‹ Jean Henri comte de Frankenberg, cardinal archevêque de Malines ... et sa lutte pour la libertéChapitre 26 sur 58 · SUPPLIQUE DES ÉLÈVES · texte numérisé non relu

SUPPLIQUE DES ÉLÈVES

qu'uD clergé intrus et de nulle considération. La fer* meté et là sagesse avec lesquelles Votre Éminence a écarté jusqu'ici le système destructif de ses droits et de nos espérances , nous dispense de développer les raisouB invincibles que les pasteurâ de TÉglise de Belgique, les états des différentes provinces v les candidats du sacerdoce^ tous les ordres de citoyens, ont oppk)8ées, dans le cours d'une année entière, au projet de notre dégradation et de notre ruine. Tout Ce que nou& pourrions dire encore aujourd'hui n'ajouterait rien àlâ f6ro& du raisonaenient ni à l'énergie des remontrances, qui, selon la confiance générale , devaient -arracher à la puissance civile l'aveu de la nullité de ses dispositioiis en matière de religion, de hiérarchie, de discipline ee^ clésiastique. Notre démarche d'aujourd'hui, que te seatiment du devoir bous prescrit^ n'est que l'expressidii de la plus entière adhésion dé vos candidats à tout -ce que la dignité épiscopale et lô zèle de la maison de Dieu ont inspiré à Votre Éminence pour la conservation de la doctrine catholique dans ce pays, et pour le maintien de la bonne discipline, par l'influence mimé« diate et exclusive des pasteurs légitimes à qui Jésus- Christ a confié l'économie de son Église.

« Cependant, intimidés derechef par le bras de" l'autorité civile, effrayés par les bruits les plus sinistres et les mesures les plus alarmantes, consternés par les ordres les plus urgents qui viennent : d'affliger encore tout récemment la religion des évéqnes et de nôtre université ; persuadés, en un mot, qud tout cda n'est que le prélude d'une persécution éclataote qui tend à éteindre les sentiments de conscience et de religion, nous ne pouvons pas nous.borner à une simple

DE L UmVERSlTÉ DE LOUVAJN. 173

adhésion auK principes inaltérables de^ Votre Émi-r uenee.

. « Instraits, nous osons le dire, dans réoolë du Sain^ E^rit, dociles aux impulsions de ce^nsaHre de nos cœurs, redoutant bien plus de tomber entre Jes mains, du Dieu vivant que d'être exposés à Tanimad version du pouvoir arbitraire des hqmmes ,,noujS voqi$ décia^ rons, illustre prélat, comme à notre père etau premier pasteur de l'Église Belgique :

<^ Que jamais nous ne nous soustrairons, en aucune manière ni par aucun mptif , à la subordination où Dieu nous a placés j

ff Que jamais nous ne coopérerons> directement ni indirectement, à l'établissement d'yme école profane, trop connue sous le nom do sénxinaire général ; établissement que nous regardons qpmme la pertp de la jeunesse de Belgique, comme. un objet d'affliction et de scandale pour les nations catholiques , comme un moyen de corruption et d'égarement pour I^ généra-^ tioas futures;.

«Que, suf&samment prévenus contre la .séduction par le triste souvenir d'un enseignement hétérodoxe et d'une discipline bizarre . et odieuse^ qui ont flétri le nouvel établissement dans le court espace où il était substitué par voie de fait à quelques écoles épiscopales,, nous renonçons de grand cœur à tous les avan^ tage9 temporels de l'état auquel nous nous, sommes destinés , si nous ne pouvons y vivre avec la dignité et la liberté que le cqlte dès autels exige, ni y entrer avec l'esprit de TÉglise^ qui. est celui de Jésus-Christ;

a Que nous attendons avec patience et résignation les rigueurs quelconques par lesquelles on voudrait

174 LXTTRB DE FRAMKEIfBERG.

mettre à Tépreave notre religion et notre constance.

