‹ Jean Halbout de la BecquetièreChapitre 54 sur 66 · I.KTTIŒS DU FK. KI./.KAK. Ml · texte numérisé non relu

I.KTTIŒS DU FK. KI./.KAK. Ml

VOUS, le Seigneur, qui est juste juge et qui rend à chacun selon ses o'uvres, n'aura aucune compassion pour vous au jour du jugement. Si vous trouvez de l'ennuy à supporter les adversitez qui vous pourront arriver, remettez-vous devant les yeux toutes les peines que nôtre divin Sauveur a endurées le premier pour vous, et comme il a passé par les voyes des calomnies et des souffrances qui ont été presque continuelles durant toute sa vie, qu'il a souffertes avec une patience admirable, sur le modèle duquel il y a eu depuis des milliers de saints martyrs, de saints confesseurs et de saintes vierges, aussi bien que de saints religieux de tous âges et de toutes sortes de conditions, qui ont souffert tant de peines, tant de chevalets, des grils et des tourmens si cruels, que le seul souvenir même en fait horreur ; et néanmoins ils les ont endurez avec une patience et une joye incroyable, tant ils s'estimoient heureux de suivre les traces d'un tel Maître et de leur Seigneur Souverain.

« Mais afin de vous faire connoitre, mes chères Sœurs, l'estime que Jesus-Christ fait

des peines et des souffrances que l'on endure pour son amour, comme le chemin le plus court et le plus asseuré pour parvenir à la gloire des bienheureux, je seroy bien aise de vous rapporter ce qui arriva à sainte Catherine de Sienne, à laquelle Notre Seigneur ayant présenté deux couronnes, l'une toute enrichie de perles et de pierres précieuses d'un prix inestimable, et l'autre composée d'épines très aiguës et piquantes, il luy dit que si elle vouloit être heureuse, après sa mort et posséder cette précieuse couronne qu'il luy avoit montrée, elle devoit choisir celle d'épines durant cette vie, et se résoudre d'endurer toutes sortes de peines, de contradictions et d'adversitez qui pourroient se rencontrer. Par où vous voyez qu'un si grand bien, comme est la gloire céleste, ne se donne ny ne s'acquert pas sans de grands travaux, et que pour être appelez les vrais enfans de Dieu et être compagnons de ces âmes bienheureuses, il faut suivre leurs traces et les imiter dans cette vie. Toutes ces peines, néanmoins, vous sembleront douces si vous les comparez à celles que tant de milliers de saintes âmes ont souffertes.

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« Si vous avez du courage et désirez verital)l('ment acquérir In perfection chrétienne, tâcher d'ùter vos allections des moindres fautes et de toutes sortes de vices et d'imperfections, et les offrez à Dieu avec dévotion. Addressons-luy pour ce sujet de très humbles prières les uns })Our les autres, afin que nous méritions de nous revoir un jour après cette vie mortelle au séjour de la gloire éternelle, pour luv en rendre mille actions de grâces, et luy chanter à jamais des louanges en la compagnie de ses saints anges et de tous les Inenheureux. C'est le désir de celuy qui est,

« Mes très chères et bien aimées Sœurs, « Votre très humble et très affectionné frère et serviteur,

« DE LA BeCQUETIÈRE. ))

('). — Lettre du Frère Elzéar à la Supérieure de V Hier s.

« Madame,

(( Humble salut en Jesus-Christ. Ayant apris, quoy qu'avec déplaisir, de notre Révérend

Père Gardien le désir extrême que vous avez de me voir chez vous, où presque toute votre religieuse Communauté me souhaite pareillement, et que pour cet effet vous vous êtes même addressée à notre Révérend Père Provincial, en suite du refus honneste que notre Révérend Père Gardien vous avoit fait à ma prière, pour m'obliger à ce voyage, auquel je ne me suis enfin engagé que par la pure obeyssance que je leur dois : néanmoins prévoyant que cette visite ne pouvoit vous apporter aucune utilité, non plus qu'à votre Communauté, pour laquelle j'ay beaucoup de vénération; mais au contraire pouvant voir quelques mauvaises suites, je Tay derechef instamment supplié, quoy qu'à la porte de votre monastère, de me dispenser d'entrer chez vous, et de ne m'i point forcer pour plusieurs justes et pressantes raisons que vous pouvez connoître, ou au moins vous doutez. Car vous n'ignorez pas que lorsque j'ay pris congé de vous il y a environ quatre ans, je vous dis adieu pour l'éternité, et que nous ne nous reverrions plus que dans le Paradis, s'il plaisoit à sa divine Majesté

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<le nous en faire participans, ce que je iis pareillement à ma chère sœur Elizabetli. C'est pourquoy, je vous conjure pour Tamour (le celui qui est mort pour nous d'agréer mon procédé et de vous souvenir dans vos saintes prières d'un pauvre pécheur, tel que je suis, qui ay un long voyage à faire à peu de tems d'ici et un grand compte à rendre'. J'espère la même grâce de toutes vos religieuses, en les assurant, et vous aussi, que je ferai la même chose de ma part et pour vous et pour elles. C'est ce que vous promet celui qui est avec respect, « Madame, « Votre très humble et obeyssant serviteur eu Notre Seigneur.

« Frère Elzeau, Capucin indigne. »

1. Le Frère Elzf'ar prophétise, croit-on, sa mort prochaine, qui arriva en elTot dans cette même année ItiiO.

JEAN HA1.B0L1 HE I.A BECyiETlKItE.

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