‹ Jean Halbout de la BecquetièreChapitre 62 sur 66 · Lettre du P. Michel à ses Sœurs, religieuses ii Villers · texte numérisé non relu

Lettre du P. Michel à ses Sœurs, religieuses ii Villers

« Mes très chères et bien aimées Sœurs,

« Humble salut en Nôtre Seigneur. Quoy qu'on m'ait permis de vous écrire assez au long toutes les particularités de ce qui nous est arrivé à mon cher Frère Elzear et à moy depuis que nous partîmes de Villers jusqu'à ce jour, je n'entreray pourtant point dans un trop grand détail de toutes les circonstances, soit de nôtre voyage, soit de nôtre

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prise d'habit et de notre noviciat. Vous avez \n\ apprendre les dillicultez qu'il nous a fallu applanir pour obtenir notre obédience de réception. Je vous ay aussi fait connoitre précisément par la lettre que je vous écrivis deux jours avant que nous fussions au couvent de Rouen, que nous entrerions au noviciat le premier dimanche de Carême, ce qui se fît comme nous l'avions espéré; et nous eûmes encore le bonheur d'être revêtus de l'habit de nôtre séraphique Père saint François le mercredy d'après. Nous avons passé les premiers mois de nôtre probation en une parfaite santé ; mais il y a eu du changement dans la suite. Car mon très cher Frère Elzear fut attaqué le premier d'une fièvre très A'iolente qui le réduisit presque à l'extrémité ; mais ayant eu recours à sa protectrice ordinaire, je veux dire la très sainte Vierge, elle l'a guery miraculeusement, et jamais il ne s'est mieux porté qu'il a fait depuis ce tems là. Pour nioy, il a plu à Dieu de permettre que je fusse frapé de la peste, qui a été si rude et si violente, qu'on a désespéré quelques jours que j'en pusse guérir : cepen-

dant nôtre Seigneur m'a rendu la vie, et je ne fais aucun doute que ce n'ayt été par les prières et oraisons ferventes de Frère Elzear.

« Je m'assure que vous ne serez pas fâchées si je vous fais une peinture et un portrait pour vous exprimer ce que la grâce de nôtre Seigneur opère de grand dans ce saint religieux; mais il m'est impossible de vous expliquer les prodigieuses avances qu'il a faites au chemin de la perfection. Tout ce que je puis vous dire, c'est qu'il croît de jour en jour en humilité, en amour de Dieu, en ferveur, en lumière et en toutes sortes de vertus. On le considère dans le couvent comme un prodige de grâces, car les anciens religieux l'admirent, les autres se le proposent eux-mêmes pour l'exemple de leur conduite, les novices le regardent comme un saint ; nôtre Père maître ne le considère plus comme son disciple, mais dit qu'il le surpasse en toutes sortes de vertus, et le révérend Père Gardien confesse et avoiie ingénuement qu'il connoit peu de religieux dans l'Ordre qui ne lui soient inférieurs en sainteté.

« J'irois plus loin et je m'étendrois davan-

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tago sur ses vertus; mais j'appréhende que louant encore plus ce serviteur de Dieu, qui est tout à Jesus-Christ, a'Ous ne vous imaginiez que j'oublie que vous et moy avons le bien de lui appartenir de fort près. Néanmoins je me persuade que les louanges, que je viens de luy donner et vous marquer, ne vous seront point suspectes, puisque vous la connoissez aussi bien que moy, et que personne au monde ne doit ètve fortement convaincu de sa rare sainteté que vous autres qui avez eu le bonheur pendant plusieurs années d'être les témoins de l'innocence incomparable de sa vie. Remercions donc nôtre Seigneur des bénédictions qu'il répand sur ce saint homme, et prions Dieu tous ensemble de nous faire la grâce de pouvoir le suivre, au moins de loin, dans la carrière de la perfection religieuse que nous avons embrassée. C'est le désir de celui qui est,

« Mes très chères et bien aimées Sœurs, « Votre très humble et très affectionné Fr. et serv. en nôtre Seig.

« Fr. Mic. de la Bod., Cap. novice iiul. »

D'après les détails conservés jusqu'à notre temps, Nicolas de la Boderie était de complexion délicate. C'était aussi le gentilhomme le plus accompli. De petite taille, il relevait ce défaut par un grand air de noblesse et de distinction; et, par la nature fine et délicate, il rappelait son oncle l'Ambassadeur, sur lequel il semblait s'être modelée

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