LETTRE DU COMTE DE MURRAY
C'est diminuer ce saint respect que de ranger le mariage simplement dans la classe des engagements civils, et d^en attribuer la connaissance entière aux cours les plus subalternes, telles que les cours écbevinales des villages ; car Tédit des mariages rend cette qoù^ séquence nécessaire, depuis qu'il a été reconnu impos* sible d'établir les nouveaux tribunaux.
<c Telles sont, Sire, les humbles remontrances sur les atteintes portées à notre constitution , que notre conviction, notre devoir, comme notre attachement sincère au service de Votre Majesté, nous engagent à déposer dans votre sein paternel, Sire, dans la ferme espérance que Votre Majesté daignera exaucer encore ce dernier vœu, mais universel,^ de votre bon peuple belgique; manifestez- vos volontés. Sire, d'après vos augustes promesses, diaprés <votre justice et les lois fondamentales du pays. )>
Les états de Flandre (1), ceux de Namur (2) et de Tournay (3) s'expliquèrent sur ce sujet d'une manière plus énergique encore les 15, 16 et 19 octobre. Mais ces réclamations de la nation, comme toutes celles qui avaient eu lieu dans cette affaire , demeurèrent pareillement sans effet, et ces prêtres impies ne se donnèrent aucune relâche jusqu'à ce qu'ils eussent conduit à son terme leur œuvre de perdition. Le comte de Murray enjoignit en effet de nouveau , par une lettre circulaire (4) en date du 1 octobre, à tous les évêques, d^eik— voyer pour le V^ novembre leurs élèves au sémi —
(1) Rec. X, p. 241-284.
(2) Rec. X, p. 1 89^199.
(3) Rec. X, p, 293-302.
(4) Rec. IX, p. 144; Vœu, p. !50.
LETTRE DU CARDINAL A L'iSHPEREUR. 438
naire général dé Louvain, et les assarâ, avec la même ruse hypocrite qu'avait déjà employée le comte de Beigiojoso l'année précédente, que dans ta discipline et dans renseignement de cet institut rien ne serait introduit qui pût blesser la pureté dé la foi. Comme gage assuré de cette promesse, il leur fit espérer, au nom de Tempereur , que les directeurs dç leurs sémî-* naires épiscopaux pourraient être employés en qualité de vice-recteurs au séminaire général. Il les invita même à loi indiquer des hommes habiles parmi lesquels on pût choisir le futur recteur de loet établie sèment. Par ces sages dispositions , disait-il, il espérait enlever tout prétexte de plainte contre le nouvel institut ; mais les évêques ne se laissèrent plus éblouir par ces promesses trompeuses qui avaient été déjà tant de fois violées, et protestèrent , au contraire , solennellement dans des lettres pleines dé dignité adressées à l'empereur, contre la réouverture du séminaire général. Le cardinal se mit encore ici à la tête de ses vénérables collègues, et écrivit dès le 18 octobre sur cette affaire, à Sa Majesté, la lettre suivante (1) : « Sire, je ne saurais % assez exprimer à Votre Majesté la douleur et la cons- \ teraation que je ressens en voyant , par la dépêche du ^ 17 de ce mois que je viens de recevoir , que l'intention [« de Votre Majesté est encore, toujours, que le séminaire général de Louvain ait lieu, malgré les très-humbles ^présentations que j'ai mises sous ses yeu:^ , et par desquelles je crois avoir démontré :
« 1*^ Que cet établissement est contraire au droit in- ^titestable des évêques d'enseigner les sciences de la
(l) Rec. X, p. 24S; Vceu, p. 152.
134 IiBTtRK DU OâRBlMAL
région , qui leur a compété de tout temps ^ et à te poedession légitime d'avoir des séminaires dans la ville de leur résidence, en vertu de la discipline de la pii* mitive Église^ confirmée par le concile de Trente, reçu dans ce pays^i , et y faisant loi d'État,
ce y Combien il Serait dangereux pour la religion f si, après avoir enlevé renseignement aux évéques, auxquels Jésu&<]ibrist l'a confié , on voulait le concenti^ dans une seule école , au risque , si jamais malheureusement Terreur s^y glissait , d'infecter tout à la fois la source qnique de la doctrine.
