LETTRE HYPOCRITE DE TRAUTTMANSDORFF
représentations du 5 et du 8 décembre (l)» M distinguèrent le plus.
Mais combien fut amèrement et cruellement dégae la Belgique dans ses espérances! Les évéques^ malgré les iDstances réitérées du gouvernement, retardaient toujours d'envoyer leurs jeunes élèves à Louvain^se flattant que l'empereur aurait enfin égard aux récla* malions de la nation contre cet institut. Il ne devait pas en être ainsi : les illuminés de Bruxelles et de Vienne poussèrent l'empereur et le comte de Trautlmansdorff à une fatale et dernière mesuroi Ce ministre, maître dans Tart de la dissimulation, feignait n'avoir reçu aucune sérieuse réclamation contre le nouvel enseignement de la part de la nation et du clergé^ et jouait son rôle avec une apparente naïveté dont rien n'égale l'absurdité et le ridicule (2). C'est ainsi qu'il répondait astucieusement^ le 26 décembre, aux états de toutes les provinces : « L'empereur n'a pu voir qu'avec une extrême, sensibilité qu'en méconnaissant les vues salutaires qui ont dicté sa résolution poi)r l'établissement d'un séminaire général , on ait réclamé contre cet établissement au point de chercher des doutes et des dangers pour la religion, dans une institution qui , au contraire, n'a et ne pouvait avoir d'autre objet et d'autre ^ffet que le bien même et la pureté de cette sainte religion. Sa Majesté se plaît à croire que I9 nation éclairée ne se permet poiAt des inquiétudes aussi injurieuses à sa piété, et ne pouvant pas sacrifier le bien de la généralité à la faiblesse d^ ceux qui se
(1) Ree.XII, p. 11-39, et 54 à 131.
(2) Rec. XI, p. 58; Vœu, p. 215.
FOURBERIE D^ TRAUTTMAl^SDORFF. i35
sont laissé séduire par de fausses impressions,, elle croit encore plus de son obligation que de sa dignité de maintenir une institution ,qui intéresse si essentiellement le bien de TËglise et de la religion | en conséquence elle a ordonné que le séminaire général établi par redit du 16 octobre .1786 ait lieu à commencer du 15 janvier prochain, sur le pied prescrit par notre dépêche adressée à la faculté de théologie de Louyaia et aux évêques du pays, le 3 novembre, »
Et en effet, il enjoignit aux évêques , par une circulaire en date du même jour , d'envoyer leurs. élèves à Louvain pour l'époque fixée , en leur faisant observer, sans doute pour tranquilliser leur conscience, qu'ils pouvaient proposer, si bon leur semblait, quelques ecclésiastiques capables et possédant leur confiance pour les postes de recteur et vice-recteur de rétablissement, ainsi que le leur avait déjà artificieusement offert le comte de Murray. Afin de les tromper mieux encore, ce ministre leur fit entendre qu^on remplacerait le plan d'études du séminaire général de Louvain par celui qui servait de base au séminaire gépéral dePavie, plan que Ton disait avoir été formé, ce qui était un impudent mensonge , d'après les principes établis par saint Charles Borromée pour les séminaires épiscopaux en général. Ce nouveau plan n'était, au fond, autre que celui de Louvain; seulement les grossières impiétés de ce dernier avaient été cachées dans l'autre sous le voile du plus subtil jansénisme. Trauttmansdorff les exhortait, enfin, à communiquer ces dispositions aux supérieurs des divers ordres religieux, et terminait sa circulaire par ces paroles (1), qui contiennent la plus
(1) Rec. XII, p. 39. .
