‹ Jean Henri, comte de FrankenbergChapitre 85 sur 127 · LETTRE DES ÉLÈVES · texte numérisé non relu

LETTRE DES ÉLÈVES

sesse; autoriser, encourager la circulation des plus extravagantes impiétés, en placer les auteurs dans les premières places de l’administration, et flétrir les défenseurs des antiques vérités ; mettre partout la contradiction et le désordre à côté de la violence et de l’injustice !

« Plus un tel plan d’opérations présente d’obscurité à la première vue, plus son objet s’éclaircit par la réflexion. Pour établir l’ouvrage des ténèbres, on saisit tous les moyens d’aveugler. Parce qu’on redoute le bon sens d’une grande et illustre nation, on l’empéche de voir et d’entendre. On ne cherche pas à édifier, on ne veut que détruire. Dès que la religion catholique sera anéantie, les erreurs s’établiront d’elles-mèmes; il n’est question que de la défaire sans bruit et sous des prétextes assez spécieux pour laisser croire à une imbécile multitude qu’on a des intentions différentes.

« Tout ce qui se fait de près et de loin ne laisse plus aucun doute sur l’exécution de ce plan. A Vienne, il se réalise avec un éclat qui a fait dire à un voyageur protestant que le clergé avait dans son sein un serpent qui lui causera la mort ; que ce serpent est la philosophie sous F apparence de la théologie. A Prague, les séculiers sont juges exclusifs de la doctrine; les évôques (malgré les mensonges que vient d’accumuler sur cet article une feuille asservie au ministère) n’ont que le droit dose plaindre des erreurs qu’on y enseigne; et il faut que ces erreurs soient bien grossières, quand les juges laïques, souvent aussi ignorants que corrompus, se croient obligés de les proscrire. A Pistoie, on donne des farces où la sottise et l’erreur se disputent le dessus ; les curés se transforment en évêques , un

Al'X ÉTATS.

seul évêque réforme toute l’Église. A Ems, quatre archevêques allemands bouleversent la hiérarchie de fond en comble , élèvent la dignité de métropolitain (dignité arbitraire et d’institution humaine) au-dessus de la divine primauté du chef de l’Église, abrogent les lois de l’Église universelle, défont le concile de Trente, et tracent le plan d’un schisme odieux.

« Mais ne cherchons pas au loin des preuves de la fatale conspiration contre l’Épouse de Jésus-Christ. En faut-il une autre que ce qui se passe sous nos yeux: l’opiniâtreté avec laquelle quelques personnes en autorité luttent depuis deux ans contre toute la nation, contre tous les ordres de l’État, méprisent les représentations les plus augustes, les plus touchantes, ou défendent même d’en faire ; opposant l’appareil militaire à des raisonnements quelconques; décernant la spoliation, l’exil, la prison à quiconque n’abjure pas, avec la liberté et les droits de citoyen, ses anciennes et plus chères maximes? Non, ce n’est point ici un écart passager et local des instruments de la puissance : tout démontre la roideur de l’esprit de système et l’acharnement des conjurations.

« Pour nous, objet immédiat et direct de ces funestes innovations, nous y avons trouvé une portion particulière d’épreuves et de souffrances. Dispersés, emprisonnés, dégradés, injuriés, menacés, nous avons, avec l’aide de celui qui aime les petits et fortifie les faibles, persévéré dans la fidélité que nous devons à Dieu, à son Église, à la patrie, à nos pasteurs. Il no s’est point trouvé d’apostat parmi nous; ceux qui ont paru l’être étaient des mercenaires soudoyés par nos ennemis, pour donner au public ignorant le spectacle

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