‹ Jean Halbout de la BecquetièreChapitre 12 sur 66 · Bibl. nat., F. fi · texte numérisé non relu

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plus anciennes maisons de Navarre; il avoit de fort grands biens; et jamais cavalier ne fut plus agréable, plusgaland, ny plus adroit : ce pendant ny les plaisirs, ny les richesses, ny les grandeurs du siècle ne purent l'y arrêter : il les méprisa de bon cœur pour l'amour de Jésus- Christ, et les foulant aux pieds, il embrassa nû le party de la Croix. Gravés, ajouta M. de la Becquetière, gravés en mon cœur, grand Dieu, les mêmes sentimens de ce saint homme ; embrasezmoi du même zèle; et donnez-moi les mêmes forces; car à l'avenir je veux être tout à vous, et pour m'y consacrer tout entier, je vous supplie de me donner un si grand dégoût de toutes les créatures, et de m'inspirer un si fort amour pour la religion que je quitte au plutost l'embarras du monde, et que je me retire dans un cloître. »

Un heureux rétablissement permit au

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jeune de la Becquelière de rentrer à Vire où il resta trois mois, jusqu'au moment de reprendre décidément le chemin de Paris. Ce second départ fut marqué d'un nouvel incident. A trois lieues de Vire, le voyageur fit la rencontre d'un marin de Saint-Malo qui retournait en son pays. Cet homme avait été volé par les corsaires, sur la Manche, et jeté sur les côtes de la Uélivrande, près de Caen. Il mendiait son pain le long de la route. M. de la Becquetière lui fit don d'un quart d'écu * et de deux chemises neuves tirées de sa valise.

La maison de M. Halbout était à Vire l'asile et le refuge des pauvres. Le matelot alla y tendre la main et demander un gîte. Le linge qu'il portait éveilla le soupçon de ses hôtes, et le fit prendre pour un

1. LV'cu d'argent tle 1/U1-17U4 et des années antérieures valait 5 Ir. ôO, et le quart d'écu l fr. 3(3. — Bonnet, Manuel monétaire et d'orfèvrerie. Paris et Rouen. !M. DCCCX, p. 70.

voleur. L'on n'eut de tranquillité et de repos qu'après avoir reçu une lettre de Jean, vers lequel on avait dépêché une estafette. Le jeune homme demandait pardon à ses parents d'avoir disposé de ses effets sans leur permission ; il regrettait de n'avoir pu faire l'aumône sans être découvert, et surtout il déplorait la peine causée au pauvre marin assisté par lui.

Dans ce temps-là, un voyage à Paris était tout un événement. Les déplacements ne s'opéraient pas aussi vite, ni aussi commodément que maintenant.

Jean de la Becquetière arriva cependant sans autre encombre dans la capitale, alors comme aujourd'hui le rendez-vous d'une partie des beaux esprits. Son premier soin fut d'aller prier à Notre-Dame et de visiter toutes les églises. Six jours après, il était au travail. Il s'y livra avec une telle ardeur qu'il devint bientôt capable d'enseigner, s'il l'eût voulu, les scien-

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