PLAINTES DU CARDINAL
insultante dérision : « Nous présumons trop bien de votre soumission personnelle aux volontés de l’empereur, pour ne pas en attendre que vous vous conformerez avec empressement et ponctualité à ce que nous venons de vous faire connaître de sa part, et que vous préviendrez, moyennant cela, les suites qu’une conduite contraire ne pourrait manquer d’entraîner au préjudice de la religion et de l’État même, puisque c’est de l’accomplissement des préalables , dont le rétablissement du séminaire général faisait une partie essentielle , que dépendent les effets de la déclaration du 21 septembre qui intéresse la nation entière. »
Dans une seconde circulaire, il envoie en effet aux évêques le plan d’études du séminaire général de Pavie, en leur inculquant l’exécution exacte de sa première dépêche. « Comme, d’ailleurs , » c’est ainsi qu’il s’exprime avec sa ruse habituelle, « rien ne serait plus contraire aux instructions de Sa Majesté qu’un enseignement qui pourrait en la moindre chose blesser l’orthodoxie et la saine doctrine, elle ne pourra voir qu’avec une entière satisfaction que vous ayez constamment les yeux ouverts sur l’enseignement de la théologie à Louvain, et sur les livres qui seront prescrits comme classiques pour les différentes branches de cette science (1). »
Le cardinal ne tarda pas à exposer , avec la plus grande franchise, ses plaintes au sujet de ces dispositions entièrement inattendues, et se rendit à cette fin , dès le jour suivant, à Bruxelles; mais tout demeura sans effet. Le ministre devait exécuter dans son entier
(i) Rec. XII, p. 43.
LETTRE DU CARDINAL
le projet de ces ennemis nouveaux de l’Église; et non content d’avoir représenté oralement au cardinal l’indispensable nécessité d’exécuter au plutôt l’édit de l’empereur au sujet de la réouverture du séminaire général, il l’engagea de plus par écrit, et le même jour, à s’y soumettre et à exhorter les évêques belges , ses suffragants, à agir d’une semblable manière, après les y avoir excités par son exemple ; d’autant plus que, lors de son voyage à Vienne, il l’avait, disait la lettre, ouvertement et clairement promis à l’empereur (1).
Le cardinal , surpris de ce langage hautain du ministre, lui répondit, le 29 décembre, une lettre remplie de dignité , dans laquelle il lui donnait des éclaircissements au sujet de la promesse prétendue qu’il devait avoir faite à Vienne à l’empereur Joseph (2).
« Je suis, » écrivait-il , « on ne peut pas plus sensible à l’intérêt personnel que Son Excellence veut bien prendre à la situation embarrassante dans laquelle me jette la malheureuse affaire du séminaire général.
« Personne n’est plus pénétré que moi de respect pour l’auguste personne de Sa Majesté, ni plus ompressé à lui témoigner la plus parfaite soumission , et rien ne me cause une peine plus affreuse que lorsque les devoirs de ma conscience se trouvent en opposition avec ses volontés.
« Tel est malheureusement le cas dont il s’agit, et à l’égard duquel j’ai ouvert à Votre Excellence tout mon cœur dans le long entretien quo j’ai eu avec elle
(2) Rec. XI, p. 45; Vœu, p. 225.
LETTRE DU CARDINAL
jeudi dernier, auquel je ne saurais plus rien ajouter, sinon que tnes principes ne sont aucunement contradictoires avec la déclaration que j’ai donnée à Vienne, et dont l’original, si je ne me trompe pas, se trouve au gouvernement de Bruxelles. Votre Excellence y aura pu voir que j’ai dit que fêlais convaincu qu'il est de mon devoir de me conformer à C exécution des ordres de Sa Majesté, et de faire tout ce qui est en moi afin que mon clergé cl mes ouailles s'jr conforment avec respect et soumission. Et c’est ce que j’avais déjà exactement accompli lorsque les commissaires du gouvernement avaient supprimé tant de couvents dans mon diocèse; mais j’ai protesté bien positivement et à plusieurs reprises, à Son Excellence M. le comte de Cobenlzl et à M. de Ledercr, que je ne pouvais d’aucune façon me charger de l’exécution de pareils ordres, ni les approuver, ni y coopérer, comme je n’aurais jamais pu le faire à l’égard de la suppression des couvents , des confréries, etc.
