FONDATIONS CAPUCINES
C'est au milieu de cet éternel mélange de bien et de mal qu'avait poussé et pris racine la petite Congrégation des Capucins, réforme de l'Ordre des Frères Mineurs, en Italie d'abord, en 1525, puis en France en 1572. Depuis cette année-là, jusqu'en 1609, la province de Paris, la première de celles d'en deçà des monts, fonda plus de trente couvents dont deux à Paris, et d'autres à Caen, à Orléans, à Rouen, Chartres, Angers, Bourges, Blois, Nantes, Reims, Amiens, Tours, Alençon, Le Mans, Rennes, Mayenne et Saumur.
De 1010, année où la province de Paris se scinde en deux pour former la province de Touraine, jusqu'en l'année 1622, date à laquelle le Frère Elzéar de Vire entre au noviciat de Rouen, soixante- dix monastères s'élèvent dans le nord de la France comme autant de citadelles de prières et d'apostolat. La Normandie compte, entre autres, les couvents de Lisieux et
d'Évreux (1613), de Dieppe (1614), de Honfleur, de Baveux et de Dreux en 1645, de Coutances et de Falaise en 1616, d'Avranches en 1618. Et bientôt, en 1619, à elle seule, cette même Normandie pourra composer une province autonome avec ses vingt-deux monastères.
Ce n'est plus l'aurore de la vie religieuse; c'en est déjà le plein midi; et les feux étincelants vont en illuminer tout le dix-septième siècle. Chaque rayon qui touche la terre v fait o-ermer une fleur. Voici l'Anglais Benoît deCanfeld, de son vrai nom Guillaume Filch, qui abandonne le protestantisme et se fait capucin en 1586, à l'âge de vingt-quatre ans; voici Ange de Joyeuse qui prit, quitta et reprit la haire avec la discipline; voici Honoré Bochard de Champigny, Jean Brulard de Paris, Léonard de Paris, Louis d'Argentan, Zacharie de Lisieux, Rogatien de Paris, qui est « la colonne
ILLUSTRES CAI'UCLXS. '.)
de sa province » et qui sera pleuré de tous ses frères; Archange de Ripauld, conseiller royal au Parlement de Paris, qui pour briser sa carrière et entrer dans le cloître, doit résister aux volontés de son père et du roi Louis XIII ; voici surtout et avant tous ceux-là Josepli du Tremblay, l'alter ego ou le sosie de Richelieu, cette Éminence grise dont le nom évoque le souvenir de la fondation des Calvairiennes, des missions contre les Turcs et de la guerre aux protestants.
En Italie, à cette époque, Boero, le futur historien de l'Ordre, commençait à jeter de l'éclat autour de sa personne par ses publications théologiques.
Le Frère Elzéar de Vire fut sans doute attiré à la religion franciscaine par la vie humiliée et pénitente des Capucins. Peutêtre entendit-il aussi parler de ce pauvre
frère lai Félix de Cantalice qui venait de
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rendre le dernier soupir comme le font les saints, en 1587, à Rome, ou de cet autre frère mineur Séraphin de Montegranaro, un prédicateur et un apôtre, qui s'éteignit doucement dans les bras du Seigneur en 1604, ou bien encore de cet ancien missionnaire de Constantinople, le P. Joseph de Léonisse, qui vit un instant briller devant ses yeux la sainte couronne du martyre. Le nom du saint général Laurent de Brindes, diplomate et linguiste qui ne devait mourir qu'en 1629 à la cour de Lisbonne, vint peutêtre frapper à son tour les oreilles de notre gentilhomme normand. Peut-être lui parla- t-on enfin de ce Reynier du Bourg de San-Sépulcro, d'abord marié puis religieux de notre Ordre, mort en 1589, ou de ce jeune étudiant en droit de l'Université de Padoue qui se fit lui aussi capucin en cette même année de 1589 et reçut alors ce nom de Benoit d'Urbin que