156 PLAINtES DU CARDINAL.
insultante dérision : <c Nous présumons trop bien de votre soumission personnelle aux volontés de Tempereur, pour ne pas en attendre que vous vous conformerez avec empressement et ponctualité à ce que noos venons de vous faire connaître de sa part , et que vous préviendrez , moyennant cela , les suites qu'une conduite contraire ne pourrait manquer d'entraîner au préjudice de la religion et de l'Etat mémo, puisque c'est de l'accomplissement des préalables> dont le rétablissement du séminaire général faisait une partie essentielle , que dépendent les effets de la déclaration du 21 septembre qui intéresse la nation entière. »
Dans une seconde circulaire, il envoie en effet aux évoques le plan d'études du séminaire général de Pavie, en leur inculquant Texécution exacte de sa première dépêche. « Comme, d'ailleurs, » c'est ainsi qu'il s'exprime avec sa ruse habituelle, « rien ne serait pins contraire aux instructions de Sa Majesté qu'un enseignement qui pourrait en la moindre chose blesser l'orthodoxie et la saine doctrine, elle ne pourra voir qu'avec une entière satisfaction que vous ayez constamment les yeux ouverts sur l'enseignement de la théologie à Louvain, et sur les livres qui seront prescrits comme classiques pour les différentes branches de cette science (1). »
Le cardinal ne tarda pas à exposer, avec la pins grande franchise , ses plaintes au sujet de ces dispositions entièrement inattendues , et sô rendit à cette fin , dès le jour suivant, à Bruxelles; mais tout demeura sans effet. Le ministre devait exécuter dans son entier
(1) Rec. XII, p. 43.
LETTRE DU CARDINAL. iUl
le projet de œs ennemis nouveaux de llÊgiise; et non cx)ntent d'avoir représenté oralement au cardinal Tiniispensable nécessité d'exécuter au plutôt l'édit de l'empereur au sujet de la réouverture du séminaire général, il l'engagea de plus par écrit, et le même jour, k s*y soumettre et à exhorter les évéques belges , ses ^uffragants , à agir d'une semblable manière, après les Y avoir excités par son exemple; d'autant plus que, lors de son voyage à Vienne, il l'avait, disait la lettre, 3uvertement et clairement promis à l'empereur (1).
Le cardinal , surpris de ce langage hautain du mi- [listre, lui répondit, le 29 décembre, une lettre remplie le dignité , dans laquelle il lui donnait des éclaircissements au sujet de la promesse prétendue qu'il devait avoir faite à Vienne à l'empereur Joseph (2).
« Je suis, » écrivait-il , « on ne peut pas plus sensible à l'intérêt personnel que Son Excellence veut bien prendre à la situation embarrassante dans laquelle me jette la malheureuse affaire du séminaire général.
« Personne n'est plus pénétré que moi de respect pour l'auguste personne de Sa Majesté , ni plus empressé à lui témoigner la plus parfaite soumission , et rien ne me cause une peine plus affreuse que lorsque les devoirs de ma conscience se trouvent en opposition avec ses volontés.
« Tel est malheureusement le cas dont il s'agit , et à Tégard duquel j'ai ouvert à Votre Excellence tout lion cœur dans le long entretien que j'ai eu avec elle
(2) Ree. XI, p. 45; Vœu, p. 22S,
♦S8 LETTRE DU CARMNAL.
jeudi dernier, airquel je ne saurais plus rien ajouter, sinon que mes principes ne sont aucunement conlnidictoires avec la déclaration que j'ai donnée i Vienne) et dont l'original, si je ne me trompe pas , se trouve au gouvernement de Bruxelles. Votre Excellence y aura pu voir que j'ai dit que j^étais coiti^aincu qu'ii est de mon dcifùir de me conformer à t exécution du ordres de Sa Majesté ^ et défaire tout ce qui est en moi afin que mon clergé et mes ouailles s^jr conf€^^ ment aifec respect et soumission. Et c'est ce que j'avais déjà exactement accompli lorsque les commissaires du gouvernement avaient supprimé tant de couvents dans mon diocèse; mais j'ai protesté bien positive ment et à plusieurs reprises, à Son Excellence M* le comte de Cobentzl et à M. de Lederer, que je ne pouvais d'aucune façon me charger de l'exécution: dé pareils ordres, ni les approuver^ ni y coopérer, comme je n'aurais jamais pu le faire à l'égard de la sup^ms* sion des couvents , des confréries, etc.
