SÉMINAIRES GÉNÉRAUX DE BELGIQUE
meure pour toujours supprimé dans les couvents et dans quelque autre institut que ce puisse être , où ces sciences auraient été jusqu’alors enseignées.
II. Nul ne pourra revêtir l’habit, dans aucun ordre religieux, sans avoir préalablement terminé le cours prescrit dans l’uu de ces deux établissements.
III. Pour pouvoir être admis dans l’un do ces établissements, il faut : l°que l’élève ait reçu les ordres mineurs; 2° qu’il ait le consentement de son évêque; 3° qu’il ait terminé sa philosophie.
IV. Cette disposition s’applique également aux ordres religieux, lesquels devront en outre exhiber la permission de leurs supérieurs, et appartenir à un couvent déterminé. Cependant, ils ne pourront commencer leur noviciat qu’après avoir terminé leurs études.
V. Les bourses, fondations, pensions et autres secours qui ont été donnés autrefois dans les différents diocèses, en faveur des étudiants en théologie, devront, dès ce moment, être considérés comme ayant été fondés en faveur des élèves de ces deux établissements, et servir à leur entretien.
VI. Les collèges fondés à Louvain en faveur des étrangers, ainsi que les séminaires des évêques dont la juridiction s’étend sur des pays situés hors de notre domination, ne sont pas compris dans cet édit, et l’on pourra y continuer l’enseignement théologique comme par le passé, mais uniquement pour les étrangers. Nul étudiant élevé dans ces établissements ne pourra prétendre à aucun emploi ecclésiastique dans les provinces belges.
VIL Tous les élèves de ces deux séminaires généraux auront un habillement uniforme et décent.
PROTESTATION
VIII. Les cowvenls et autres maisons religieuses devront pourvoir à l’entretien de leurs élèves dans ces deux instituts : les élèves des ordres mendiants seront nourris aux frais de la Caisse de religion (1).
IX. Les élèves qui ont déjà terminé leurs études théologiques, mais sans avoir encore reçu lesaeerdoce, pourront se présenter à leur évêque pour être ordonnés; cependant, s’ils appartiennent au clergé séculier, ils devront passer une année dans l’un de ces instituts pour y étudier la Théologie pastorale (2).
Cet édit impérial est, comme l’on voit, un chef-d'œuvre d’injustice et de despotisme. A peine fut-il connu on Belgique, que les évêques et les états élevèrent courageusement la voix contre lui, à l’exemple du vénérable cardinal, chef de leur Église, et s’efforcèrent dp démontrer au souverain les conséquences pernicieuses et pleines de périls qui devaient naturellement découler des deux instituts nouveaux pour l’enseignement théologique. Ils lui exposèrent, en paroles nobles et éloquentes, que son dessein de réformer l’enseignement théologique du clergé ne reposait que sur une illusion dangereuse, et qu’au contraire, en procurant la ruine totale de ce même enseignement, il attirerait ainsi les plus grands malheurs sur l’Église. Ils ne lui dissimulèrent pas, en même temps, que tout ce plan ne pou-
’ (l) Tous les biens de l’Église ayant été absorbés par l’État sous Joseph II, furent par ce prince réunis en une caisse commune, et destinés à subvenir aux besoins des cultes. Cette caisse prit le nom de Caisse de religion. Note du traducteur.
(2) Ce qu'on appelait Théologie pastorale était une sorte d’initiation aux choses du ministère pratique, telles que les cérémonies, la manière de catéchiser, etc. Note du traducteur.
DE FRANKENBERG.
vait avoir été inventé que par des ennemis de la religion et de la foi, lesquels avaient tenté de surprendre sa religion, au préjudice de la piété et du repos public de ses peuples. Ce fut encore ici le cardinal do Frankenberg qui prit le premier la parole (1) : « Par la trèshumble représentation, » écrivait-il à l’empereur le 12 novembre, « que j’ai eu l’honneur de remettre à Votre Majesté en date du 23 mars de cette année, Elle peut bien juger que l’édit relatif à l’établissement d’un séminaire général, et l’annonce de la suppression de ceux des évêques, loin d’avoir pu exciter ma gratitude, a dû nécessairement me jeter dans les plus justes alarmes. Je crois avoir prouvé, dans ma représentation, que ce nouvel établissement porterait un préjudice affligeant à la juridiction essentielle des évêques; qu’il produirait en peu do temps uno disette effrayante de ministres, indispensablement nécessaires dans la cure d’âmes, et qu’il détruirait insensiblement toute subordination hiérarchique, si nécessaire au bon ordre.