« 3^ L'insubordination dti clergé à l'égard de sei évêques, qui , se trouvant dans le cas de connaître i peine les jeunes ecclésiastiques élevés ioln de lears yeux, et de n^enétre presque pas connus, seraient cependant dans la nécessité de les employer au basâid dans les fonctions les plus essentielles et les plus ivi* portantes du saint ministère, sans pouvoir en attendre aucune confiance, ni se promettre cette obéissance si nécessaire à Tordre hiérarchique de TÉglise.
a 4^ Les inconvénients d'une si grande multitude de jeunes gens réunis dans la même maison, d^eùil est impossible qu^il ne résulte des maux dans Tordre physique aussi bien que dans le moral.
(c Enfin , la destruction entière des ordres religieux et une disette effrayante et peut-étrô totale du clergié séculier, qui s'ensuivraient immanquablement, si les uns ne pouvaient être admis au noviciat qu^à un âge peu propre à une telle épreuve , et les autres fussent obligés à demeurer pendant cinqpans au séminaire général, éloignés de chez eux , entassés en grand nombre dans la même chambre, et dans le cas encore de devoir,
en feortanl de là , rentier de nouvcfûa dani les pred)y<« tères des évéques; oe qui les dégoùterail néoeàsiaûre^ ment de l'état ecoiésiastique) (3t les porterait saas faute à ôD ohoisir un autre; et, à œtégard^ mes alarines tia sont que trop fondées par les faits les mieux avérés* •c Toutes ces raisons et ces inconvénients subsistant toujours i malgré lôs apaisements sur renseignenlô&t que la dépêche semble vouloir donner aux éVéques, en agréant qu'ils envoient au séminaird général leurs présidents en qualité de sous-^directeuis (oe qui ti'est guère praticable)^ mon devoir m'oblige et me force à inhérer aux représentations que j'ai pris déjà la res*f pectueuse liberté d'adresser à Votre Majesté ^ et. de leâ réitérer m^fne aveo la plus, vive instance, en réclamant l9B droits incontestables et inséparables de l'épiscopai sur l'enseignement et le dépôt de la foi confiés aux évéques ; ceux du chapitre de ma métropole , chargé par l'archevêque Hovius, conjointement avec les ardievêques ses successeurs , de l'administration de ses biens, dont il a constitué son . séminaire héritier uni* versel , et la possession non interrompue de deux siè««
Cl68.
« Je pourrais d'autant moins préjudicier à cee droits de mon siège ^ qu'à mon sacre et à ma prise de pos^ session', j'ai prêté serment de les maintenir ^ et que je m'y trouve obligé encore par un autre serment prêté tux états de Brabant ; les séminaires épiscopaux étant des établissements constitutionnels conformes aux lois foBdamentalôs de ce pays ^ comme il conste par des représentations de toutes ces proyinces , qui ont porté déjà au pied dii trôné de Votre Mâjegté leurs réclamations contre le séminaire général , comme, un établisse-
i36 RÉCLAMATION DES ÉTAT$ DE BRABANT.
ment préjudiciable à tous égards aux droitsr de TÉtat aussi bien qu'à ceux de l'Église. Je supplie, par conséquent, très-humblement Votre Majesté de vouloir jagw elle-même de rimpossibilité dans laquelle je me troAve de pouvoir concourir, ni directement ni indirectement, à la suppression des séminaires des évéques , ni à rétablissement d'un séminaire général à Louvain. » . Le même esprit respire dans les lettres qu^adressèretit au comte de Murray les évéques d'Anvers, de Bruges, de Gand et de Namur (i); et les états deBrabant ne se prononcèrent pas moins énergiquement dans leur assemblée générale du 22 octobre. Ils y appuyèrent, de la taanière la plus vigoureuse , les saintes réclamations de l'épiscopat. Ils y justifient noblement le clergé contrôles calomnies odieuses qu^on avait répandues jsur sa moralité , et^ui servaient de prétexte pour- motiver la création du séminaire général (2) : a Si jamais,» disent-ils, « un clergé a^pu se glorifier d'avoir une saine morale et des mœurs pures , c'est bien ici qu'il peut s'en glorifier. La nation entière proteste contre le débordement de mœurs qu'on lui attribue gratuitement dans l'édit sur le séminaire général. L'opposition que cet établissement rencontre , par les concerts de tons les cœurs , de toutes les bouches , prouve invinciblement les mœurs et Tantique probité de la nation. Si elle n'avait plus de mœurs; si, comme le suppose en— core l'édit, le clergé était sans énergie, ou eût vgk adopter le séminaire avec la plus parfaite indifférence. La représentation des états de Malines (3) présentée
(1) Rec. IX, p. 146; X, 250-257; Vœu, p. X55-164.
