DU GOUVERNEMENT
l’entretien des élèves. On leur défendait de nouveau de disposer de la moindre partie de ces fondations on faveur des élèves qui avaient quitté le séminaire général, leur déclarant que, s’ils contrevenaient à cette défense, ils seraient contraints de restituer sur leurs propres biens au séminaire général les sommes qu’ils auraient détournées. Un troisième édit, du 21 mars, prescrivait de nouveau aux évêques d’exécuter ponctuellement celui du 21 janvier, en leur enjoignant, de plus, de ne permettre en aucun cas, aux élèves déjà prêtres qui étaient sortis du séminaire général , d’administrer la parole de Dieu aux fidèles , ni le sacrement de pénitence.
Enfin, le même jour, on adressa encore, à tous les évêques et aux supérieurs de tous les ordres religieux, un ordre sévère de renvoyer immédiatement et sans retard leurs élèves au séminaire général. Les supérieurs des réguliers furent de plus obligés d’accuser , sous les vingt-quatre heures , réception de l’édit de l’empereur, et menacés, s’ils s’y refusaient, d’être traités en criminels de ièse-majesté.
La commission ecclésiastique de Bruxelles se déclarait ainsi ouvertement protectrice du séminaire général, et cherchait à le maintenir. Elle croyait ne pouvoir mieux arriver à ses fins qu’en répandant autour d’elle l’épouvante et l’effroi. Par une dépêche impériale, elle supprima pour tous les Pays-Bas la bulle Super solicUtaie, et enjoignit même à tous les curés de publier cette suppression du haut de la chaire chrétienne pendant le servico divin. Elle publia en même temps de sa propre autorité, mais toujours au nom de l’empereur, un décret qui prescrivait sérieusement à tous les magistrats
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des villes et des bourgs de surveiller les paroles , les actions et les sermons de tous les membres du clergé, et notamment des curés de village; et de les dénoncer au gouvernement, dans le cas où ils seraient opposés aux salutaires innovations ecclésiastiques de l’empereur, ou hostiles au séminaire général, afin, suivant les termes du décret, de pouvoir punir, selon l’exigence des cas , ces ecclésiastiques fanatiques , séditieux, et infectés des principes de l’ultramontanisme. Le nonce apostolique , monseigneur Zondadari , archevêque de Tyr et prélat très-distingué, devait être, lui aussi, un des premiers frappé par ce tribunal pervers. Il avait fait imprimer à Bruxelles, le 14 décembre 1786, cent exemplaires de la bulle Super soüditate , contre Eybel ; et quoiqu’il l’eût fait uniquement pour les distribuer aux missionnaires de Hollande et d’Angleterre, qui dépendaient de sa juridiction, on l’accusa, contre toute vérité, d’avoir répandu cette bulle dans les Pays-Bas autrichiens; et dans cette hypothèse , comme la publication de cette bulle avait été défendue par l’empereur, on enjoignit à ce prélat et à son auditeur, par un édit en date du 14 février 1787, publié au nom du même prince, de quitter Bruxelles sous huit jours, et la Belgique sous deux semaines.
Une 6uite de pareils actes de violence ne pouvait manquer de provoquer en Belgique un mécontentement général ; et l’affaire du séminaire général devint dès lors une question d’intérêt national , à laquelle prirent part les états , les magistrats et les habitants des villes , lesquels firent cause commune avec les évêques et le clergé pour combattre cet ennemi commun.
Le cardinal fut appelé à Vienne vers la fin de fé-
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vrier par l’empereur, pour lui rendre compte des événements de Louvain, et lui exposer les motifs qui avaient excité les élèves à quitter le séminaire général. Frankenberg lui signala avec une noble franchise, de vive voix d’abord et ensuite dans deux mémoires, les dangerset les préjudices que devaient occasionner ces deux instituts, non-seulement à l’Église, mais encore à l’État, et plus particulièrement dans les provinces belges, s’il voulait les soutenir malgré les répulsions de la nation tout entière ; il conjura en conséquence ce prince d’y renoncer , au moins pour la Belgique, et de réintégrer les séminaires épiscopaux, et la faculté théologique de Louvain , dans leurs anciens droits, privilèges et libertés.
L’empereur accueillit le cardinal avec beaucoup de bienveillance , et parut, au premier abord , ne pas être éloigné de condescendre à ses désirs et de se conformer à ses conseils; mais les membres de la commission ecclésiastique, ainsi que les directeurs et professeurs du séminaire général, ne négligèrent aucun moyen pour peindre avec les plus odieuses couleurs et décrier cet illustre prince de l’Église, non-seulement auprès de l’empereur, mais encore auprès des membres do ln commission d’études de Vienne; et, pour le perdre plus sûrement, ils l’accusèrent, non-seulement d’avoir été le fauteur des événements de Louvain , mais encore d’avoir aigri les esprits en Belgique contre le séminaire général , et même contre le gouvernement de Sa Majesté. Les illuminés de Vienne, non moins intéressés que ceux de Bruxelles au maintien de cet institut corrupteur qui était leur œuvre , appuyèrent de tous leurs efforts ces malicieuses et perfides calomnies, et ehen-
PROTESTATION
chèrentà les accréditer auprès du souverain et de ses ministres. Jpseph 11, cependant, ne crut pas devoir en ce moment critique faire un pas décisif dans une affaire aussi importante, et préféra attendre, pour réaliser ses projets, de plus favorables circonstances. En attendant, il retint dans la capitale le cardinal, en le comblant de témoignages de distinction et le berçant de flatteuses espérances, jusqu’à ce que la nation belge indignée, et pénétrant ses artifices, redemandât à grands cris le retour de son pasteur vénéré. L’empereur, craignant l’irritation de celte province, congédia donc le 8 juillet le cardinal, qui arriva à Bruxelles le 15 du môme mois. Il fut partout accueilli avec une joie universelle , et son retour à son siège métropolitain semblait être une ovation semblable à celle qu’on faisait aux anciens Césars.
Le clergé et les états n’étaient pas restés inactifs pourtant pendant l’absence de Frankenberg, et ils avaient fait dans leurs assemblées publiques , de la question du séminaire général, le sujet de fréquentes discussions. Ils ne manquèrent pas de faire parvenir à l’empereur, au sujet de cet institut, l’expression de leurs justes plaintes et de leurs terreurs. Ces deux pouvoirs combattirent héroïquement pour la pureté de la doctrine , pour les droits inaliénables de l’Église, et pour la conservation de la foi de leurs pères. L’histoire fournirait difficilement un second exemple d’une union entre le clergé et le peuple , pour la défense de la sainte cause de Dieu , plus beau que celui donné par la Belgique dans ces mémorables jours. Cette nation généreuse et fidèle a gravé en cette circonstance son nom en lettres ineffaçables dans les annales de l’histoire, et s’estacquis