a En outre, je me suis réservé expressément, à la fia de ma déclaration , la voie de la représentatioA iléins tous les cas où Je croirais que le salut des âmes con-» fiées à mes soins se trou{>erait exposé à quelque dan* gerj contre les intentions de Sa Majestés Or^ ce danger du salut des âmes et de la r^igion même se trouve évidemment , do Taveu , non-seulement de tous les évêques, mais de tous les états dôs différentes provinces n dans cette concentration de la science de la religion dans une seule et unique école, fùt-elle la plus orth(v* doxe et la mieux composée ; puisque , si jamais (ce qui n'est que trop possible et aisé) l'erreur s'y introduisait dans renseignement, toute la source de la doc-
LETTRE DU GARDIMAL. Vtd
trine se trouverait tout à Mt infectée sans remède. Ce danger serait d'autant plus inévitable que, selon le plan du séoQinaire général , les évéques se trouveraient dépouillés du droit d'enseigner leur clergé par eux-mêmes ; droit qui est essentiel à l'épiscopat, que les évéques ont reçu du Saint-Esprit en qualité de successeurs des apôtres , qui est inhérent et inséparable de leur ministère, et lequel, étant inaliénable, il ne peut jamais leur être permis d'y renoncer, mais ils doivent le transmettre intact à leurs successeurs, comme ils Vxmt reçu.
a Votre Excellence voit par là que, conformément même à ma déclaration , je ne saurais cesser de faire à Sa Majesté les plus vives représentations sur des objets de cette importance, qui touchent aux devoirs essentids de l'épiscopat. - -
« D'ailleurs, outre l'impossibilité dans laquelle je me trouve, par toutes ces raisons, de pouvoir concourir directement ou indirectement à cet établissement, que tout le monde regarde avec raison comme du plus grand danger pour la religion et entièrement destructif des droits les plus précieux des évéques , ce concours même, s'il était possible , deviendrait tout à fait inutile, comme je Tai fait observer à Votre Excellence, par l'aversion générale que le clergé et le peuple en ont conçue, aversion qui est montée à un point que ceux qui voudraient leur persuader le contraire seraient regardés avec mépris comme des prévaricateurs , et perdraient à jamaid leur confiance. De sorte qu'il n'est pas dans mcm pouvoir d^obliger ou de persuader mes séminaristes de se rendre à Louvain ; et il est à prévoir que, si on les forçait jamais à sortir du séminaire,
ils se disperseraient tous chez leurs parents^ au risque de perdre leur établissement. »
Le cardinal exprimait au même ministre des sentiments semblables dans une seconde lettre du 1^ jttuvier 1788 (1) :
ff Lorsque 9 » disait-il, « j^ai proposé à Vienne, à Sa Majesté y quelques moyens pour rétablir la tMr fiancQ du puhllic à l'égard du séminaire général y h» circonstances étaient telles, que cette confiance paraissait encore possible; mais actuellement, par toute modification quelconque, on n'y parviendra plus jamais.
« D'ailleurs, j'ai été depuis si vivement frappé du danger effrayant d'une seule et unique école de théidogie ( danger que les droites et pieuses intentions de Sa Majesté ne pourront empêcher) , comme aussi de l'obligation indispensable dans laquelle je me trouve de soutenir et conserver les droits essentiels sur renseignement , émanés de Jésus-Christ même, et ceux de mon siège, conformément au serment que j'ai prêté àmoa sacre; de sorte que, malgré ma soumission à Sa Majesté, dont je ne me départirai jamais lorsqu'il ne s^agira pais d'observer la loi divine, il m'est absolument impossible de pouToir concourir, directement ou indirectement, à la suppression des séminaires épiscopaai et à l'établissement du séminaire général^ sans exposer la religion , blesser ma conscience , et me rendre coupable devant Dieu et devant toute l'Eglise catholique.
