‹ Jean Henri, comte de FrankenbergChapitre 12 sur 127 · K JOSEPH II · texte numérisé non relu

K JOSEPH II

choisir les sujets avec discernement , et selon les circonstances des personnes avec lesquelles ils devaient vivre, de l’étendue des paroisses qu’ils devaient desservir, et du fardeau dont ils devaient être chargés. Or tous ces heureux avantages, si utiles à l’Église, si propres à conserver la paix et la bonne intelligence entre les curés et leurs vicaires, si nécessaires enfin pour éviter bien des difficultés, des dissensions et des scandales, me seraient enlevés d’un seul coup, si j’avais jamais le malheur de voir mon séminaire supprimé ou désert, et que je fusse par conséquent obligé d’employer des sujets qui , n’étant point élevés sous mes yeux , me seraient presque inconnus, et desquels je ne pourrais guère mo promettre une obéissance et une subordination qui est cependant si essentielle au bienêtre de l’Église, et à la bonne administration de la cure d’àmes dont les évêques sont principalement chargés par l’Espril-Saint lui-même. C’est pourquoi j’ose me flatter que Votre Majesté daignera mettre en considération ces réflexions , qui font les justes causes de mes alarmes, et qu’elle voudra bien me donner quelque éclaircissement consolant sur un changement dans lequel j’entrevois, du premier coup d’œil, un préjudice affligeant du droit des évêques sur l’enseignement, une diminution effrayante du clergé nécessaire au saint ministère, et une espèce d'indépendance des jeunes ecclésiastiques à l’égard de leurs premiers pasteurs, qui ne saurait manquer de déranger le bon ordre établi dans la hiérarchie do l’Église. »

Le cardinal manifesta encore, le 16 mai, les mêmes craintes, non-seulement à l’égard du séminaire général , mais encore au sujet de la suppression annoncée

ÉDIT DE L’EMFEREUR.

das séminaires diocésains, et conjura l’empereur de renoncer à une aussi fatale mesure. Le pieux et savant évêque d’Anvers , Cornélius-François de Nélis, qui mérita si bien de l’histoire ecclésiastique , unit ses efforts à ceux de Frankenberg, et, comme lui, exposa en paroles fortes et touchantes, le 31 mai, au comte de Belgiojoso, ministre plénipotentiaire de Belgique, le danger et l’impossibilité d’un semblable établissement , et le pria en même temps de transmettre ses observations à Sa Majesté (1).

Les étals ne tardèrent pas non plus à so préoccuper de l’affaire du séminaire général, et à se plaindre en même temps des autres empiétements que se permettait Joseph II au préjudice de l’Église. Le conseil de Flandre s’exprime à ce sujet de la manière la plus énergique dans sa représentation du 13 juin, adressée à l’empereur , dans laquelle il signale , avec une franchise admirable, toutes les fausses mesures de celui-ci envers l’Église; ajoutant que s’il continuait à marcher dans cette voie , il ne tarderait pas à perdre toute la confiance de la nation (2).

Enfin, le 16 octobre de cette mémo année, parut le célèbro édit de l’empereur au sujet des deux séminaires généraux do Belgique , dont l’un devait être érigé à Louvain pour la province belge, et l’autre à Luxembourg pour le duché de ce nom. Ce dernier devait être sous la dépendance de celui de Louvain , et reçut pour cette raison le nom de séminaire filial. L’un et l’autre

(I) Rec. VIII, p. 181; Vœu du peuple belgique contre le séminaire général de Louvain; Louvain, de l’imprimerie de la Religion, 1788, pag. 14-lG.

(J) Rec. IV, 96-103.

SÉMINAIRES GÉNÉRAUX DE BELGIQUE. i7

furent ouverts !e 1 er novembre, jour auquel avait été fixée l’entrée des jeunes étudiants de théologie dans ces deux établissements (1).

Par ce même édit , furent irrévocablement supprimés, non-seulement la célèbre université de Louvain, ce ferme boulevard du catholicisme , mais encore tous les séminaires diocésains de la province, avec toutes les pieuses fondations qui y étaient annexées.

Si le seul fait de l’érection de cet institut suffisait pour indigner tous les cœurs honnêtes, le langage hypocrite avec lequel on cherchait à motiver une innovation pareille était de nature à les révolter bien plus encore.

Dans le préambule de cet édit, on lit en effet que le débordement de mœurs et l'ignorance étaient si grands en Belgique parmi le peuple et le clergé, et s’augmentaient tellement de jour en jour, que l’empereur se voyait, pour le bien de scs sujets, contraint de porter un prompt remède à ces maux ; qu’on ne pouvait y obvier d’une manière plus efficace qu’en réunissant la jeunesse destinée à l’état ecclésiastique dans un établissement unique, sous l’inspection d’hommes vertueux et savants, afin qu’ils y fussent mieux élevés, et plus profondément instruits que par le passé dans les sciences ecclésiastiques, et d'après un système uniforme; que ce serait uniquement alors que le jeune clergé pourrait unir «à l’étude de la théologie celle d’autres sciences utiles, et la pratique de la piété, des vertus chrétiennes et des œuvres de charité ; qu’alors seulement, réunissant avec ces brillantes qualités une plus grande élévation et supériorité intellectuelles , il

(l) Vœu, pag. 1-8.

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