UES ÉTATS DE BELGIQUE
« Toutes ces considérations sont de nature à jeter du moins quelques doutes sur le succès brillant qu’on se promet du nouvel établissement. Il y en a d’autres d’une naluro plus grave; elles portent sur le fond de l’édit même.
« 11 semble au premier abord résulter de l’édit que les évêques n’ont plus le pouvoir d’enseigner ou de faire enseigner la théologie , ni d’ordonner d’autres sujets que ceux que les professeurs royaux auront trouvés capables; mais nous avons jugé combien cette disposition serait frappante si l’édit devait être ainsi entendu : ce serait peut-être la première fois que cela se voit dans le monde chrétien.
« Les évêques , que Dieu a établis pour gouverner son Église, sont, parla nature de l’épiscopat, chargés do l’instruction des fidèles ; c’est leur devoir essentiel, il est consigné dans différents préceptes de l’Évangile : leur ôter cette charge , c’est détruire leur caractère , c’est anéantir l’épiscopat, c’est vouloir faire rentrer dans la classe commune des fidèles ceux qui sont établis pour les gouverner. C’est la même chose de l’ordination des clercs de l’Église ; le concile de Trente est décisif à cet égard.
« Des lois aussi précises nous ont fait conclure qu’il fallait de toute nécessité donner un autre sens à l’édit, et que cet autre sens devait être que toutes les dispositions de l’édit n’auraient lieu que pour autant que les évêques y consentiraient. Aussi ne trouve-t-on dans l’édit aucune ordonnance ni défense à charge des évêques, mais seulement une supposition, par laquelle on s’attend que les évêques accepteront avec gratitude le nouvel établissement; et, dans cette supposition, on
PROTESTATION
déclare dans quoi l’établissement va consister. Ce n’est aussi que par ces motifs que nous avons pu nous résoudre à publier l’édit avant de faire nos représentations au trône. »
Ils passent ensuite à défendre l’ancienne université de Louvain , et demandent le rétablissement d’une institution qui n’avait jamais cessé d’ôtre un des plus beaux, ornements de l’Église et une des plus grandes gloires du pays, et que le nouvel institut ne pourrait jamais remplacer. Ils dévoilent avec sincérité les inconvénients tant physiques que moraux du séminaire général , et les préjudices qui devaient en résulter pour l’Église.
«Si nos évéques acceptent l’édit,» disent-ils avec juste raison, «tous lesécoliers en théologie vont être rassemblés dans un môme édifice, entre les mômes murs, sous le môme toit, pour y recevoir la môme éducation; un petit nombre de personnes nommées par le gouvernement, sans l’influence des évêques, présidera à leurs instructions; point d'enseignement de théologie ailleurs ; tout le dépôt de la doctrine de la religion sera remis entre leurs seules mains.
« Lorsqu’on jette un coup d'œil sur l’histoire des différents événements de l’Eglise, et surtout lorsqu’on fait attention a la facilité avec laquelle cette multitude d’hérésies , qui ont tant infecté le monde chrétien , a pris naissance, et à la rapidité avec laquelle ce mal s'est répandu , on a bien de la peine à voir d'un œil tranquille confier tout le dépôt de la foi à un seul corps qui ne serait pas même surveillé par les supérieurs de l’Église; car si malheureusement l’esprit d’hétérodoxie s’empare de ces professeurs, et si le poison passe de