« Votre Excellence peut juger aisément de la peine que j'en ressens : mais le salut de mon âme avant tout. »
(1) Rec. XI, p. 47; Vœu, p. 228.
LETTRE DB l< ÉVÉQUE D ANVERS.
Les autres évéques répondirent clans le même SAtt;
« Ifa réponse , » écrivait l'évéque d'Angers le A, juin (l)y. « est et sera toujours^ Monseigneur (et Votre ExceHençeesttrop ju3te pournepasen agréer la respectueuse franchise) , qae j'ai donné et que je donnerai toute ma vie les preuves les moins équivoques de défépeoce, de soumission et de fidélité à mon souverain.
« Slais si, malheureusement^ il s'est présenté depuis peu quelques articles contre lesquels se sont élevées , surtout aux Pays-Bas , les représràtatiouB les pius re^ pectueuses et en même tempa^Ies: plus constantes^ non^ seulement des évéques, mais de tous les ordres des dtoyensy ainsi que des États assemblés des provinces; s-'iLy en a un surtout , celui du séminaire général, qui pan^t aux yeux lès moins prévenus être destructif du clergé régulier et séculier, et ôter aux évéques jon droit inaliénable, droit qui consiste à être les premiers instructeurs et docteurs de leur clergé; si cet article parait contraire au pacte solennel et aux serments faits* par le souverain ainsi que par ses sujets ; est^^ une désobéissance^ Monseigneur, est-ce une chose.qui . . ' mérite la moindre qualification. sinistre, que d^ivp^. poser les seules armes de la soumission, (djos prières constantes et des représentations respectueuses ?
■ €c ï)ieu m'a préservé et me préservera encore, j'espère , d'en opposer jamais d'autres. Mais lorsque certains ordres seraient cojitraires à ma persuasion intime et au cri de ma conscience, lorsque leur exécution me serait d'ailleurs moralement et physiquement impossible (impossibilité que je n'alléguerai jamais sans
( I ) Rec. XI, p. 49 ; Vœu, p. 280.
i68 AVIS DOCTRINAL
la prouver) , Sa Majesté et Son Excellence sont trop justes pour me faire un crime de ne pas y coopérer. »
Le même évéque fait observer encore à Trauitmans* dorff qu'étant habitué à prendra, dans toutes les af* faires importantes^ l'avis de son chapitre, il ne pouvait se dispenser d'en agir ainsi dans le cas présent» oh il s'agissait des libertés et des droits de son église oftthédrale, au sujet du séminaire général; qu'il communiquerait ensuite au ministre le résultat de cette consultation i et que cette mesure pourrait prouver à ce dernier combien Sa Grandeur avait, dans cette droonstance, dépouillé tout esprit de parti, et était éloignée de l'obstination qu'on lui imputait si à tort.
Le cardinal avait été le premier à ouvrir celte voie si sage, et s'était adressé déjà, dans cette occurrence, à son chapitre métropolitain. L'importance- de la oaun exige que nous donnions, ici quelques, ex traita de Tavis doctrinal que le chapitre de Malines présenta aucar^ dinal , en date du 4 janvier. Les auteurs de cet avis, après avoir rappelé au cardinal les représentations qu'ils lui avaient déjà soumises en général dans laur mémoire du âS juin de Tannée précédente , lui donnent ensuite de nouveaux développements en; ces termes (1) :
ctL Nous sommes fermement persuadés qu'il n'est pas dans le pouvoir de Votre Ëminence d'aliéner le droit qu^elle a reçu de Jésus-Christ d'enseigner les fidèles confiés à ses soins, et d'avoir sous sa dépendance complète, quant à l'enseignement, ceux qu'elle corn* met pour la suppléer dans cette importante fonction,
yl) Ikc. XI, p. 52-60 ; Vœu, 228-243.
