MOTIFS DE SA VOCATION. II
devaient plus lard enregistrer les Annales de la sainteté.
En tout cas, l'attrait général qui poussait à cette époque les âmes vers le cloître avec tant d'impétuosité suffit-il à expliquer la vocation du Frère Elzéar de Vire? Je ne le pense pas. L'Église avait vu, elle verra encore des saints, comme sainte Madeleine, saint Augustin, sainte Marguerite de Cortone, briser avec leur vie pécheresse : pour eux la pénitence est obligatoire. Elle a vu, elle verra encore se donner à la vie religieuse des personnes dont la mort a coupé le lien matrimonial qui les retenait dans le monde : M'"" de Chantai, M""" Acarie, M""'de Veuilly, Lady Warner ' en sont d'illustres exemples à l'époque qui nous occupe.
I. Miss Trevor Hannior, née au château de Hanmer le ■10 avril 103G, protestante, mariée le 17 juin 1(359 à Sir .lolm Warner, eut de lui doux filles. Après s'être convertie avec son mari, elle se fit Clarisse à (Jraveiinos, tandis qu'il entrait chez les Jésuites. — Bibl. franc, ms. 23u.
12 JEAN IIALBOUT.
De même ce Sébastien d'Apparitio, né en Espagne en 1502, qui fait du commerce en Amérique à Mexico, qui se marie deux fois, qui vit ensuite dans la continence dans le mariage, et finit par revêtir la bure franciscaine à l'âge de soixantedix ans. L'Église a vu, moins souvent, mais enfin elle a vu des chefs d'État comme le duc de Modène Alphonse II fouler aux pieds le sceptre royal et lui préférer le sac et la corde des capucins.
Ce que l'Église voit moins fréquemment, c'est un homme jeune, beau, riche et plein d'avenir, qui s'enferme, lui et sa femme, chacun dans un cloître, et qui foule aux pieds par la profession religieuse des serments bénis par Dieu quelques années plus tôt, serments qui sont d'ordinaire éternels.
Il faut le dire franchement, à nos yeux sceptiques, frondeurs et sensuels, cette
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conduite est romanesque, elle dénote un esprit étrange et fou.
Eh bien! oui, le « bienheureux Ilalbout » agit comme un fou, mais comme un fou atteint de la folie de la Croix, comme un fou épris du seul amour divin, comme un fnu intelligent des seules vérités immortelles.
De sa vocation absolument extraordinaire, Jean de la Becquetière n'avait-il pas du reste des marques tout à fait exceptionnelles?
11 faut bien que l'eau qui s'emmagasine sous la roche, finisse par se créer une issue, et par jaillir au dehors en source vive. Or ce fut chez lui le désir secret, mais toujours impétueux et toujours vivace, d'entrer en religion. Le magistrat sentira les mêmes impulsions que le jeune homme. Et s'il ne s'y abandonne pas, s'il contracte mariage, c'est pour obéir aux sollicitations pressantes
d'une femme qu'aveugle l'orgueil maternel. Mais Dieu ne lâche pas pour si peu les âmes dont il veut être le maître unique et absolu. Dans sa jeune épousée, Jean de la Becquetière trouvera une personne qui finira par comprendre, elle aussi, la beauté idéale de la vie des cloîtres. Et la pensée de s'attacher davantage à Dieu seul, loin de s'étioler dans l'état conjugal, s'y nourrira d'un aliment précieux, elle se remettra à briller plus pure et plus claire, comme une lampe dont la ménagère vient de renouveler la provision d'huile.
Alors que M. et M"' de la Becquetière demandaient à Dieu par de ferventes supplications la grâce de connaître précisément cette voie plus parfaite où ils rêvaient de s'engager, pouvaient-ils aussi ne pas deviner le doigt de la Providence dans cette mort mystérieuse et cruelle qui leur ravissait leurs enfants au lende-