LE SÉMINAIRE GÉNÉRAL DE LOUVAIN
naires généraux. L’empereur annonça, le 15 mars 178G, à l'épiscopat de cette province, la résolution qu’il avait prise de réunir dans un séminaire général unique , et qui devait être fondé à Louvain , tous les jeunes étudiants des séminaires épiscopaux de Belgique ; il enjoignit de plus aux évêques de lui envoyer le catalogue des noms do tous les élèves qui existaient alors dans leurs séminaires respectifs.
Cette mesure produisit , parmi les évêques et les états de Belgique, une consternation universelle. Le cardinal de Frankenberg, en sa qualité de primai de l’Église de Belgique, fut le premier à élever la voix dans cette importante circonstance, et ne tarda pas à adresser au souverain les plus vives remontrances. Dès le 29 mars do la même année, il lui envoya la liste désirée des étudiants de son séminaire, et lui exprima en cette occasion toutes les craintes dont le remplissait l’érection de cet institut nouveau (1). « Serait-il possible, Sire, lui écrivait-il, que Votre Majesté voulût mettre les évêques dans l’impossibilité de pouvoir enseigner par eux-mêmes à leur clergé la science la plus essentielle, et qui , renfermant les fondements de toute la religion et touchant directement à la foi , leur appartient de droit divin ?
« Jo sais que depuis longtemps les universités ont eu le privilège d'enseigner aussi la théologie; mais ce ne fut jamais à l’exclusion des évêques , qui de tout temps , mais surtout depuis le concile de Trente, ont eu
(l) Recueil des représentations, protestations et réclamations faites à S. M. I. par les représentants des états des provinces des Pays-Bas autrichiens , etc.; Liège, de l’imprimerie des Nations, 1787-1790 ; tom. IX, p. 148.
LETTRE DU CARDINAL
des écoles particulières de théologie dans leurs séminaires respectifs, suivant les désirs et les plus vives instances des Pères de ce concile général , et en vertu du droit incontestable sur la doctrine qui leur compète, de façon qu’il ne saurait pas même être séparé de l’épiscopat : aussi les évêques de ces provinces belgiques ont usé paisiblement de ce droit pendant près de deux siècles , malgré les privilèges accordés à l’université de Louvain , qui ne pouvait jamais y déroger. D’ailleurs, comment les évêques pourraient-ils fournir les ministres nécessaires à la cure d’âmes, dont la nécessité se présente tous les jours, s’ils n’avaient point dans leurs séminaires un fonds toujours subsistant de prêtres en état de pouvoir être envoyés sur-le-champ dans les endroits où les besoins spirituels des peuplos réclament leur ministère ?
« Il est certain que moi en particulier ( ayant dans mon diocèse, outre plusieurs villes qui exigent un nombre considérable de prêtres , encore environ cinq cents cures de villages, qui pour la plupart ne peuvent se passer de vicaire) je ne pourrais aucunement suffire à un si grand nombre d’ouvriers que l’étendue de mon diocèse rend indispensable , si je ne trouvais plus dans mon séminaire les mêmes ressources qui, jusqu’à cette heure, m’ont donné la facilité de pouvoir aisément et promptement remplacer ceux des vicaires, desservants ou coadjuteurs qui viennent à manquer à l’imprévu. En outre, connaissant parfaitement les talents, les mœurs, les caractères et autres qualités des jeunes ecclésiastiques élevés dans mon séminaire , comme aussi les qualités des curés de mon diocèse, dont le plus grand nombre en est sorti , j’ai toujours pu