DU CHAPITRE AE llii.lME8* 163
dans rimpossibilité où se troure un évéqae d'ins* traire par lui-même touted les ouailles de l-ample dio» oàse auquel il est préposé. Jésus-Christ^ ayant étaUl les é^^éques pour gouveraer son Église , leur dOuna^itens la personne des apôtres dont ils sont les suooesseur»^ le plein pouvoir d'enseigner ce qu*il leur avait appris : le grand ap6tre saint Paul leur recommanda ekpres^ sèment de veiller à la doctrine avèo la même sollidr' tude qu'ils doivent avoir sur leur propre conduite : Attende tibi et doctrinm, et de conserver, avec la plus grande attention, le dépôt sacré de la saine doctrine f O TinmikeSy deposiium custodii Mais si Ton ôte aux évéques le pouvoir d'enseigner par eux-mêmes les su*' jets qu'ils destinent au saint ministère , ou de choisir et d'avœr sous leurs ordres les personnes qui le font en leur nom, on trouble les évéques dans radcômpliêh séAëntdé leurs devoirs les plus indispensables; et on les oblige conséquemment à renoncer aux droits inhé- ' rènts à l'épisûopat, droits aussi inaliénables et impres-» cripl3)les que la Teligibn et la constitution de l'Église cMbolique sont elies-inémes invariables; droits à la conservation desquels les évéques- se sont encore engagés par le serment le plus solennel qu-ili; ont prêté lofs de leur Sacre et lôrs de la prise de possession dé leurs ^lises.
«TI. L'évêque est encore obligé trèâ-étroîtement Savoir son plein apaisement sUr les principes dé doctrine, et sur la conduite de ceux auxquels ir impose tes mains; Manus nemini cito impo$Ueris j eX sur lesquels il se décharge ensuite en partie des soins pénibles et étendus de son diocèse, en les envoyant prêcher rÊvangile, administrer les sacrements et remplir les autres de-
i64 XVIS DOCTllIKAL
voirs du soin de& âmes : mais s'il ne lui est plus libre d^avoir soos ses yeux eeux qu'il prépare à ces saintes foûctionSy 4e les coanaitre à fond, et déjuger par loimême da leur caractère, de leur, conduite^ de lears progrès et de leurs talents, il lui devient impossible de se reposer sur des sujets dont il ignore Tidonéité à remplir un ministère si redoutable et qui exige des qualités si émiqentes.
^ «Or, cela arriverait incontestablement en empôduuit les évéques de faire instruire les candidat^ du saeer^ doce chrétien dans leurs séminaires établis sous lepis yeux, et en les obligeant à les renvoyer au séminaire général de Louvain} et ainsi on. leur ôterait le moyen le. plus propre de les instruire et de les diriger, moyen employé de tout temps dans TEgiise de JésusrCfarist, mais rétabli particulièremiant et porté à une grande perfection par le concile de Trente, qui veut expressér ment que le séminaire épiscopal soit établi près de l'église cathédrale j moyen mis ensuite en viguenr dans ces pays par les synodes provinciaux et diocésains, dont les dispositions ont toujours été protégées et maintenues par nçs princes.
« Ainsi voyons-nous que ^'illustre et saint restaurateur delà discipline ecclésiastique, selon les décrets du. concile de Trente, le grand Charles Borromée a d'abord établi dans la ville métropolitaine de son diocèse un séminaire qui devait servir de modèlç aux autres séminaires qu'il voulut qu'on établit dans les villes épiscopales de sa province ecclésiastique : et ces séminaires, conformément au concile de Trente, dépendaient entièrement de leurs évéques respectifs ; et saint Charles leur recommanda bien expressément, en leur
DU CHAPlTftfi «E HALITCES. {6$
rappelant ce couciie, de se souvenir que le soin d'administrer et de bien gouverner les séminaires leur est imposé y et qu'en conséquence ils sont tei^us trèa^ étroitement de les surveiller avec la diligence la plus ponctuelle.
