‹ Jean Halbout de la BecquetièreChapitre 11 sur 66 · SON INSTRUCTION · texte numérisé non relu

SON INSTRUCTION

la main divine arrachait des bras de la mort?

Ses parents lui donnèrent, pour faire son instruction, un précepteur pieux et de bon jugement, aussi attentif à former l'âme que l'esprit de son disciple. Dès ce moment, le jeune homme contracta cette bonne habitude de la vertu qui rend tout facile. Chaque jour il assistait à la sainte messe. On ne l'entendait jamais mentir.

De son cœur s'exhalait le parfum d'une candeur toute angélique. Et s'il est un point faible sur lequel un juge impartial eût pu lui adresser quelques remontrances, c'est au sujet de la mortification qu'il pratiquait avec un zèle trop peu mesuré. L'enfant avait remarqué que sa mère et son précepteur observaient un jeûne des plus rigoureux les trois derniers jours de la Semaine Sainte. Il entreprit secrètement de les imiter. La première année, tout alla bien. La seconde,

sa conduite fut découverte; sa mère lui détendit de continuer, préférant, disaitelle, qu'il mortifiât sa propre volonté. Au fond du cœur, elle était ravie des inclinations et des dispositions de son fils.

Avec l'âge, le besoin d'une instruction plus soignée se fit sentir. M. et M""" de la Becquetière décidèrent d'envoyer Jean à Paris, poursuivre le cours de ses études. Ce projet ne devait pas se réaliser de sitôt. Le jour même qu'il partit de Vire, le voyageur fut précipité à bas de sa monture. Son cheval était ombrageux, et il s'emporta. Le cavalier, jeté à terre, ne put retirer son pied de l'étrier ; il fut ainsi traîné assez longtemps sur un chemin rempli de cailloux; le domestique qui accompagnait Jean Halbout fut assez heureux pour arriver à lui porter secours et le conduire dans une maison voisine, où habitait un gentilhomme ami

SON VO'i'AriE A PARIS. i?>

des Becquetière. La nouvelle de l'accident parvint à Vire à dix heures du soir. Tout aussitôt, parents et amis d'accourir avec un médecin. Cette chute de cheval valut à Jean deux mois de repos au lit. Le malade en profita pour lire la Vie des saints, en particulier celle de saint Ignace de Loyola '.

« >L de la Becquetière, raconta plus tard sa femme, se sentant touché de Dieu par la lecture qu'il avoit faite..., commença de dire en luy-mème : Qui t'empêche de suivre l'exemple de ce Bienheureux, et de faire comme luy? Que connois-tu dans le monde qui puisse et qui doive t'y retenir? As-tu plus d'avantages qu'il n'avoit? Es-tu d'une vie plus exemplaire? Es-tu plus noble? Es-tu plus riche? Es-tu mieux fait? Es-tu plus capable? C'étoit un seigneur issu d'une des

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