« Notre unique sollicitude est de prier Dieu, Taiiteiir de notre lumière, de ne point permettre qu^aucnn de nos frères s*écarte des principes qui opèrent en nons une si intime conviction , et devienne enfant rebelle à l'Église.

a Nous VOUS supplions , Monseigneur , de donner votre bénédiction à cette portion chérie de votre troupeau, qui s^unit aujourd'hui - d'esprit et de cœur à Votre Ëminence par un nouvel élan de <»)nfiance et d'amour filial, bénissant la Providence qui vdns a confié les intérêts de TÉglise dans un temps si calamiteux, et si propre à attiser le zèle dont vous brûlez pour la cause de Dieu. »

Trauttmansdorff ne se laissa pas émouvoir^ar la no* ble conduite du cardinal , et, toujours poursuivi de la pensée que celui-ci était f unique auteur du mécontentement universel de la nation , il Taccusa , daiis une dépêche émanée ^au nom de l'empereur le 17 janvier 1788, de désobéissance et de rébellion contre tes ordres ^e son souverain. Le digne prélat protesta haatement contre cette imputation odieuse par laquelle on cherchait à Tavilir aux yeux de TÉglise et dû pays, et s'en plaignit dès le jour suivant, en ces fermes, à Tempereur lui-même (1) :

c Sire, » lui dit-il, ^f je vois avec la plus vive douleur que Y. M. me regarde comme réfractaire et désobéissant à ses ordres, taudis que je ne m'y stais jamais opposé qu'en prenant la respectueuse liberté de représenter à Votre Majesté que les devoirs de l'épiscopat,

(1) Rec. XI, p. 84.

MESUM» AWITaAIiU» DU GOUVSKKBMENT. 175

les droits de mon siège et la r^igion du serment ine mettaient dans rimpoasibilité absolue de pouvoir concourir à rétablissement du séminaire g^ëral^t)H^eD outre un précepte divin positif oblige tous les évoques à enseigner la science de la religion^ en vertu de ces paroles remarquables de Jésus-Christ adressées aux apôtres et à leurs successeurs (Matth., cbap. 28)^ « JDaia €St mihi omms potestas in coglo et in iemié^ Euntes ergo dccete omnes gente^^ baptizanies eos in nomme Patris, et Filii, et Spiritus Saacti : docentes. eQ$ servare omnia quœcumque nmndai^i vobi^^ » Bréoepte appuyé de toute la puissance du Fils de Dieu, et trop clair pour que je puisse en aucun temps cesser^ (te le^ remplir. Je ne me persuaderai donc jamais que Votre Majesté veuille regarder l'impossibilité de mon concours au séminaire général conmie une opposition à ses ordres, croyant avoir, par toutes mesdémardies^* rendu à César ce qui est à César, et me tronyant maintenant dans Tindispensable obligation de rendre à Dieu ce qui jest à Dieu. )>

Cependant le gouvernement faisait toujours de nouveaux empiétements « Par un décret en date du 21 janvier , il défendit au cardinal,- sous peine d^encourir une amende de mille écus (environ 5,000 francs), de faire enseigner la théologie dans son séminanre ; et aux professeurs de donner des leçons soit"^ publiques, soit privées, sous peine d'une amende decinquante écus. Mais ce courageux prince de l'Église ne se laissa point moore intimider par ce nouvel acte de^ violence ^ et envoya au gouvernement, dès le jour suivant^ une protestation solennelle contre ce décret, en demandant qu'on lui fit connaître les motifs qui avaient autorisé à le publier.

176 NOBLE . GONBUITE DE FRâHEENBEUG.

.^ Le ^uvûrneinent se flattant de ^^voif échapper À cette demande gênante pap un prudent BÎlenpe, le- cardinal protesta^ de nouveau^ le 23 jftnvier^ contre cette condaitô illégale et inique, et fit, outre la dâmande qu'il avait déjà adressée, celle qu^on lui envoyât les actes du procès instruit contre sa personne^ afin de pouvoir se justifier,, ainsi que tout autre citoyen en avait le.^rolt. Il déclarait encore que le susdit décret était nul dans sa forme , qu^il n^avait^ été obtenu que par la fourberie et le mensonge, et qu'il serait;;' de plus, inexécutable jusqu'au moment où lui, cardinal , serait^ — ce qm était impossible, --^dépouillé de sa (ligaité, et qu'en conséquence il ne pourrait ni se soumettre à ce décret, ni le faire exécuter par les autres. Il déclarait enfin, devant Die% et en face du monde entier, que cet édit injuste «erait le principe et la source de eonséo quences désastreuses, dont il ne pouvait pas accepter la responsabilité. . ' v ■' ^ .■ '