« Ed efTet, qu'y a-t-il de plus naturel et de plus couformer à la droite raison , que Tévôque préside luimême À Téducation de ceux qa'il engendre à Jésus- Christ d^une manière toute particulière, et qui sont ainsi par excellence ses enfants spirituels ? et s^il y aurait de rinjustice de vouloir soustraire indistinctement tous les enfants à Téducation que leurs parents voudraient leur donner par eux-wémes ou par d'autres, sous leurs yeux, sous prétexte de leur en procurer une plus parfiVtOj que dira-t-on, en voyant, sous le même prétexte; arracher du sein des évéques et confier à. des nuûns étrangères leurs jeunes clercs, l'espoir le plus précieux de la propagation et du maintien de TÉglise de. Jésus- Christ dans leur diocèse pour l'avenir ? .
« Outre ces raisons qui regardent plus directement le droit incontestable qu'ont les évéques de présider à l'enseignement et à Téducatioa de leur clergé, nous avons les motifs les plus pressants de supplier Votre Éminence d'exposer à Sa Majesté le danger auquel la pureté delà doctrine serait exposée, si tous les élèves du clergé étaient obligés de puiser leurs principes dans une seule et unique source qu*on propose : car, ^ans parler du défaut de mission, qui se rencontre dans le. directeur et dans les professeurs de la théologie, et de l'impuissance^ ou, si l'on veut, de la difficulté presque ineurmon table, dans les évéques, de veiller efficacement à la pureté et à l'orthodoxie de la doctrine, et de re-
466 AVt« DOCTRINAL
dresser ce qui pourrait s'y glisser de oontrairB, on n^écartera jamais le péril qu^on y court, de voir infecter tout le pays de l'hérésie, ou de principes per* vers, si malheureusement l'erreur s'y introduisait: pour lors on verrait bientôt tout le Pays-Bas empoisonné par ce souffle contagieux, sans qu'il y eût moyen d'en arrêter le progrès ni la malignité; la pépinièrd entière du saint ministère étant pénétrée de ce leivaia destructeur, la corruption s'en répandrait bientôt dans tout le pays ! la grandeur de ce danger a été exposée avec tant de clarté et d'énergie dans la célèbre représentation du conseil de Flandre contre Tédit du séminaire général, que nous croyons devoir eh rappeler à Votre Éminence le passage dans son entier, et le citer ici en note. Et qu'on ne nous dise pas qu'on a écarté ce danger, en accordant aux évéques l'inspection sw la doctrine : en supposant même qu'on leur promette sur ce point toute la liberté et tout le pouvoir qu'ils sont en droit de prétendre, que feront-ils, les évéques, daifs le cas où quelque professeur enseignerait non des hérésies ouvertes, mais seulement des pï^oposifions suspectes dont on peut former les systèmes les plos absurdes et les plus pernicieux ? Les auteurs de ces erreurs soutiendront opiniâtrement que telle propositiOB, tel poiift, n'est pas article de foi, qu'on le peut soute* nir "sans danger ; et ils trouveront des partisans auprès du prince, dont ils surprendront la religion : on Imposera 'silence aux évéques, et Terreur continuera im« puhément de se répandre, et, après avoir côr^mpu le clei^é, se communiquera à toute l'Église Belgique.
of Nous ne toucherons pas ici, Monseigneur, ledatiger auquel serait exposée une nombreuse jeunesse raseem-
DU CHAPITRE 0E MÀLINES. 467
blée SOUS un même toit 2 l'eicpérience démontre tous les jours les inconvénients de pareils établissements, tant pour le physique que pour le moral : qu^une ma-* ladie contagieuse pénètre dans le séminaire général^ qu'un vice s'y introduise et fasse quelques progrès, TOtlà toute la pépinière du clergé exposée aux ravages d'une mortalité ou d'une corruption, voilà la religion dans le péril le plus imminent de se voir privée dQ ministres, ou d'en recevoir de corrompus.