(2) Rec. X, p. 246.
(3) Rec. X, p. 347-356; Vœu, p. 173-1 78,
REMONTRANCE DE l'UNIVERSITÉ RE LOUTAIN. 437
FeDipereiir le 5 novembre, contre le séminaire général et en faveur des séminaires épiscopaux,. démontre combien cette assertion était vraie.
Les supérieurs des ordres religieux des provinces de Belgique exposèrent de même, aux états de Brabant, en paroles fermes, Tinébranlable détermination qu'ils avaient prise de n'envoyer aucun de leurs novices au séminaire général de Louvain, et les prièrent d'en doAner avis à l'empereur (1).
Nous ne pouvons ici passer sous silence la belle et importante remontrance que les anciens membres de l'université de Louvain adressèrent, également le 5 novembre y aux états de Brabant , en faveur des séminaires épiscopaux. Le comte de Murray, ainsi que nous l'avons dit plus haut, avait engagé, au nom du gou-* vemement, ces professeurs à lui exposer tous les vices que présentait la formation d^un séminaire général, et de lui indiquer en même temps les moyens d'y obvier^ lors de la prochaine réouverture. Cette invitation était, ea vérité, séduisante, et n'avait sans doute pour but que de donner satisfaction à l'opinion publique, et de mettre à profit le témoignage de ces professeurs , quel qu'il fût, avec la ruse qui était familière aux jansénistes. Mais ces hommes généreux, habitués de longue main â discerner les fourberies des illuminés de Bruxelles, préférèrent envoyer directement leur remontrance aux états de la province, en les priant de la transmettre à i'encipereur lui-même. Ce n'était que par ce moyen î'^'îls pouvaient être sûrs qu'elle ne serait pas retenue ^^ï^s les bureaux de la chancellerie par la commission ^^lésiastique de Bruxelles, et peut-être anéantie. Avec
Cl) Rec. XI, p. 106, 121; Vœu, p. 177-183.
138 REMOHTIlAIfGB
la liberté qui leur était liabitdelle^ ils dévoilent toutd l'absurdité de la nouvelle institution, et démeiltréDi qu'elle était contraire à l'esprit de l'Église de toa& les siècles. Il défendent^ avec une grande puissance d'étuditiod^ l'e&igtence et la nécessité des séminaires épisfio» paUx y et font voir avec beaucoup de pénétration que ces saintes institutions restaient toujours indispensa* blesy même en présence des plus florissantes ûtiivei*<i' sites théologiques. Ils obsei^vent^ enfin ^ et démontrent que ces hautes écoles de science théologique elles* mêmes avaient de tout temps protégé et favorisé, aved un zèle égal à celui des évoques , rétablissement deâ séminaires épiscopaux. Et c'était là précisément, selon eux 9 une des plus péremptoires démonstrations de la nécessité de ces institutions, puisqu'elles étaient sou-^ tenues par les universités elles-mêmes , qui avaient ^ jusqu'à un certain points un intérêt naturel à ne soof* frir auprès dédies laucune autre institution rivale d'enseignement théologique. Mais autre chose est le but des universités, autre chose celui des séminaires diocésains : ces deux institutions doivent marcher de concert, chacune dans sa sphère , mais toujours avec une parfaite harn^onie. Ils concluaient enfin en priant les états d'intercéder auprès de Tempereur, afin qu'il dai* gnât restituer à leur université ses droits et ees privilèges, et les remettre de nouveau en possession d^ celui de nommer les professeurs aux chaires dé théologie : car, pour pouvoir remplir ces mêmes chaires d leurs incrédules adeptes, les illuminés de Yienn avaient conseillé perfidement à l'empereur, aveuglé, de dépouiller les évêques et les universités de ce droit s^ important de nomination.
