‹ Jean Henri, comte de FrankenbergChapitre 99 sur 127 · RÉCLAMATIONS · texte numérisé non relu

RÉCLAMATIONS

15 mars. Les supérieurs des différents corps religieux, môme des mendiants, reçurent le même ordre ; eux aussi furent menacés, en cas de refus, non-seulement de la confiscation de leurs biens, mais encore de la suppression de leurs maisons. La dernière dépêche, enfin, était adressée au Révérend Père visiteur des dominicains, qui avait envoyé les élèves de son ordre à l’université de Douai pour y achever leurs éludes.

Prosque tous les abbés et supérieurs de ces ordres se refusèrent d’obéir à cette injonction; ils furent aussitôt exilés et leurs couvents supprimés. Plusieurs de ces couvents furent envahis par la milice, et les élèves, malgré les réclamations et les plaintes de leurs supérieurs, malgré leurs lamentations et leurs larmes, furent jetés dans des voitures fermées, et envoyés de force à Louvain.

Tous les évêques firent, à l’exemple du cardinal, leur vénérable chef, les réclamations les plus respectueuses, mais en même temps les plus énergiques et les plus vives, contre les dispositions de cette dépêche, et déclarèrent ouvertement à l’empereur qu’ils ne pouvaient en conscience s’y soumettre. Le cardinal surtout lui fit observer, le 4 mars, que les soins nombreux do son diocèse lui rendaient presque impossible, d’ici à un long temps, de se transporter à Louvain pour y assister aux cours ; que d’ailleurs cela ne mènerait à rien , attendu que plusieurs cours se faisaient aux mêmes heures, et que par conséquent, pour atteindre le but que l’on se proposait, c’est-à-dire pour le mettre à même d’émettre son opinion au sujet de l’orthodoxie de l’enseignement du séminaire général, une année no lui suffirait pas; et enfin, qu’en entendant quelques

DU CARDINAL

cours interrompus, il ne pourrait former sa conscience de manière à formuler ensuite une déclaration qui pût calmer les esprits. Que ce qu’il y avait de mieux à faire, selon lui, pour examiner la doctrine des professeurs et se conformer ainsi aux vues du gouvernement, serait d’examiner les livres dont ils se servaient; qu’il était prêt à nommer un nombre suffisant de bons théologiens pour les charger de cette tâche , et que leur rapport le mettrait ainsi facilement en état do prononcer avec justice et vérité sur la doctrine enseignée; mais qu’il ne voulait pas accepter seul la responsabilité d’uno affaire si grave et si sérieuse, et qu’il n’oserait prendre sur lui de donner une sentence définitive sur ce point avant d’avoir recueilli l’avis de ses vénérables collègues dans l’épiscopat. Que ce qu’il y aurait donc de plus opportun serait, à son avis, la tenue d’un concile national , et qu’il priait en conséquence Sa Majesté de l’autoriser à le convoquer, persuadé qu’il était que par ce moyen seul on parviendrait aisément à rétablir la paix de l’Église aussi bien que celle de l’État. Mais, supposé même que l’examen ordonné constatât réellement l’orthodoxie de l’enseignement du séminaire général, il se voyait néanmoins obligé de déclarer ouvertement et franchement à Sa Majesté qu’il ne consentirait jamais qu'une école de théologie s’élevât à Louvain sur les ruines des séminaires épiscopaux, à l’exclusion du droit que les évêques avaient de faire enseigner la théologie dans leurs propres diocèses. Qu’oncore moins il pouvait abandonner au pouvoir civil les fonctions de gardien du dépôt de la foi, et se borner, lui et scs collègues dans l’épiscopat, au titre de surveillant et d’accusateur de l’erreur, ce à quoi semblait restreindre

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leur sphère d’aclion le plan nouveau du séminaire général.

Par ces motifs donc, disait-il encore, il lui serait impossible, avant la tenue de l’assemblée générale des évêques, d'obéir à la seconde dépêche de Sa Majesté et d’envoyer bcs élèves à Louvain ; ce qu’il pourrait d’autant moins faire que cette mesure laisserait croire au clergé et à la nation qu’il avait reçu au sujet de cette maison des garanties suffisantes, ce qui était loin d’être vrai.

■ Serait-il possible, » c’est ainsi qu’il terminait sa lettre (1), «que, sous un souverain juste et ami de la vérité, ceci dût m’attirer de nouvelles disgrâces? Non, Sire, je ne puis le croire, et ma confiance égalera toujours les sentiments du profond respect dont je suis pénétré. Je ne saurais, au reste, dans aucun temps, démentir mes principes, ni m’empêcher de les développer à Votre Majesté avec cette candeur d’âme et toute la franchise quo je lui dois; persuadé d’ailleurs qu’elle ne pourra jamais envisager comme une désobéissance l’impossibilité d’agir contre la conviction intime de ma conscience, et qu’elle me rendra la justice de me croire aussi peu capable de faire servir ma conscience de prétexte, que de la trahir par la crainte de perdre mon temporel. »

L’évêque de Namur répondit à l’empereur avec la même dignité (2): « La profonde douleur, » lui écrivait-il le 9 mors, « dont mon cœur est pénétré à la vue des entraves sans nombre qn’on met à l’autorité de l’épiscopat et qui le regardent, vient d’être portée à son

(1) Hec. Xüt.p. 135.

(3) Hec. XIII, p. 147.

DE NAMtK.

comble par la dépêche de Voire Majesté en date du 21 du mois dernier, dans laquelle elle déclare que c’est son intention absolue que tous les théologiens de mon diocèse, qui n’ont pas achevé leur cours d’études, se rendent, pour cet effet, au séminaire général de Louvain avant le 15 de ce mois; elle me charge en conséquence de leur faire signifier ces ordres, sous peine de désobéissance et de saisie de mon temporel.

« Dévoué de tout temps à mon souverain par le plus profond respect, je no me suis jamais écarté de l’obéissance que ma religion et ma conscience me prescrivent. Il était donc inutile d’employer les menaces pour m’obliger à remplir ce devoir, dont je me ferai toujours une loi inviolable, et dont je ne cesserai de donner l’exemple à mon troupeau. Mais je ne puis le dissimuler, Sire, jamais je ne pourrai rien contre le devoir de mon ministère et le cri de ma conscience; autrement cette religion sainte, qui est le principe dema soumission, condamnerait elle-même cette soumission comme une prévarication manifeste, et Votre Majesté aurait un juste sujet de me faire un crime si j’exécutais les ordres dont elle me charge dans la dépêche, et si je coopérais à l’établissement de son séminaire. Non, Sire, je ne puis démentir le principe qui m’a dirigé dans l’éloignement que j’ai plusieurs fois témoigné à Votre Majesté pour l’adoption de cet établissement; j’ai toujours été persuadé qu'il était contraire aux droits inaliénables de lepiscopat, puisqu’il transporte à la puissance civile l'institution et l’instruction des élèves du sacerdoce, unique et essentiel moyen pour contribuer aux bons régimes des diocèses, à la fidèle administration des sacrements, et à la conservation et propagation de la

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