LETTRES DU FR. ELZÉAR DE VIRE
1. Lettre de M. de la Decqnetière à M""" la Supérieure de Villers-Canu'et au sujet de J/"' Suzanne de la Boderie.
« Madame,
« Quoj-que je n'aye pas le bonheur de vous connoître, que par la grande réputation que vôtre rare vertu et sage conduite vous ont acquises, et qui m'oblige de vous considérer comme la personne du monde la plus charitable et la plus engagée dans les intérêts de Dieu; ainsi je ne fais nulle difficulté de m'adresser directement à vous-même, sans recourir à des recommandations empruntées pour obtenir la gi'âce que je vais vous demander tres-humblement. Votre charité pour le prochain et Tamour tendre que vous portez
à Jésus-Christ en seront les uniques médiateurs. Vous connaissez assurément, Madame, la maison de la Boderie; et quoyque . j'aye l'honneur de lui appartenir de fort près, je ne crois pas sortir hors les bornes de la modestie si je me flate, disant qu'elle est trop illustre pour être inconnue à une personne comme vous qui n'ignorez rien de ce que l'on peut sçavoir. Vous me croirez donc facilement lors ce que je vous diray que Mademoiselle de la Boderie est une fille très spirituelle, très sage et très pieuse, puisque le caractère propre de tous ceux de sa famille, c'est le bon esprit, la sagesse et la piété. Mais je puis bien vous assurer qu'elle n'a jamais fait paroitre plus sensiblement ce grand fond de piété, de sagesse et de bon esprit, que par la résolution qu'elle a prise depuis quelque tems de quitter le monde, et de se retirer auprès de vous, Madame, pour se consacrer dans votre monastère au service de Jésus-Christ sous vôtre direction. Comme j'ay l'honneur d'être son beau-frère, vous me dispenserez, s'il vous plaît, de vous marquer plus précisément toutes ses autres bonnes qualitez. Il suffit
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que je vous proteste devant mon Créateur, que je n'ay presque point vu de plus forte vocation que la sienne à l'état religieux ; et que bien loin de reconnoitre en sa personne aucun défaut, soit au corps, soit à l'esprit, (jui la rende incapable de cette sainte profession, j'ay remarqué au contraire qu'elle possède avantageusement tout ce qu'il faut avoir pour devenir une parfaite religieuse. Si bien que j'espère de votre charité. Madame, que vous lui accorderez une place dans vôtre sainte maison. Nous conviendrons aisément des conditions; et autant que je puis prévoir, ce ne sera pas l'unique de la famille qui fera gloire de passer le reste de ses jours sous vôtre obéissance, pourvu que vous ne nous en refusiez pas la grâce que je vous demande, avec la permission de me dire à jamais, « Madame, « Votre très humble et très obéissant serviteur.
« DE L.V BeCQUETIÈRE. »