DE L'u^nEBBlTâ DB LOUYAIN. 139
Maie cette remontraDca est d^une telle gravité et tellement propre à dissiper tous les pr^ugés qui pourraient exister contre l'existence simultanée des sémi* naires épisoopaux et des universités, que nous oroyons devoir l'insérer ici dans son entier (1) i
« Messeigneursi l'institut des séminaires générauXf dont on a voulu faire l'essai Tannée dernière dans l'université de Louvain, au lieu d'opérer le bien selon les vues et les intentions bienfaisantes de Sa Majesté| n'd produit que des maux affreux, et a fait, en six mois de temps, une plaie si profonde aux études ecclér siastiques et à la discipline de l^université, que plusieurs années suffiront à peine pour ]a guérir et pour re* mettre les choses au même point dont on est parti.
. a Cet institut, en tant qu'il devait opérer^ qu'il présupposait même la destruction des séminaires épisoopaux, et celle de tous les collèges de théologie à Louvain ^ ainsi que le bouleversement d'un nombre infini de fondations particulières ; fondations et collèges qui tQus^ sans exception,-ont été établis avec Tapprobation du souverain, et sous la garantie de lois, et en faveur desquels enfin nous ne pourrions empêcher les administrations respectives de protester devant les tribunaux, coiiformément aux lois et constitutions du pays, confirmées par la déclaration souveraine du 21 septembre dernier ; cet institut, Messeigneurs, considéré ^U8 ce point de vue, est non-seulement contraire au ^''oit de tout le monde, et nommément à celui des évoques, mais encore à l'esprit de.rÉglise, aux usages '^^ plus anciens comme les plus respeotablies, et enfin
ix) Heo. X, p. 976-2S7$ Vcen^ p. 187^ foi.
i40 REPRÉSENTATION
aux dispositions formelles du concile général de Trente, reçu avec empressement et en pleine vigueur sur ce point dans toute l'étendue des provinces belgiques.
ce Cet institut, en contradiction avec tout, contrarie encore le résultat uniforme dMne expérience de trois siècles, qui a prouvé constamment que le bon ordre et le maintien de la discipline de l'université, ainsi que le grand intérêt de conserver la pureté des mœurs parmi les élèves du clergé, exigeaient iikdispensablement de ne pas concentrer un trop grand nombre d'écoliers sous un même toit et sous une seule et même direction. On a été de tout temps si persuadé de cette vérité à Louvain, qu'à mesure que le nombre d'écoliers y croissait, et que les fondations des bodrses et d'autres secours s'y accumulaient, on a préféré de bâtir succesâvement deux nouveaux collèges, plutôt que d'étendre ou d'agrandir ceux qui existaient déjà. On a fait plus : on en a démembré même^ lorsqu'ils devenaient trop vastes, et c'est ainsi que le plus ancien collège de théologie se trouve avoir été partagé en deux, en 1561, sous le célèbre Jean Hessels (dit Heselius)^ docteur en théologie, qui en était le président ; le même que le roi Philippe II envoya peu de temps après au concile assemblé à Trente: C'a été de cette séparation que sont venus les noms dé grand et de petit collège, sous lesquels ils sont connus jusqu'au jour d'aujourd'hui. Ce sont là, Messeigneurs, des faits et des raisons certaines, sur lesquelles il serait inutile de s'appesantir plus longtemps , surtout après une foule de représentations , tant des évêqûes que des états de toutes les provinces, des chefs-villes du Brabant, et enfin après le cri général de la nation, élevé avec un concert et
DE l'université de louvain. 141
une unanimité, qui a peu 4'exemples. Tout cela a dû prouver la chose avec une telle évidence, qu'il serait impossible.^que l'œil et l'esprit attentifs de.Sa Majesté n'en auraient point été frappés.
c< Ces mêmes représentations ont encore démontré, d'une manière qui nous parait sans réplique, l'impossibilité du fait même, c^est-à-dire d'ériger dorénavant un pareil séminaire dans ce pays, fût-il compatible avec les droits et privilèges publics et particuliers, ainsi qu'avec le bien général, comme il n'est pas. C'est qu'un séminaire général suppose nécessairement des élèves, et même des élèves en assez grand nombre : or, tout nous fait prévoir que ces élèves n'y rentreront jamais après Tépreuve qu'ils en on t faite l'année dernière, après les différentes scènes qui ont eu lieu , et qui ont laissé une impression si profonde dans tous les esprits , et surtout après l'exemple d'une première et deuxième désertion qui en a été la cuite. Non , Messeigneurs , plutôt que d'y voir rentrer cette jeunesse effarouchée par tout ce qu'elle y a vu , par tout ce qu'elle y a entendu , nous la verrons abandonner en foule son état et sa vocation. Toute confiance dans le nouvel établissement est perdue sans ressource ; et puisqu'il con-vient dans ces circonstances de ne rien cacher à Sa Majesté, nous sommes obligés de dire que le séminaire général est aujourd'hui l'objet d'une aversion générale, 6t que tout , jusqu'à son nom , en est devçnu odieux.
