DES ÉTATS DE BELGIQUE
produit quelque mal ? Fait-elle craindre un mal pour l’avenir? Si la réponse à ces questions pouvait être douteuse, et si ce doute pouvait être de conséquence, il est du moins certain qu’il ne serait pas plus difficile d’introduire une uniformité de doctrine et de morale dans le petit nombre de nos séminaires diocésains, que de la fixer dans les deux séminaires nouveaux, éloignés l’un de l’autre d’une quarantaine de lieues. On n’aurait qu’à charger les évêques d’agir de concert, de dresser de commune main une instruction pour servir de règle à tous les professeurs des différents séminaires ; on pourrait même au besoin prendre recours à un synode national, ainsi qu’il a été en usage dès la naissance de l’Église. Les synodes de Cambrai et de Malines, tenus sous les auspices de nos souverains, publiés par leurs ordres, et observés jusqu’à présent, sont une preuve manifeste qu’on peut les employer avec succès pour régler la discipline de l’Église belgique.
«Quant à ce qui concerne cette instruction plus éclairée, et cette plus grande étendue de connaissances qu’on promet aux élèves des nouveaux séminaires, il est sans doute digne d’un grand monarque d’encourager les arts et les sciences, et de faciliter les moyens d’y faire des progrès; cela contribue à civiliser les mœurs et à illustrer une nation. Nous ajouterons que l’ignorance du clergé peut être funeste à l’État et à la religion ; mais aussi nous sommes assurés qu’on ne pourrait sans injustice taxer notre clergé d’ignorance. Nos jeunes ecclésiastiques puisent dans nos séminaires le fonds de doctrine et de morale convenable et suffisant pour remplir avec succès les devoirs de leur état.
PROTESTATION
L’expérienco a démontré même qu’ils sont communément plus propres à la charge d’âmes que ceux qui possèdent une érudition supérieure. Nous avons tous vu constamment que les élèves de nos séminaires ont rempli les fonctions pastorales avec plus de succès que les élèves de l’université , quoique ceux-ci possédassent communément un plus grand fonds d’érudition. Une expérience aussi constante et si opposée aux apparences doit avoir une cause morale ; il est probable qu’elle se trouve dans cette érudition supérieure même, qui fait naître un amour-propre et donne certaine vanité qui ne s’accommode guère avec cet esprit d’humilité, avec cet amour pour la paix et la concorde, qu’un bon pasteur doit prêcher autant par son exemple que par ses paroles, et qui sont le garant le plus sûr du succès de son ministère. D’ailleurs, plus cette érudition est grande, plus elle met de distance entre le pasteur et les fidèles*, elle rend par conséquent moins facile cette communication charitable et familière qui doit les unir, et qui fait que le ministre d’une paroisse entre avec plus de ferveur dans ces offices répugnants auxquels son devoir l’appelle sans cesse, quand il s’agit de courber la tête sous le toit des chaumières pour visiter les pauvres , donner aux malades le courage et la patience nécessaires , assister les mourants, consoler une veuve de la perte de son mari, les enfants de celle de leur père ou mère. C’est dans ces tristes moments où la charité chrétienne est si nécessaire, qu’on distingue particulièrement ces pasteurs humbles , élevés dans la simplicité et modestie chrétienne , et imbus d’un fonds de doctrine, de morale et de pratique proportionné au poids de leur charge.