TROISIÈME OUVERTURE DU SÉMINAIRE
nation proteste en face de l'Europe contre les violences et les empiétements ecclésiastiques de l’empereur. — Le gouvernement poursuit, malgré ces événements, son projet d’ouvrir le séminaire général Nouvelles scènes à Lou-
vain au mois de novembre. — Les élèves s’enfuient presque tous en France et en Hollande. — Il n’en reste que onze qui sont nettetés par le gouvernement ; ils veulent aussi prendre la fuite , mais ils sont gardés à vue par des soldats. — Les séminaristes protestent devant les Etats contre la réouverture du séminaire — Le gouvernement, sans te laisser décourager, recrute A prix d'argent, dans le duché de Luxembourg et en Allemagne, des elèves pour le séminaire général.
Mais ces graves événements, qui eussent suffi pour dessiller les yeux de l’homme le plus aveugle , ne suffirent pas pour faire rentrer en eux-mêmes le ministre fanatique de l’empereur, les illuminés de Bruxelles et ceux du séminaire de Louvain. Ils continuèrent à braver , avec une incroyable effronterie , l’opinion publique ainsi que les vœux des évêques et des états. Les professeurs du séminaire général feignaient que rien ne fût arrivé à cet institut, et agissaient en conséquence. Sur trois cents élèves de théologie, il n’était resté que deux individus, les plus ineptes do tous, et encore d’une moralité suspecte. Ces messieurs les avaient achetés à prix d’argent, et leur avaient fait do splendides promesses d’un avancement rapide; on avait encore ramassé, dans je ne sais quelle province d’Allemagne, deux autres jeunes gens qui n’avaient pas encore achevé leur rhétorique , et qui savaient à peine quelques mots de latin : outre la table et l’entretien, qu’ils recevaient gratuitement, ils étaient encore grassement payés. On ouvrit donc les cours avec ce nombre imposant de quatre élèves, et on publia un programme superbe (1) pour annoncer la prospérité
(i) Rec. XIII, p. lis.
i 88 LETTRES DES GOUVERNEURS GÉNÉRAUX.
toujours croissante et l’état florissant de l’établissement impérial ; mais quoiqu’on s’efforçât ainsi de tromper l’opinion publique, tout le monde en rit de pitié.
Ce qu'il y avait de plus fâcheux dans tout ceci , c’était que le gouvernement cherchait à tromper sur ce point l’opinion publique. Lui aussi faisait bonne contenance, et prenait des dispositions comme si tout eât merveilleusement marché au séminaire général. Le cardinal s’étant toujours refusé à proposer des hommes habiles et capables pour l’emploi de recteur, LL. AA. RR. les gouverneurs généraux de la province, qui étaient enfin de retour de Vienne, nommèrent, par ordre de l’empereur, un certain M. Houck , chanoine et recteur du séminaire d’Ypres, et lui confièrent, outre le titre de recteur de l’établissement de Louvain , la direction de la faculté théologique. Le gouvernement donna avis de cette nomination au cardinal et aux évéques par une lettre très-flatteuse (1), en date du 5 avril, et invita en mémo temps chacun d’eux à envoyer un ecclésiastique de confiance à Louvain, pour surveiller les élèves de leurs diocèses.
Celte dépêche continuait ainsi (2) : a Nous vous assurons que ce choix d’un sujet qui, par son état, ses mœurs, son mérite, ses lumières et son orthodoxie notoires, réunit tous les titres à la confiance des évêques, du clergé, des théologiens et du public en général, et qui, du chef de ses nouvelles charges, sera à même de diriger la discipline, l’enseignement et le choix des livres, généralement tout ce qui tient à la
(1) Rec. IV, p. tt3.
(2) Rec. XIII, p. 283.
LETTRE DD RECTEDR.
doctrine, de manière à en conserver toute la pureté, et à prévenir toute espèce de censure et de critique, achèvera le retour universel à la plus parfaite confiance dans les dispositions de S. M. pour l’établissement du séminaire général , et confondra ceux qui auront osé lui supposer des vues qui tendraient à altérer la religion, ou à empiéter sur les droits essentiellement attachés à l’épiscopat; et nous espérons qu'en conséquence vous vous empresserez à vous conformer avec confiance et soumission aux ordres de Sa Majesté , relatifs audit établissement. »
Le nouveau recteur, dont on prônait tant les grandes qualités, n’eut pas honte d’annoncer sa nomination au cardinal par une lettre en date du 13 avril, dans laquelle il prétendait que son propre évêque l’avait engagé à accopter cetto dignité; ajoutant avec une rare hypocrisie qu’il avait fait tous ses efforts pour écarter de lui cette impériale faveur, mais que, cédant aux prières d’amis éclairés et aux instances réitérées du gouvernement, il avait enfin consenti, à cause de l’amour sincère qu’il ressentait pour la religion et le bien de l’État; et qu’il l’avait fait d’autant plus volontiers qu’on l’avait pleinement rassuré sur la pureté des intentions de S. M. l’empereur et sur leur conformité à la foi catholique romaine, et que le calme et la pacification des provinces belges, ainsi que l’honneur de S. M., dépendaient de son propre acquiescement.
Dans son langage mystico-janséniste il ajoute (1) : «Ma grande consolation serait que Votre Émiuence, approuvant le choix qu’on a fait , me donnerait l’aisance de
(t) Rec. XIII, p. 284.