur citer le témoignage d'un homme contemporain de Gutenberg, irimpheling de Schlejtadt qui, à l'âge de ly ans, vint dans [année 1465" à Strafbourg: il dit expreffément, en parlant de Gutenberg, dans fon catalogue des Evèques de Strafbourg, écrit en i^oS: duélu cujufdam lohannis Genffleifch , ex fenio cœci.

j.ii.

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de gloire & d'efpérance; l'amour demeurera toujours la meilleure part de fon être^ c'ell pourquoi je donnerois mon œuvre entière pour toi, Claude, qui m'es plus encore que mon art : tu es mon lils, l'envoyé de Gifquette qui me vient d'une bienheureufe éternité! »

lean Gutenberg mourut dans le dénuement, il mourut abandonné. Sa mort n'excita aucun intérêt chez les indifférents, chez fes ingrats contemporains. C'efl: fur la foi feule d'un document poudreux, lequel même ne fait pas direélement mention de l'inventeur de l'imprimerie, que nous avons appris que lean Gutenberg dut être réuni à fes pères vers le 24 Février 1468; dans quel lieu'i' la chofe elT: incertaine, & même à cette heure ne faurionsnous rien de plus à ce fujet, i\ l'infcription qu'un des parents de l'imprimeur, Adam Gelthuss, a compofée en fon honneur ne nous étoit par hafard tombée entre les mains. Elle eu en latin, & dit que les os de Gutenberg repofent dans l'églife de Saint-François, à Maïence.

Voilà pour l'hirtoire; quant à nous, c'eft avec un fentiment douloureux & la rougeur au front que nous allons clore ce feuillet de notre livre où nous racontons les faits & difcours dignes d'admiration & la mort de celui qui a découvert le plus remarquable, le plus merveilleux de tous les arts, celui qui eil delliné à renouveler le monde.

La poéfie, en compofant un tableau dont la trame a été de nos jours recueillie fil à fil dans le fein ténébreux

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des archives, a pris fur elle de faire luire un rayon lumineux fur les derniers jours du grand inventeur, de jeter fur fa tombe un rameau de paix & defpérance; netoit-ce pas là fon droit, & a-t-elle befoin de fe juftiiier? Selon nous, le devoir le plus noble de fintelligence, comme fon plus glorieux apanage, c'ell: d'éclairer, de réconcilier, de remettre en lumière, quand la vie furtout n'a lailîe après elle que quelques ombres vagues & une tombe in-

connue.

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