‹ Jean Henri, comte de FrankenbergChapitre 15 sur 127 · DE N AM CR · texte numérisé non relu

DE N AM CR

ques; qu’ilsen sont les précepteurs naturels, établis par Jésus-Christ. Pourrait-elle donc vouloir priver les évêques de cette institution pour la confier aux soins de ceux qui n’y sont commis ni par devoir, ni par vocation, ni par ce saint intérêt que donne la sollicitude pastorale ?

a D’ailleurs on ne peut nier que l’enseignement de l’Écriture sainte et de la théologie, étant le fondement de la prédication et de l’administration des sacrements, ne ressortisse de la puissance de l’Église. La faculté de théologie de Louvain n’exerce scs fonctions qu’en vertu d’une commission émanée du chef de l’Église , par l’autorité duquel se sont toujours donnés les grades en théologie.

« Nous ne voyons donc pas comment nous pourrions reconnaître pour légitime un établissement pour la théologie, où les directeurs et les règles pour les écoliers, les professeurs et la doctrine seraient à la disposition du prince, sans qu’il y intervieune ni l’autorité du Saint-Siège, ni celle des évêques, ni même leur inspection. On découvro au premier aspect dans un tel établissement une subversion totale de l’ordre; car il s’ensuivrait que la religion du prince devrait régler celle du clergé, et conséquemment celle du peuple.

« Votre Majesté déclare que les motifs qui la portent à l’établissement d’un séminaire général sont d’y former les élèves plus parfaitement à la vertu et à la cure Ü’àmes, et pour avoir partout l’uniformité do doctrine ; mais la diversité des mœurs qu’on trouve dans les différentes provinces de ce pays et la multitude des étudiants qu’il y aurait dans ce séminaire général nuiraient inf ailliblement à la régularité, et il ne serait pas possible

PROTESTATION

au directeur de connaître le caractère d’un chacun, et de les diriger tous selon l’exigence de ce caractère; taudis que dans nos séminaires épiscopaux les étudiants, moins nombreux , imbus tous moralement do mêmes mœurs, sont dirigés par des maîtres prudents et vertueux du pays , qui en connaissent le génie et les usages des habitants, et par là sont plus propres à diriger leurs élèves pour leur avantage et pour celui des peuples vers qui ils seront envoyés. Quant à l’uniformité de doctrine, une assemblée des évêques de la nation, que Votre Majesté daignerait permettre, et qui est si conforme aux saints canons, pourrait arranger cet article, qui cependant jusqu’ici n’a donné aucune inquiétude dans les séminaires épiscopaux. La corruption dont parle Votre Majesté paraît même exiger cette assemblée, et plus encore l’esprit de nouveauté, d’hétérodoxie, qui se propage clandestinement, et qui mérite toute l’attention de l’épiscopat.

« Telles sont, Sire, les considérations que j’ai cru devoir exposer à Votre Majesté, dans l’espérance qu’elle daignera y faire attention, et qu’elle ne désapprouvera pas la liberté d’un évêque qui ne cherche que la conservation de l’autorité que Dieu lui a confiée, etdontil n’est pas le maître de disposer. Je supplie donc Votre Majesté de maintenir l’usage canonique et régulier des concours annuels , de laisser à mon séminaire toute sa liberté et ses avantages ; enfin, de ne pas troubler la paisible jouissance de la juridiction et des droits que Dieu a donnés à l’épiscopat, dont la puissance séculière peut bien gêner l’exercice, mais dont elle n’abolira jamais les titres. »

Les états, par l’organe du haut conseil de Flandre,

DES ÉTATS DE BELG1QIE. (il

se prononcèrent d’une manière non moins courageuse que les évêques dans leur représentation du 17 novembre à l’empereur , dans laquelle ils lui disent ouvertement que l’espérance qu’il révoquerait son édit sur les séminaires généraux les avait, seule, engagés à le rendre public. Ils protestent unanimement contre ces deux établissements, qui ne pourraient que procurer les plus grands malheurs à l’Église, et exciter le mécontentement et même l’indignation générale du peuple. Ils ajoutaient que les dispositions de cet édit feraient une aussi profonde blessure aux droits de l’Église et à ceux de l’État qu’à la constitution ellemême du pays, et qu’il était de leur devoir de faire connaître franchement à Sa Majesté les justes appréhensions et les plaintes légitimes du peuple. Ils continuent ensuite en ces termes (1) : « Le premier coup de cette révolution frappe sur ces pieux et salutaires établissements, qui ont fait bénir la mémoire des Pères du concile de Trente, qui ont été reçus avoc transport daos toute l’Europe catholique, auxquels les écrivains ecclésiastiques ont prodigué les plus grands éloges, et que nous avons vus subsister dans ce pays avec les succès les plus heureux et les plus constants. »

Les états examinent ensuite les motifs allégués par l’empereur dans son édit au sujet de la nécessité de l’érection des séminaires généraux; et, après avoir démontré leur peu de consistance et fait voir qu’ils ne pouvaient lui avoir été inspirés que par des calomniateurs ennemis de l’Église et de la nation belge, ils s’expriment ainsi : a On sent aisément que pour

(t) Rec. VIl,p. 364, 280; et IX, p. 146, 167,

PROTESTATION

parvenir à la raine de ces bons établissements, et pour induire Votre Majesté aux prétendues réformes qu’on a en vue, l’on doit avoir grossi étrangement à vos yeux les maux de ces provinces. La préface de l’édit le fait assez voir : on y dépeint les mœurs de nos habitants comme parvenues au dernier débordement. Heureusement, comme nous l’avons déjà observé, cela n’est pas; nous sommes obligés d’en informer Votre Majesté. Mais ce qui est d’autant plus malheureux et affligeant pour la nation, c’est que ce prétendu débordement sert de prétexte à la terrible révolution qui va la dépouiller de son plus grand bien, en dépossédant nombre de personnes d’un état qui leur appartient par une juste récompense de leurs travaux, et dans lequel ils avaient droit de compter de finir tranquillement leurs jours; qui va frustrer les parents des espérances qu’ils s’étaient formées pour l’établissement de leurs familles, et déranger une infinité de gens dont la fortune tient plus ou moins aux administrations qui vont subir la réforme.

« Pour donner du relief au nouvel établissement qu’on veut substituer aux séminaires épiscopaux, on prône surtout « l’uniformité de doctrine qu’on y cn- « soignera, et la grande étendue de connaissances que « le clergé sera à même d’v acquérir. *

« Quant à l’uniformité de doctrine, l’on pourrait se faire les demandes suivantes :

« Trouve-t-on dans nos séminaires épiscopaux une diversité de doctrine? Celle diversité, si elle existe, est-elle dénaturé grave? A-t-elle du rapport à quelques points de dogme ou de controverse ? A-t-elle jusqu'ici

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