Le gouvernement , comme s'il eût été honteux des violences qu'il avait exercées, se taisant encoréi le ordinal renouvela sa protestation (1) pour la troisième fois, repoussant d'avance toute interprétationi^inistre de m conduite : <c Au reste, » ajoutait-il, a: je a'aiqne cette alternative^ d'obéir à Dieu ou aux hommes dans la cause de Dieu, et je marcherai d^un piedfern^e, assuré d^un saufrconduit. »

Cette noble conduite de Frankenber^ lui avait con-^ cilié Tadmiration universelle, et il se vit d^e tous c6t& s«dué par des adresses de félicitation, dans lesquelles on lui prodiguait les plus touchantes marques de. reconnaissance.

(1) Bec. XI, p. 84-90.

FAIBLESSE DE l'ÉVÉQUE DE GAND. 177

« C'est avec le plus profond respect, » lui écrivaient entre autres, le V^ février, tous les théologiens de son archidiocèse, « que nous osons vous exprimer la joie pure et le parfait contentement dont nous sommes remplis en voyant que, malgré les ruses continuelles que l'enfer ne cesse de faire jouer contre Votre Éminence, vous lui opposez une force et une magnanimité invincibles. C'est ici vraiment qu'on peut appliquer ce que Jésus-Christ disait autrefois à ses apôtres : « Je vous donnerai une sagesse à laquelle aucun de vos adversaires ne pourra résister... Ce ne sera pas vous qui parlerez, ce sera l'Esprit-Saint qui parlera par votre bouche.... Un seul cheveu ne tombera pas de votre tête. » Ayons donc de la foi comme les montagnes de Dieu, dont parle TÉcriture sainte, et le Dieu de toute miséricorde saura dissiper en son temps l'ouvrage de l'ennemi infernal ; il nous conservera notre pasteur, il nous conservera par lui. Il ne permettra pas, Monseigneur, que les soins dont Dieu même vous a chargé sous le précepte le plus grave, vous soient ôtés, pour être confiés à des hommes mercenaires, sans caractère, sans mission, qui ne viennent que pour saccager le bercail, l'anéantir, ôter à l'Église son autorité, et donner à la puissance séculière la suprématie la plus complète (1). »

L'évêque de Gand fut le seul à fléchir dans cette V sainte lutte , mais par faiblesse et par condescendance envers le pouvoir, plutôt que par défaut de zèle et par manque de connaissance des dangers que devait faire courir à l'Ëglise la fondation du séminaire général. Il

(1) Rec. XI, p. 99.

178 APflS3SB DES ]6TAT3 W FI^AMDRP»

ordopqa 0a effet, le 14 janvier, à ses élèves , de se rendre à Louvain , conformément à la vglonté impériale. Mais ceux-ci, dans leur juste effroi, s'adressèrent, le 17 janvier, directement aux états de Flandre ^ en les suppliant d'obtenir de leur évéque qu'il consentit à retirer cet ordre. Le digne prélat, édifié de la piété de ces élèves, condescendit à leur désir, et supprima son décret dès le 22 du même mois, exprimant en méine temps la vivacité du regret qu'il éprouvait d^avoir donné lieu, sans le vouloir, à une fâicheuse interpréta*» tion de ses sentiments (1).

Les états de Flandre, consternés de cette concession de Tévêque de Gand , renouvelèrent à l'empereur, le 29 janvier, de la manière la plus énergique, leurs représentations (2) non-seulement contre toutes les or^ donnances émanées du comte de TrauttmansdorfT, mais encore contre toute velléité de rétablissement du séminaire général. Ils vont jusqu'à lui annoncer nettement, dans cet acte, que Texécution forcée de ces ordres, étant une violation ouverte de la promesse jurée, mettrait sans doute un terme à sa domination en Belgiqoe. Les membres du haut conseil de Flandre donnent à Tempereur le même et salutaire avertissement le 19 février de cette même année, en lui disant, entre autres choses (3) :

<c Abstraction faite des termes dans lesquels se trouve la nouvelle organisation du séminaire général, il est au moins certain que la résistance qu'on y oppose partout est devenue une affaire de conviction : les

(1) Rec. XI9 p. 89 et sttiv. ; Y osa, p. 269.

(2) Rec. XII, p. 174,

(3) Rec. XII, p. 185.

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