LETTRE DU RECTEUR
doctrine, de manière à en conserver toute la pureté, et à prévenir toute espèce de censure et de critique, achèvera le rétour universel à la plus parfaite confiance dans les dispositions de S. M. pour l'établissement du séminaire général, et confondra ceux qui auront osé lui supposer des vues qui tendraient à altérer la religion, ou à empiéter sur les droits essentiellement attachés à l'épiscopat ; et nous espérons qu'en conséquence vous vous empresserez à vous conformer avec confiance et soumission aux ordres de Sa Majesté , relatifs audit établissement. »
Le nouveau recteur, dont on prônait tant les grandes qualités, n'eut pas honte d'annoncer sa nomination au cardinal par une lettre en date du 13 avril, dans laquelle il prétendait que son propre évéque l'avait engagé à accepter cette dignité ; ajoutant avec une rare hypocrisie qu'il avait fait tous ses efforts pour écarter de lui cette impériale faveur, mais que, cédant aux prières d^amis éclairés et aux instances réitérées du gouvernement, il avait enfin consenti, à cause de l'amour sincère qu'il ressentait pour la religion et le bien de l'État ; et qu'il l'avait fait d'autant plus volontiers qu'on l'avait pleinement rassuré sur la pureté des intentions de S. M. l'empereur et sur leur conformité à la foi catholique romaine, et que le calme et la pacification des provinces belges, ainsi que Thonneur de S. M., dépendaient de son propre acquiescement.
Dans son langage mystico-janséniste il ajoute (1) : «Ma grande consolation serait que Votre Éminence, approuvant le choix qu'on a fait , me donnerait Taisance de
(1) Rec. XIII, p. 284.
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me diriger par ses conseils , et de suivre en tonte occasion les routes qu^elle daignerait me prescrire pour l'honneur de notre saint état et les avantages de notre sainte religion.
(c Je ne doute point qu'on me noircira, et on mHm« putera plusieurs choses tout à fait éloignées de moa cœur ; mais faisant réflexion à la pureté de mes vues, et à ce que Notre-Seigneur a souffert pour nous , je n'opposerai à tout que le silence, la patience, et la d^ rite pour ceux qui me persécuteront, ainsi que noQ8 apprend notre divin maître. Puisse le Ciel inspirer à Votre Éminence de me soutenir par ses directions 1 je vivrai content, attendant avec confiance les jugemœto de* Dieu, »
Mais le cardinal, qui lisait dans son cœur au travers du masque de son hypocrisie , lui répondit dès le jour suivant ce peu de paroles (1) : a Je ne saurais donn^ d'autre réponse à votre lettre, sinon de vous ipformer que j'ai déclaré déjà plusieurs fois à S. E. 'monsieur le ministre, aussi bien de bouche que par écrit, quQ les devoirs de mon ministère, les droits les plus essentiels du premier épiscopat et ceux de mon siège , enfin la religion du serment, ne me permettent pas de concourir ni directement ni indirectement à l'établissement du séminaire général à Louvain au préjudice des séminaires épiscopaux, et que ce sont encore mes sentiments. »
Houck fit encore part de sa nomination aux autres évéques. Celui dTpres, dont il prétendait avoir reçu l'approbation, ne daigna pas même lui répondre,
(1) Rec. XIII, p. 280.
ARTIFICE DU GQUV^EISEMEI^T. 191
mais se contenta d'écrire à son chapitre qu'il n'enverrait jamais ses séminaristes à touvain, (juoi qu'il en pût arriver.
Le décret impérial du 5 avril avait produit dan^ tout le pays une consternation générale ; les évéques, les états des provinces , les magistrats des villes , et même les tribunaux civils, les citoyens en masse ^ et les élèves de tous les diocèses, protestèrent contre lui de la manière la plus énergique. Les ondes du mécontentement et de la discorde religieuse et politique allaient toujours grossissant, et menaçaient de renverser l'édifice gouvernemental lui-même. Malgré les réclamations universelles , le gouvernement poursuivait toujours sa tâche, et s'opiniâtrait de plus en plus dans la voie malheureuse où il s'était engagé. Il ordonna (1) de nouveau, le 3 mai, au cardinal et au:^ autres évéques, au nom et par ordre de Tempereur, de lui envoyer un catalogue contenant les noms , prénoms et lieux de naissance de tous leurs séminaristes, en y indiquant leur âge et leur temps d'études ; mesure qui montre clairement qu'il n'avait renoncé en rien au projet d'ouvrir le séminaire général.