^ rNon, Monseigneur, il n'est pas possible de croire qu'on ait mis sous les yeux de Sa Majesté Tempereur oes^ remontrances aussi énergiques que respectueuses qoe Votre Éminence et messeigneurs les évéques dtt pays, -de même que messeigneurs les membres des états de la Belgique, l'université de Louvain, le con* seil de Flandre , les théologiens même de Fa plupart des séminaires, lui ont adressées contre un établissement absolument destructif du clergé séculier et régulier de ces provinces, contraire aux droits les plus m«> contestables des évêques et des particuliers, et qui exposera tôt ou tard au danger de perdre la religion catholique un pays où cette précieuse religion règne par conviction et par sentiment plus que partout air*« leurs ; il n'est pas possible, disons^nous, que Sa Ma^» jesté art vu les raisotis péremptoires qui ont alarmé toutes les personnes sages qui sont -à même d^en pré* voir les suites, et qui aiment assez la religion pour enconcevoir toute la crainte •: nous sommes trop convaincus de Tamour et de l'attachement de notre auguste souverain pour la religion catholique, pour croire qu'il aurait pesé ces raisons sans en avoir été touché; et tout nous engage é penser que les grandes afPaires qui de^
i68 ^ AVIS DOGTRINiL-
mandent maiDteDant toute l'attention de Sa Majesté, Qe lui auront pas laissé le loisir nécessaire d'examiner la force des motifs de nos justes alarmes, et nous prionè Votre Éminence d'employer ses bons of&ces auprès de Son Excellence le comte de TrauttmansdorfFpour qu'elle daigne appuyer nos raisons auprès de notre auguste souverain : nous ne doutons pas^ d'après la conûance que Sa Majesté a placée à juste titre dans la sagesse et dans les lumières de ce digne ministre, et diaprés Taffection que Son Éminence témoigne pour le bonheur de notre pays et pour la conservation de notre précieuse religion, qui en fait la base; nous ne doutons pas, disons-nous, que Sa Majesté ne reconnaisse la justice de nos réclamations, et ne confirme aux évoques et au clergé la jouissance paisible et complète déleurt droits les plus sacrés et les plus essentiels.
(f. Nous ne pouvons encore nous persuader que Sa Majesté continuerait de considérer le rétablisË^ement do séminaire général comme faisant partie des préalables, si. elle avait vu les représentations qu'on lui a adressées sur cette matière. L'existence d^un tel séminaire n'en peut faire l'objet, puisqu'elle est diamétralement opposée à l'autorité des évéques, qu'elle tend à leur ôter une des prérogatives tes plus inséparables de leur dignité, qu'ils ont, de droit divin, d'enseigner et de faire enseigner toutes leurs ouailles : les évéques ne pouvant renoncer à ce droit, personne ne peut les y contraindre, et nulle crainte des calamités qui pourraient résulter de leur refus ne doit et ne peut le» y faire consentir. D'ailleurs, les séminaires épiscopaux érigés près des églises cathédrales, ayant été approuvés par les souverains, sont des établissements légaux, Qt jouis-
DU GHApmiE D^Ai^yns. 169
sent conséqu^nment^ aussi bien que tout autre établissement ou propriété quelconque^ de la prolectionde Sa Majesté, de lar protection des loi& et de la garantie de la-eoQStitution.
' « Tel est, Monseigneur, l'avis de votre chapitre métropolitain, que vous avez cru devoir consulter sur un objet que nous envisageons tous comme de la dernière conséquence, pour la conservation de la religion catholique, apostolique et romaine, dans les Pays-Bas.
. «En qualité de sénat de votre église (selon Téxpressioa du concile de Trente), et conséquenUment le cl6rgé de votre diocèse, nous nous sommes crus obligés, Mon^igneur, de vous déclarer, ingénument et aveé firapchise, que nous croyons qu'il y a, nous ne disons p«s des inconvénients,. mais une impossibilité parfaite 4'étdblir légalement, et sans les suites les pkis fâcheu-» QBBj le séminaire général, qui entratnera immanqua-^ blement avec lui la raine complète du clergé, et conséquemment de l'instruclion chrétienne, de l'administration des sacrements, et, en un mot, de^ notre sainte rdigion^ du maintien de Jaquelle nous sommes, après lès évoques, les premiers comptables. » ^
Le chapitre de la cathédrale d'Anvers s'exprime à ce sujet d'une manière non moins éloquente, et peutêtre plus énergique encore, <lans son avis doctrinal du 5 janvier (1) : << Pénétrés du respect le plus profond^ » c'est ainsi qu'il parle dans le préambule de cette pièce remarquable, « et de la plus haute vénération pour notre auguste maître et souverain, dont nous nous fai^ sons, honneur et gloire d'être les très-^dèles sujets ;
(1) R6C. XI^ f. 61, 76 ; Vœu, p» 248-262.