«J’ajoute à tout cela qu’il est tout à fait impossible que l’enseignement de la théologie, qui est la science de la religion, soit concentré uniquement dans la seule faculté de l’université de Louvain, à l’exclusion des évêques, qui sont essentiellement, de droit divin, les dépositaires de la foi.
« Non, Sire, cet enseignement ne saurait aucunement émaner de la puissance séculière ; mais il appartient par sa nature même à l’Église, Jésus-Christ, son divin époux, ne l’ayant confié qu’à elle seule.
«Cependant la nouvelle université de Louvain, soustraite déjà à la juridiction du Saint-Siège, d’où elle
(l) Rec. IX, p. 150 .
PROTESTATION
tenait autrefois le privilège d’enseigner la théologie, rendue ensuite indépendante de la mienne, à laquelle elle se trouve pourtant sujette pour ce qui concerne les études de la religion, du moment qu’elle ne jouit plus de son exemption, serait dans le cas de continuer à enseigner la science de la religion en vertu d’un pouvoir et d’une espèce de mission qu’elle ne pourrait tenir que de Votre Majesté.
a Or, je manquerais sans doute à tout ce que je dois à mon souverain, à l’Église et à moi-méme, si je ne faisais pas sentir à Votre Majesté, avec toute la force dont je suis capable, qu’elle n’a point ce droit, et qu’il faut nécessairement que l’enseignement de la théologie émane de l’autorité, ou du Saint-Siège, ou de celle des évêques; de sorte que, si Votre Majesté ne veut point que le Saint-Siège influe comme auparavant dans l’enseignement de la faculté de théologie à l’université de Louvain, il s’ensuit que, bien loin que cette faculté puisse être la seule enseignante, elle ne pourrait pas même enseigner d’aucune façon sans l’autorité épiscopale, et certainement jamais au préjudice des séminaires des évêques, qui ont été établis par le concile de Trente, reçu dans ce pays par le souverain ; les leçons qui s’y donnent sont des leçons publiques, puisqu’il y a même dans chaque cathédrale, par ordonnance dudit concile, une prébende théologale à cet effet.
« L’uniformité de doctrine que Votre Majesté désire peut également se trouver dans les séminaires des évêques, qui peuvent aisément convenir entre eux et choisir parmi les théologies spéculatives et morales, et les canonistes, des auteurs connus, sans reproche et orthodoxes, dont on serait obligé de se servir et
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d’expliquer les ouvrages dans tous ces séminaires, aussi bien qu’à Louvain ; et par là la doctrine serait uniforme, et elle émanerait alors de cette puissance légitime à laquelle seule Jésus-Christ l’a confiée.
« Je ne saurais pas non plus laisser ignorer à Votre Majesté (sans m’attirer tôt ou tard les plus justes reproches de mon silence) que les termes de saine théologie , de véritable droit ecclésiastique, de pur et raisonnable service divin, insérés dans le dernier édit et dans celui du concours, ont fait la plus vive sensation dans l’esprit de tous les curés et de tout le clergé en général, comme elle l’a vu par les pièces jointes à ma dernière représentation ; tous craignent, effrayés surtout par quelques thèses soutenues déjà dans différentes universités de la domination de Votre Majesté en Allemagne, qu’on ne veuille introduire, moyennant ce nouveau séminaire de Louvain, certains principes qui ont été autrefois les causes funestes des troubles de la religion dans ce pays-ci et en France, et qui ne manqueraient pas de renaître, si on renouvelait ces matières délicates, à l’égard desquelles le silence prudent qu’on a soigneusement observé jusqu’à cette heure nous a valu cette heureuse tranquillité dont nous jouissons.