« En outre, je me suis réservé expressément, à la fin de ma déclaration , la voie de la représentation dans tous les cas où je croirais que. le salut des (Unes confiées à mes soins se trouverait exposé ù quelque danger, contre les intentions de Sa Majesté. Or, co danger du salut des âmes et de la religion mémo se trouve évidemment , de l’aveu , non-seulement de tous les évéques, mais de tous les états des différentes provinces, dans celte concentration de lascicncede la religion dans une seule et unique école, fût-elle la plus orthodoxe et la mieux composée; puisque, si jamais (ce qui n’est que trop possible et aisé) l’erreur s’y introduisait dans l’enseignement, toute la source de la doc-
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trino so trouverait tout à fait infectée sans remède. Ce danger serai! d’autant plus inévitable que, selon le plan du séminaire général , les évéques se trouveraient dépouillés du droit d’enseigner leur clergé par eux-mômes; droit qui est essentiel à l’épiscopat, que les évéques ont reçu du Saint-Esprit en qualité de successeurs des apôtres , qui est inhérent et inséparable de leur ministère, et lequel, étant inaliénable, il ne peut jamais leur être permis d’y renoncer, mais ils doivent le transmettre intact à leurs successeurs, commo ils l’ont reçu.
« Votre Excellence voit par là que, conformément mémo à ma déclaration , je ne saurais cesser do faire à Sa Majesté les plus vives représentations sur des objets de cette importance, qui touchent aux devoirs essentiels de l’épiscopat.
« D’ailleurs, outre l’impossibilité dans laquelle je me trouve, par toutes ces raisons, de pouvoir concourir directement ou indirectement à cet établissement, que tout le monde regarde avec raison comme du plus grand danger pour la religion et entièrement destructif des droits les plus précieux des évéques , ce concours mémo, s’il était possiblo , deviendrait tout à fait inutile, comme je l’ai fait observer à Votre Excellence, par l’aversion générale (pie le clergé et le peuple en ont conçue, aversion qui est montée à un point que ceux qui voudraient leur persuader le contraire seraient regardés avec mépris comme des prévaricateurs, et perdraient à jamais leur confiance. De sorte qu’il n’est pas dans mon pouvoir d’obliger ou de persuader mes séminaristes de se rendre à Louvain ; et il est à prévoir que, si on les forçait jamais à sortir du séminaire,
LETTRE DU CARDINAL
ils se disperseraient tous chez leurs parents, au risque de perdre leur établissement. »
Le cardinal exprimait au môme ministre des sentiments semblables dans une seconde lettre du 1 er janvier 1788 (1):
« Lorsque, » disait-il, « j’ai proposé à Vienne, à Sa Majosté, quelques moyens pour rétablir la confiance du public à l’égard du séminaire général , les circonstances étaient telles, que celte confiance paraissait encore possible; mais actuellement, par toute modification quelconque, on n’y parviendra plus jamais.
« D’ailleurs, j’ai été depuis si vivement frappé du danger effrayant d’une seule et unique école de théologie ( danger que les droites et pieuses intentions de Sa Majesté ne pourront empêcher) , comme aussi de l’obligation indispensable dans laquelle je me trouve de soutenir et conserver les droits essentiels sur l’enseignement , émanés de Jésus-Christ môme, et ceux de mon siège, conformément au serment que j’ai prêté à mon sacre; de sorte que, malgré ma soumission à Sa Majesté, dont je ne me départirai jamais lorsqu’il ne s’agira pas d’observer la loi divine, il m’est absolument impossible de pouvoir concourir, directement ou indirectement, à la suppression des séminaires épiscopaux et à l’établissement du séminaire général, sans exposer la religion , blesser ma conscience , et me rendre coupable devant Dieu et devant toute l’Église catholique.
