CHAPITRE PREMIER
LA jeunesse; vire kt paris (1593-1618)
Jean Halbout de la Becquetière, celui qui devait être plus tard le Fr. Elzéar de Vire, capucin, naquit à Vire, petite ville de la Basse-Normandie, le 25 juillet 1593. Son père, Thomas Halbout, était dans la magistrature '. 11 exerçait les
1. Thomas Halbout rtait fils do Richard Halbout, sii'uide la Masure et do la Becquetière, avocat, trésorier de l'église Notre-Dame de Vire, en 1568. Thomas eut deux frères : l'aincS Jean, sieur de la ;\Iasuro, fut greffier du bailliage, et épousa Rent'-e do Baudre. Le second, Cliristophe, écuyer, siour de Laiiiotto, épousa Louis<> do Beauvoisin. Une fille de colui-ci, Anne Halbout, mourut ih^ la peste le 28 septombro lt;-2il.
fonctions de juge-enquêteur avec une telle intégrité qu'on le surnomma l'incorruptible. Il avait épousé une jeune fille d'une des meilleures familles de la ville, M"^ Marie le Houx '. M"" de
I. Le 19 novembre 1581. Marie le Houx était la sœur de Jean le lieux, dit le Romain, qui donna la première édition des Vaux de Vire, rajeunissant le vieux fonds de poésie populaire resté dans toutes les mémoires, et y ajoutant beaucoup du sien. — De la Ferrière-Percy, Les LaBoderie. Paris, Aubry, 1857, p. Ido.
De ce mariage naquirent cinq enfants :
1» Guillaume, sieur de la Masure, né en 1582, avocat, conseiller assesseur, enquêteur, mort en janvier 1620. Il épousa, le 18 janvier 1G07, Jeanne Goliier î\Iancellière, dont il eut cinq garçons et trois filles;
2° Suzanne, née le 11 mars 1584, ('pousa Robert Lechevallier ;
3" Estlier, née le II juillet 1588:
4° Jean, dont nous nous occupons ;
5" Jeanne, née le G novembre 1601, mariée à Jacques de Bled, docteur en médecine, le 2 juin 1020. Elle eut i)lusieurs filles, toutes établies dans le monde, et dont l'une devint M'"^ de Beaupré-Cœurdoux, fervente tertiaire de Saint- François. Cette seconde sœur de Jean de la Becquetière eut également quatre garçons : l'un se fit cistercien; deux autres capucins; le quatrième, d'abord moine de l'ordre de Cîteaux, finit par entrer aussi dans la milice franciscaine avec ses deux frères. — Le Chevalier. Vie du Fr.
KX D.VNGER DE MOIlT. 19
la Bccquetière eut à cœur de nourrir elle-même son enfant; mais pourtant son amour n'alla pas jusqu'à prendre toutes les précautions nécessaires à la vie de son petit Jean. Une nuit qu'elle l'avait près d'elle dans son lit, elle fut prise d'un profond sommeil, et, se penchant insensiblement sur son fils, elle lui cacha la figure et l'empêcha de respirer '. La consternation de la mère fut grande, lorsque, à son réveil, elle aperçut l'enfant ne donnant aucun signe de vie, froid et sans mouvement. On fait un grand feu, on apporte du vin, des remèdes, mais inutilement. On fait venir un saint ecclésiastique, confesseur de la famille; on le prie de célébrer la sainte messe pour obtenir la réparation d'un si
Ehéar. — F. Cazin. Xolice sur le couvent des Capucins de Vire, siiivii:' de VAbrégé de la Vie de Jean Ifalboul, par F. C. i' édition. Vire, IHT6.
1. D'apiès le ms. F. fr. 25C)14 do la Bibl. Nat., ceci serait arrivé non à la mère, mais à la nourrice de l'enfant.
grand malheur. C'était vers les neuf ou dix heures du matin. A peine le prêtre eut-il prononcé les paroles de la consécration que l'enfant donna des signes de vie. Et ce qui est très remarquable, c'est que « la santé s'augmentoit à proportion que le sacrifice s'aclievoit, en sorte qu'à la dernière Évangile, il se trouva aussi fort, aussi sain, aussi vermeil et aussi guay que s'il n'avoit jamais eu de mal, au grand étonnement et admiration de ceux qui furent presens à cette merveille ' » .
Ce fait providentiel fut relaté dans un écrit que signèrent une soixantaine de personnes, entre autres plusieurs ecclésiastiques, et le prêtre même qui avait célébré le saint sacrifice de la messe -.
Que devait donc devenir cet enfant que