« L’histoire de ces réfractaires qu’on semble vouloir protéger aujourd’hui est connue à fond dans ces pays, où on ne se souvient que trop encore des maux qu’ils ont causés; ce qui fait une très-grande différence entre ces provinces et l’Allemagne, où ces disputes ont été presque inconnues, et où, par conséquent, on s’en est moins méfié. Jamais on n’adoptera leurs principes et leur façon de penser, ni des auteurs condamnés par l’Église : les évêques sont dans l’indispensable obli-
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gation d’en préserver leurs troupeaux, et de les maintenir, autant qu’ils pourront, dans cette juste obéissance et soumission qu’un ûdèle catholique doit à toutes les décisions de l’Église, sans exception.
a Toutes ces difficultés, qui ne sont que trop à craindre, s’évanouiraient aussitôt, si Votre Majesté daignait rendre aux évêques sa confiance, à laquelle ils ont un droit acquis pour tout ce qui concerne la religion, confiance que je ne crois pas qu’ils aient mérité de perdre; et si elle voulait en conséquence, loin de leur ôter l’enseignement dans leurs séminaires respectifs, qui leur compèle par un droit incontestable, inhérent à l’épiscopat, et qui en est inséparable, agir plutôt de concert avec eux à l’égard de l’enseignement de la faculté de Louvain, quant au choix des professeurs et des auteurs dont on doit se servir : de cette façon, on enseignerait partout la même doctrine; les évêques ne manqueraient point d’ouvriers nécessaires pour cultiver la vigne du Seigneur, qui, élevés sous leurs yeux, leur seraient parfaitement connus, et par là plus propres à pouvoir être utilement employés. Les intentions même do Votre Majesté seraient beaucoup mieux accomplies de cette façon que par un bouleversement total, sujet à bien des difficultés et des inconvénients.
« Je ne saurais donc assez supplier Votre Majesté de vouloir daigner jeter un œil favorable sur toutes ces réflexions, que le zèle de la religion, les devoirs de mon ministère et l’amour delà tranquillité publique m’ont engagé à soumettre à sa pénétration. »
Les évêques d’Anvers (1) et de Namur (2) s’opposè-
(1) Rec. VIII, 183.
( 2 ) Rec. VIII, 198; X, p. 259; Vœu,p. 24.
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rent d’une manière non moins énergique à l’établissement du séminaire général , et demandèrent aussi que l’existence des séminaires épiscopaux ne fût pas attaquée. Le dernier de ces deux prélats surtout s’exprima à cet égard, dans sa représentation du 1 6 novembre à l’empereur et à LL. AA. RR. les gouverneurs généraux des provinces de Belgique, avec un courage vraiment apostolique. 11 y expose sans crainte les vrais principes sur les rapports des deux puissances ecclésiastique et séculière, que Dieu a instituées pour le bien de l’humanité, et montre combien par ses décrets, mais surtout par celui relatif à l’établissement des séminaires généraux, l’empereur avait profondément violé les droits de l’Église , et conjure celui-ci do laisser à l’épiscopat la paisible jouissance d’une juridiction qu’il a reçue de Dieu. C’était par ce seul moyen, ajoutait-il , savoir, en laissant intacte la liberté de l’Église, qu’il pourrait acquérir l’amour de la nation, et qu’il serait encore à temps de calmer l’effervescence et l’indignation que ses innovations religieuses avaient excitées dans les esprits du clergé et du peuple. C'est ainsi qu’il s’adresse à l’empereur (1) :
« Sire ,
« Mes peines et mes alarmes pour la cause de la religion, qui s’augmentent continuellement, sont devenues si vives, que je croirais manquer à mon ministère, et en particulier à ce que je dois à Votre Majesté, si je me contentais plus longtemps de gémir en silence. Mon troupeau participe à mes alarmes, et fait sans cesse entendre les gémissements qui expriment l’amertume
(t) Rec. X, p. 259.
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dont il est pénétré, surtout mes coopérateurs dans le saint ministère , qui , presque tous , m’ont adressé par leurs ilovens des remontrances pour verser dans mon sein la douleur dont leurs cœurs sont pénétrés. Cependant le désir que Votre Majesté assure avoir de favoriser les intérêts de la religion doit calmer mes frayeurs, et me faire espérer que , bien loin de vouloir porter atteinte au pouvoir de l’Église, Votre Majesté souhaite d’en voir les droits conservés et respectés, et qu’elle daignera applaudir au zèle d’un pontife qui ose les lui exposer en tout respect. Ces droits, Sire, sont l’œuvre de Dieu même. Il a établi deux puissances sur la terre; il vous a donné l’empire, et nous respectons tout ce qui émane de cette autorité dans les choses qui sont de son ressort : mais il a rendu son Église également souveraine et indépendante dans son gouvernement spirituel. Et cette humble épouse de Jésus- Christ , lors même qu’elle gémissait sous le joug de ses persécuteurs, portait des lois pour le bon ordre de son empire, jugeait et en punissait les prévaricateurs; ses pasteurs annonçaient à toute la terre la doctrine de vie qu’ils avaient reçue de leur divin maître, sans qu’aucune puissance temporelle pût leur fermer la bouche. Le moyen de croire que son pouvoir soit diminué et ses prérogatives affaiblies, parce qu’elle a conquis les chefs de l’empire à sa foi ? Devenus ses enfants, ils ne sont pas devenus ses maîtres, mais les protecteurs et les défenseurs de ses droits, qui par là devaient devenir plus sûrs et plus éclatants que jamais.