<c Ce serait en vain qu'on se flatterait de rétablir la confiance publique en modifiant , en^ changeant même totalement le premier plan de cet institut. Ces changements ne paraîtront jamais que des illusions ; les adoucissements sont regardés comme des pièges , et l'effet
142 REPRÉSEHTATIOll.
le plus certain qai ne manquera pas d'en résulter, eflê/ très^éplorable , c'est la diminution progressive et «/• frayante de la théologie , et par une suite inévitable^ des pasteurs et des autres ministres nécessaires pour la Conduite des paroisses et pour l'instruction des fidèles.
« Nous espérons que Sa Majesté daignera poser dans sa justice et dans sa bonté ces grands motife; qu'ello daignera considérer que c'est l'université elle-même qui ne demande aujourd'hui que de pouvoir se jeter à ses pieds , pour mettre sous ses yeux des réclamations qui paraissent, au premier coup d'œil, contraires à ses intérêts: Mais l'intérêt de la vérité j celui de la religion et du bien public, la conservation des droits d'un chacun, les droits si respectables surtout des évoques, et si intimement liés avec ceux de la religion , l'état de nos collèges et fondations : tous ces motifis doivent l'emporter nécessairement sur toute autre considériH tion , et l'université doit être juste et aimer la justio3 par-dessus toute autre chose.
« Qu'il nous soit encore permis, Messeigneurs , Aa^ jeter un coup d'œil rapide si]|r Thistoire des temps pas — ses. Nous y trouverons les séminaires épisoopaux établis en Italie et en Espagne dès le sixième et le sep tième siècle, et avant cette époque, en Afrique, di temps et sous la conduite d^n saint Augustin. L'oi verra qu'après qu'on eut, dans la suite, peu à peu n( gligé ces pieux et salutaires établissements; après qu'oi les eut , pour ainsi dire , perdus de vue vers la fin di onzième siècle ( lorsque les universités commencèren. à se faire un nom dans le monde littéraire ) , sous pr< texte d'envoyer les jeunes clercs aux écoles publiqu< ou à celles des monastères^ on a été obligé ensuite d'
DE l'univbrsité- db louvâin. 143
revenir. De grands hommes , tels qu'Ain cardinal Polus ea Angleterre , en 1556, et avant lui un Mathieu Giberli y ce grand et célèbre évâque de Vérone , les ont crusi nécessaires pour la restauration de la discipline ecclésiastique et celle du clergé, dont ils se sont occupés ftvep tant de succès ; le cardinal avait tracé lui-même UQ plan de ces établissements ; c'a été ce plan même que les Pères assemblés à Trente ont perfectionné , et b anquel ils ont mis la dernière main et donné la sanci tioD dans la XXIir session du concile , avec ordre de [ le mettre en exécution dans toute l'étendue de la catholicité.
I «Nous voyons après cela les évéques, tant épars qu-assemblés dans des conciles provinciaux, et notamment ceux des Pays-Bas, applaudir à Tenvi au décret du saint concile de Trente relatif à Tinstitut des séminaires; nous les voyons dans la suite se donner tous lee mouvements, toutes les peines imaginables pour en Uter l'exécution ; et on peut dire que les beaux éta- I)iis8ement8 qui en ont été le fruit dans ces provinces, i'ont été de deux siècles de soins et de travaux.
« Nous voyons le même institut regardé comme utile ot jugé digne d'encouragement par tous les dicastères de Sa Majesté , par toutes les cours supérieures et les ^jbqnaux.du pays; puisqu'aucun d'eux n'y a trouvé h moindre chose à opposer , et que toutes les observations quUls se sont permis de faire relativement à cet ^bjet se sont bornées à ce qui concernait nniqueme&t les moyens prescrits par le concile pour pourvoir au tenaporel et à la dotation de ces établissements.
« On remarque la même manière de voir et de penser ^iia les universités de Louvain et de Douai , soumises
144 fifiPftÉSBNTATION
pour lors à la mémo dominatioa : toates deux approiH vent hautement Ticistitut .des «émÎBjairœ> loin- d^ea prendre le moindre orainage.