176 AVIS ou CHIPITRB d'àNTSKS.
saûdibles, d'autre part^ aa devoir sacré de notre miditère, qui exige une franchise loyale et mesurée^ sortOQl dans les circonstances où l'évéque nous honore de sa confiance, et nous demande notre opinion dans des cas. embarrassants ; nous protestons, Monseigneur, et protestons devant Dieu , que nos déclarations ^ fhiits de la réflexion et de la méditation , n'auront d'autM but que la vérité , d'autre guide que la droiture, ni d'autre principe que celui que nous tenons de la vé*. rite même : Reddite ergo quœ sunt CsasàrU Cmùriy ei quœ sunt Dei Deo.
«En conséquence, nous avons l'honneur de ^otu dire : que nous avons principalement fixé notre attention sur trois objets, sur la nature desquels doit po^ ter l'avis que vous nous avez demandé^, et que nom sommes obligés, en notre qualité et en vertu dn* ocmcile de Trente, de vous donner, lorsque vous trouve^ rez bon de l'exiger.
« Ces objets sont :
« 1^ Le séminaire général considéré en lui-même.
ff 2° Les séminaires épiscopaux tels qu'ils «ont datte nos provinces.
a 8° Le pouvoir et le devoir des évéques en cette matière. » - -
Après avoir démontré avec une grande force de raisonnement la perversité de cet institut sous ce triple point de vue, ils continuent en ces termes :
(( Ce séminaire général a d^'à donné une preuve de faitde son insuffisance, et il ne faudrait qu^une Seconde scène semblable à la première pour ruiner pour un siècle et davantage tout le clergé tant régulier que séculier, et môme pour achever la ruine totale de nos
$UPPUQUE LES ÉLÈysa. 171
premières études , qui déjà dépérissent à vue d'œil. . a Le séminaire général ^ avant spn établissement ^^ et lorsqu^il n'existait encore que sur le papier , a fait trembler tous les évéques^ tous les supérieurs des ordres religieux , tout bon ecclésiastique , et le peuple inéme : un des nombreuse motifs de leurs alarmes était que ce séminaire dépendrait entièrement ou principa«lement de la puissance séculière , tant pour le choix des préposés et des surveillants, que pour celui des professeurs, xf
Mais p<9rsonne n'opposa une plus énergiqi^e résistance à Touverture du séminaire général que les sémi-» paristes eux-mêmes; et c'était bien légitimement , à coup ^ùr^ puisqu'ils avaient déjà fait persoimellement la triste expérience du mauvais esprit qui y régnait. Les élèves de tousies séminaires épiscopaux protesté* rent donc hautement , et, les larmes aux yeux, eoi\ju«* rèrent, leurs évéques de leur épargner la honte dJun retour dans cette école de corruption. La supplique que les élèves de l'ancienne université de Louyain, au nombre de deux cents, présentèrent, le 8 janvier , au cardinal leur pasteur , est extrêmement touchante*. La voici dans son intégrité (1) :
ce Monseigneur, si jamais nous avons été obligés de nous jeter dans le sein de votre, sollicitude pastorale, c'est assurément dans le moment où nous courons viê^ que d*y être à jamais soustraits, pour être livrés^ bélasJ au danger de Terreur et du schisme. Nous sommes nîenacés d'une verge de fer qui est entre les mains de ceux dont Je ministère incompétent ne formerait jamais
(f) Bec. XI, p. 77; Vœn, p. «62-î6d.^ ^