‹ Jean Halbout de la BecquetièreChapitre 51 sur 66 · Réponse à la lettre précédente · texte numérisé non relu

Réponse à la lettre précédente

« Monsieur,

« Si vous ne jugiez de moy que par la réputation que j'aurois pu m'acquérir, vous prendriez sans doute des sentimens tout contraires à ceux que vous avez eu la bonté de me marquer. Mais étant plein de Dieu, et embrasé de son saint amour, vous avez crû qu'une personne comme moy, qui par sa profession religieuse est obligée de l'aimer et de le servir souverainement, étoit plus charitable et avoit de plus forts engagemens à son service que les autres. C'est sur ce pied-là que a^ous vous êtes imaginé que j'avois beaucoup de charité et de zèle pour la gloire de Jesus-Christ. Je sens bien que je ne suis pas dans cet heureux état. Cependant vous ne vous êtes pas trompé, lors ce que vous avez crû qu'il ne faloit point employer auprès de moy d'autre solliciteur que votre propre mérite pour obtenir ce que vous souhaitez. 11 est vray que je connois parfaitement bien la maison de messieurs de la Bo-

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derie; elle est trop célèbre pour mT-tpe inconnue, quoyque je sois la plus ignorante créature du monde. Je sçai même l'étroite alliance qui est entre elle et vous ; et elle ne me rend aucunement suspect le témoignage <[ue vous donnés au mérite de Mademoiselle vôtre Belle-Sœur : elle ne peut rien faire de plus sage, ni rien entreprendre de plus pieux, ni de plus juste, que de renoncer au monde pour entrer en religion. ^lais je crains bien qu'elle ne se soit un peu écartée quand elle m'a choisie pour sa directrice dans les voyes du salut. Aussi je me donncrois bien de garde de lui accorder ce (ju'elle me demande. Mais outre que nous avons des supérieurs fort éclairez qui s'acquittent parfaitement bien de cette charge, c'est que nôtre communauté est remplie de très bonnes religieuses, sur l'exemple desquelles cette sage fille se conduira, pour marcher sûrement et sans faire nul écart dans le cheminquimenne droit à Dieu. Si bien qu'elle n'a qu'avenir quand elle voudra, nous la recevrons comme une épouse que Jesus- Clirist nous adresse, pour la préparer aux nopces de l'Agneau. Elle nous sera toujours

très chère, aussi bien que tout ce qui nous viendra de vôtre part. C'est de quoy toutes nos religieuses vous assurent, et c'est ce que je vous confirme en mon particulier, vous suppliant de prier Dieu qu'il convertisse une créature qui se reconnoit si grande pécheresse qu'elle n'ose pas vous assurer qu'elle est,

u Monsieur, « Votre très humble et très obéissante

servante,

« LA SUPÉRIEURE INDIGNE DE ViLLERS-CaNIVET. ))

3. Lettre de M. de la Becquetière à la Supérieure de Villers-Canwet, au sujet de sa femme.

« Madame,

« Bien que je puisse compter sur la parole que vous m'avez donné il y a quelque tems de recevoir en vôtre monastère et au nombre de vos religieuses, une personne dont je vous parlay sans vous la faire connoître ' ; je ne prétends pas néanmoins abuser de votre hon-

1. Cotait le jour où M. de la Becquetière conduisit la ûlère Suzanne des Ane:es au couvent.

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nêteté, ny de vous engager à rien faire aveuglément qui put dans la suite vous donner quelque chagrin. Vous êtes donc libre à cet éirard de nraccorder ou de me refuser la ])lacc que je vous demande de rechef dans vôtre sainte communauté. Mais si mes sollicitations peuvent <|uelque chose sur vôtre esprit, si la gloire de Dieu vous tient encore, comme elle vous a toujours tenu tendrement au cœur, si le salut de vôtre prochain ne vous est pas indiiïérent, et que vous ayez quelque considération pour le soulagement et la consolation de ceux qui se trouvent en quelque peine, je vous conjure de vous rendre à la très humble prière que je vas vous faire.

« Ayant plu à la miséricorde infinie de mon Dieu de toucher le cœur de ma femme, et nous ayant inspiré depuis quelque tems à tous deux le désir de quitter le monde pour nous retirer en religion, j'ay trouvé pour moy une place dans un Ordre fort régulier, et je vous en demande une pour elle dans votre saint monastère que je sçay être fort réglé. Elle souhaite de tenir compagnie à sa sœur, et de participer ù l'avantage que possèdent

plusieurs sages religieuses qui, sur l'exemple de vôtre vertu et sous votre conduite, mènent une vie aussi pure et aussi innocente que celle des Anges. On lui a offert plusieurs autres monastères qu'elle a tous refusez pour avoir le bien de se consacrer à Dieu à l'abry de vôtre direction; et je puis vous assurer qu'elle ne désire aller avec vous, Madame, que pour travailler plus avantageusement à son salut et pour se perfectionner dans l'état religieux. Au reste, j'espère qu'elle vous donnera autant de satisfaction que vous en pouvez raisonnablement attendre d'une personne qui ne souhaite rien avec plus d'ardeur que de sacrifier à Jésus-Christ tout ce qu'elle est, avec tout ce qu'elle a et possède dans le monde. Elle veut mépriser la terre pour acquérir le ciel; elle abandonne un homme mortel pour s'unir plus intimement à Dieu ; elle laisse la creatuie pour s'attacher au Créateur; elle foule aux pieds des biens fragiles et passagers pour en mériter d'incorruptibles et éternels ; et je vous proteste que si elle pouvoit faire quelque chose de plus, elle le feroit généreusement pour la gloire et l'amour de Jésus-

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