<K Nous avons actueUement sou3 les yeux one letti^ très-énergique^ qut la faculté de théologie de Lonvain écrivit à ce sujet en 1374, le 28 de mars, au nonce apostolique Gaspar Groperrus^ où elle se plaint.vivement de ja lenteur de quelques évèques du pays à dcnn* ner une entière exécution .aux décrets dû concile de Trente relativement au jnéme institut.
ce On voit enfin un gouverneur général de ces pto^* vince^ , et le roi catholique lui-même , en presser Texdî CQtion. par. différentes lettres adressée!^ à GMieille JanséQÎQ^ évéqitô de Gand, et à Laurent Melsius, évé* que de Bois*le-Duc, et rçm^test forcé d'avouer ^ue Ta* tilité ^séminaires des évêqikùs a été reconnue* avec cette QiEiifîffîité de sentiments dt^B tous les ordres de l'État, qui 4e permet pas d'y soupçonner de l'erreur on dei la surpiiae» Cependant on ne manquait pas d-univers^^.-cjjpjgi.ce temps4à, non plus qu'aujourd'hui; celle 4e ïiOUvaui jouiseait même à cette époque de la plu$>bjBKite considération , principalement pour €6 qui r^gfyrde l'étude de la théologie; mais on croyait 1^ Ittâversités insuffisantes , comme elles le sont en effet, ^ sans le concours des séminaires particuliers, pour r^ent* plir tout le but de l'éducation ecclésiastique et d'un système d'enseignement propre à pourvoir à tous les besoins.
« Rien n'est plus facile que d'en découvrir la raison. Les universités ont été érigées, non pour effleurer, mais pour approfondir les sciences ; et pour ce qui regarde en particulier l'enseignement de la théologie, il
D£ l'université DB LOUVÂIN. 145
est certain qu'oa n'a pas uniquement en. vue d'y former ^ d'excellents et parfait» curés , ainsi que des mi^ nistres d'im ordre encore inférieur y mais aussi des pi^ats et des évéques ; en un mot , des sujets d^uu mérite supérieur, capaUes^ au besoin, d'être les défenseurs de la foi ; des docteurs assez éclairés et assez instruits pour, en former d'autres à leur tour, et pour soutenir avec éclat la saine doctrine contre les efforts de l'inc|*édulité et de l'hérésie ,> et de celle foule d'erreurs et d^ennemis qui ne cesseront de combattre l'Église de Jfésus-Christ jusqu'à la consommation des siècles. C'est ce qui se prouve évidemment par la bulle d'érection de la faculté de théologie de. Louvain même , et par la manière dont en parlent nos $érénis6im<% princes Albert et Isabelle^ idans le célèbre règlem^t.de la visite de l'an 1617, art- SO;
<K Conformément au but de ces princèai et cdui de l'institution de la faculté de théologie, le cours des études doit nécessairement être loag dans les universitéis^ . il a été d'abord k Louyaiji de neuf , et il est emmre aujourd'hui de sept ans, témoin l'artide 61 db la-^sitej qui est toujours en vigueur.
ce. Il n'est pas donné à tout le monde de suivre avec lEmit, et surtout avec un succès qui réponde à: la Ion* gueur du travail, un enseignement dirigé vers un but si relevé. Des esprits tout à fait médiocres y prétendraient inutilement; d'autres n'ont pas le temps , d'autres manquent de moyens pour en faire un 4i loog apprentissage; les besoins de l'Église, ceux des peuples , qui ne peuvent se passer en aucun temps d'un nombre déterminé de ministres et de pasteurs sabalternes, ae pourraient guère permettre non plus que
146 rbmontràkge
tOQft 1«3 élèves ftisgent a^ujetlis à subir de si longues épreuves, qui ne sont pas requises d'ailleurs pour faire de bons eurés , particulièrement au Plat*Pays. ^ OC' Il résulta de ces observations égalemrat inoontestables et simples, que si l'institut des universités^ c'està-dire de ces écoles publiques et générales dont les professeurs sonl spécialement chargés d'approfondir, de pénétrer, pour ainsi dire^ dans l'abime des sciences, est d^une utilité, d'une nécessité même indispensable, on' doit convenir en même temps que des écoles d'un Ordre inférieur, où l'enseignement est moins étendu, moins abstrait , et restreint aux seules connaissances requises pour pouvoir exercer avec fruit le ministère des âmes , ne sont pas moins nécessaires , surtout dans un pays cultivé comme celui-ci , où les campagnes «ont si peuplées, et où, par conséquent, le nombre des pi« roisses est si considérable.