« Votre Excellence peut juger aisément de la peine que j’en ressens : mais le salut de mon ôme avant tout. »
(1) Rec. XI, p. 47; Vœu, p. 228.
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LETTRE DE l’ÉVÊQIE d'aNVKHS.
Les autres évêques répondirent dans le même sens.
« Ma réponse, « écrivait l’évêque d’Anvers le 4 juin (1), a est et sera toujours, Monseigneur (et Votre Excellence est trop juste pour ne pas en agréer la respectueuse franchise) , que j’ai donné et que je donnerai toute ma vie les preuves les moins équivoques de déférence, de soumission et de fidélité à mon souverain.
« Mais si, malheureusement, il s’est présenté depuis peu. quelques articles contre lesquels se sont élevées, surtout aux Pays-Bas , les représentations les plus respectueuses et en môme temps les plus constantes, nonseulement des évêques, mais de tous les ordres des citoyens, ainsi que des États assemblés des provinces ; s’il y en a un surtout , celui du séminaire général , qui parait aux yeux les moins prévenus être destructif du clergé régulier et séculier, et ôter aux évêques un droit inaliénable, droit qui consiste à être les premiers instructeurs et docteurs de leur clergé; si cet article parait contraire au pacte solennel et aux serments faits par le souverain ainsi que par ses sujets ; est-ce une désobéissance, Monseigneur, est-ce une chose qui mérite la moindre qualification sinistre, que d’y opposer les seules armes do la soumission , des prières constantes et des représentations respectueuses ?
« Dieu m’a préservé et me préservera encore, j’espère , d’en opposer jamais d’autres. Mais lorsque certains ordres seraient contraires à ma persuasion intime et au cri de ma conscience, lorsque leur exécution me serait d’ailleurs moralement et physiquement impossible (impossibilité que je n’alléguerai jamais sans
(1) Rec. XI, p. 49; Vœu, p. 230.
AVIS DOCTRINAL
la proyver) , Sa Majesté et Son Excellence sont trop jystes pour me faire un crime de ne pas y coopérer. »
Le même évêque fait observer encore à TraultmanS T dorlï qu’étant habitué à prendre , dans toutes les af* faires importantes, l’avis de son chapitre, il ne pouvait se dispenser d’en agir ainsi dans le cas présent, où il s’agissait des libertés et des droits de son église cathédrale, au sujet du séminaire général; qu’il communiquerait ensuite au ministre le résultat de cette consultation, et que cette mesure pourrait prouver à ce dernier combien Sa Grandeur avait, dans cette circonstance , dépouillé tout esprit de parti , et était éloignée de l'pbstinalion qu’on lui imputait si à tort.
Le cardinal avait été le premier à ouvrir celte voie si sage, et s’était adressé déjà, dans cette occurrence, à son chapitre métropolitain. L’importance de la cause exige que nous donnions ici quelques extraits de l’avis doctrinal que le chapitre de Malines présenta au cardinal, eu date du 4 janvier. Les auteurs de cet avis, après avoir rappelé au cardinal les représentations qu'ils lui avaient déjà soumises en général dans leur mémoire du 22 juin de l’année précédente , lui 4oixnent ensuite de nouveaux développements en ces termes (1) :
al. Nous sommes fermement persuadés qu’il n’est pas dans le pouvoir de Votre Éininence d’aliéner lq droit qu’elle a reçu de Jésus-Christ d’enseigner les fidèles confiés à ses soins, et d’avoir sous sa dépendance complète, quant à l’enseignement, ceux qu’elle commet pour la suppléer dans celte importante fonction,
(1) Ik'C. XI, p. 52-60 ; Vœu, 223-243.