«Mais dès que les princes chrétiens voulurent sortir du rang des ouailles pour s’ériger en législateurs de l’Église, elle se défendit contre des enfants ingrats avec
DE NAMl'R.
autant de vigueur que contre des ennemis étrangers. « Ne vous ingérez point dans les affaires ecclésiastiques, « disait le célèbre Osius, évêque de Cordoue , à l’em- » pereur Constance. Ne prétendez point nous donner « des ordres en ces matières; apprenez-Ies plutôt de « nous. Dieu vous a donné l’empire et nous a confié « l’Église. De même que celui qui entreprend sur votre u puissance contrevient à l’ordre de Dieu , craignez « de vous charger d’un grand crime si vous tirez à vous « ce qui nous regarde. » C’est la doctrine de tous les siècles, sur laquelle les évêques et les empereurs vraiment chrétiens ont toujours été d’accord; la simple raison en découvre l’évidence. Jamais, depuis l’établissement de l’Église , il n’a été permis de la méconnaître; et, malgré mille artifices employés par les novateurs pour l’obscurcir, elle ne cesse de briller de la plus lumineuse clarté.
« D’après ces maximes, aussi sûres que constantes , touchant l’autorité de l’Église et de ses pasteurs, j’ose espérer que Votre Majesté me permettra de lui représenter que je ne puis envisager plusieurs de ses ordonnances sans être consterné ; car elles enlèvent aux pasteurs de l’Église la puissance de la gouverner, et l’autorité que Dieu leur a exclusivement attribuée dans les matières spirituelles.
« Quant aux séminaires épiscopaux, dont la suppression est annoncée comme très-prochaine, j’ose avancer qu’il n’est pas possible de trouver un établissement plus canonique et plus conforme à l’esprit de l’Église dans tous les temps. L’histoire en donne des preuves aussi évidentes que multipliées. On les y voit presque aussi anciens que l’Église; ils se sont conservés
LETTRE DE l’ÉVÊQUE
longtemps dans leur première splendeur; et lorsque dans les siècles postérieurs le malheur des temps en avait causé le dépérissement, l’Église s’est fortement occupée de leur restauration : le saint concile de Trente, marchant sur les traces de la respectable antiquité, en fit un décret très-exprès faisant loi d’État dans le pays, qui consola tellement les Pères qui y assistaient, que plusieurs avouèrent que leurs travaux immenses pour les intérêts de la religion seraient assez compensés quand môme ils n’auraient procuré d’autre bien que celui do l’érection des séminaires. Les évêques d’alors et ceux qui leur ont succédé , nommément ceux de ce pays, animés du même esprit, comprenant l’importance de ces établissements et se conformant à la règle qui leur était prescrito , ont travaillé avec le plus grand zèle pour consommer cet ouvrage désirable. Des personnes pieuses sont entrées dans leurs vues, et la Providence a montré combien elle les approuvait en répendant partout une bénédiction abondante. I/Église a aujourd’hui la consolation de voir ces établissements mis sur un pied respectable ; elle les regarde comme sa gloire et sa couronne, et on voudrait les lui ravir! Sans m’arrêter aux maux que causerait la suppression des séminaires partout où elle s’exécuterait , je dois faire observer à Votre Majesté que la perte du mien causerait à mon diocèse une effrayante disette de ministres, tant par la pauvreté de plusieurs cantons qui ne pourraient fournir aux dépenses du séminaire de Louvain , que par l’idée peu avantageuse qu’on a conçue généralement de ce nouvel établissement.
« Que Votre Majesté daigne encore réfléchir que l’institution du clergé compèto essentiellement aux évê-