(• Ces écoles , Messeigneurs , dans l'état actuel des choses, existent heureusement: ce sont les séminaires épiscopaux , qui remplissent avec le plus grand succès 1b but que nous venons dHndiquer. S'ils n'existaient pas, ces séminaires, on ne pourrait rien faire de mieux que leur donner naissance. Comment do^o a-t-on pu songer à les détruira? Et par quel moyen, par quel genres de Surprise est-on parvenu à le persuader à Sa Majesté? C'est ce qui nous paraît inconcevable^
« C'est bien en vain qu'on s'est imaginé qu'un certain nombre d'écoles ou de maisons d'instruction et d'éducation ecclésiastiques , éparses dans le pays , serait capable de nuire , soit à l'uniformité de la doc* trine, soit à la régularité des mœurs. L'expérience de deax siècles a précisément prouvé le contraire. Elle a
DE L*UNÏVERS1TÊ DE LOOVAÏN. 147
fait voir que ces établissemetits particuliers avaient servi , non-seulement à exciter et à entretenir Témnlatîon , qui est raiguillon et le nerf principal de toutes choses, ainsi que des sciences, mais' qu'en se surveillant les unes les autres , ces écoles avaient encore servi à conserver plus sûrement le dépôt sacré dé la foi et Pinvariable unité du dogme , que ne pourrait le faire, en aucun cas ni en aucun temps , une école unique et isolée.
« n pourrait même paraître dangereux: de confier ce dépôt , iavec Finstrttction générale et exclusive en matière de théologie , à un ôeulcorps , à une seule et unique école j puisque , après tout , il ne serait pas impos* sSile que le relâchement dans la morale y ou l'esprit d'erreur dans le dogme , vînt à s'emparer des professeurs; d'où le poison découlerait ensuite, avec une ikcilité et une rapidité étonnantes , dans tout un pays, sans aucun espoir , pour ainsi dire , de l'arrêter.
« On peut encore ajouter que toutes ces écoles particulières, les séminaires, en un mot, ne sont, dans le fond de la chose, qu'une émanation des universités. Ce sont autant de colonies que ces dernières , semblables en cela à une grande république , sont censées d'envoyer dans les pays circonvoisins. En effet , n'estce pas dans les universités que viennent se former ceux qui vont présider ensuite aux études des séminaires? N'est-ce pas la môme doctrine qu'ils en rapportent , pour la transmettre ensuite à leurs disciples ? Et les exemples des professeurs tirés d'ailleurs ne sontils pas infiniment rares?
<c Nous espérons que Sa Majesté se laissera toucher par des réflexions si propres à faire impression sur son
148 REMONTRÂNGE^DË L^UNIVÈRSITÉ DE LOUVÀIN.
•Mm
cœur magnanime et sur sa grande âme, également accessible à la vérité , et brûlante du désir de rendre les peuples heureux. Nous l'étions ,. hélas ! avant l'époque fatale des innovations sous le poids desquelles nous gémissons encore aujourd'hui. Nous ne demandons que d'être réintégrés dans Tétat d'où nous sommes déchqs. Qu'il plaise à Sa Majesté de rendre aux évéques l'entière liberté d'avoir chez eux leurs séminaires , qu'on a voulu transférer chez nous y quoique bien malgré nous ; mais qu'en revanche , elle daigne rendre à l'université ses anciens privilèges, et nommément celui de nomination , d'où dépend tout son lustre , et sans lequel on ne peut guère espérer ni émulation, ni éludes profondes, ni mérite éclatant à Louvain. C'est l'unique moyen de relever nos courages abattus , de faire renaître parmi nous ce calme tant désiré , cette sérénité d'esprit et cette vigueur d'âme si nécessaires pour faire fleurir les sciences.
« Hâtez ce moment si heureux pour nous , Messeigneursy par le nerf, par l'énergie de vos remontrances, dont nous espérons que vous daignerez accompagner ce mémoire, en le portant, comme nous vous en supplions, aux pieds du trône et sous les yeux de Sa Majesté. »
TRADTTMANSbORFF. 149