Il n'y avait quelques élèves qu'au seul séminaire de Luxembourg ; mais les artifices qu'on avait employés pour les y retenir étaient incroyables. Pour justifier entièrement cet institut aux yeux du public, de l'épiscopat et du gouvernement lui-même , on avait gagné à prix d'argent, et par de brillantes promesses d'avancement, quelques-uns de ces élèves faibles, corrompus et ambitieux, et on les avait ensuite forcés de faire l'é-
(i) Rec. XIII, p. 286; Vœu, p. 310»
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loge du séminaire au nom de leurs condisciples, quand l'occasion s^en présenterait, de vive voix , et même par écrit dans les journaux subventionnés par le pouvoir.
Mais cet ignoble artifice fut dévoilé par les élèves eux-mêmes , qui , dans une courageuse protestation adressée aux états de Luxembourg , s'en plaignirent en ces termes (1 ) :
(c Nous avons Thonneur de vous assurer que les séminaristes n^ont aucune part à ce panégyrique, quel qu'il puisse être. Nous protestons même contre tout ce qu'on pourrait avoir tramé en notre nom et à notre insu. Nous ne révoquons et ne révoquerons jamais les justes plaintes que nous avons formées contre le recteur Mayence. C'est bien à contre-cœur que nous sommes asservis à sa direction. Nous ne désirons rien tant que d'être affranchis du joug d'un homme qui a donné des preuves irréfragables du dessein qu'il a conçu de nous infecter d'une doctrine pernicieuse.
« A Dieu ne plaise que nous donnions un témoignage de notre contentement dans une maison où , contre les pieuses intentions de Sa Majesté , on enseigne impunément une doctrine analogue à celle que le père commun des chrétiens vient de frapper d'anathème, dans sa bulle contre Eybel.
« Tels sont, Messeigneurs, les vrais sentiments des soussigués, qui ne doutent nullement que leurs con- ,:».' frères ne soient dans les mêmes dispositions, qu'ils .'• ne pourront s'empêcher de laisser transpirer dès qu'ils croiront pouvoir le faire en sûreté, à l'exception peut-
(1) Rec. XIII, p. 287 ; Vœu, p. 311.
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étrd d'on petit nombre d'entre eux, attachés au recteur par les avantages temporels dont il les fait jouir, ou amôrcéç par les appâts qu'il ne cesse de leur offrir.
« Nous avons cru que, pour calmer nos consciences, nous devions , même au risque d'être disgraciés et persécutés, rendre cet hommage à la vérité , comme un témoignage authentique de notre aversion pour le séminaire, tant que cet étranger en sera le directeur, et que nous serons exposés à y soCer des principes qui ne «ont pas x^eux de TËglise. Nous y demeurons, il est vrai, mais comme dans un lieu d^esclavage et de contrainte, forcés par les entraves que T-on a mises à notre vocation. Du reste, tant s'en faut que tous ceux qui se destinent au ministère des autels y soient rentrés, que bien des théologiens^ surtout du diocèse de Liège, préfèrent uue vie précaire et ignoble auxbu^ miliations qu'ils devaient subir sous ce chef odieux. Daignez, Messeigneurs, daignez interposel* votre auto-^ rite auprès de notre auguste &k)uverain, pour qu'il lui plaise de mettre fin à nos alarmes. »
On s'efforçait, par de semblables moyens, de priéparer aussi Topinion publique à accueillir favorablement ta réouverture dû séminaire général de Lpuv^n, afin de pouvoir plus tard, s'il était nécessaire, en véjair sans danger aux moyens les plus violents.
Les directeurs de cet établissement firent courir le bruit que cet institut était non*-seulement loué et admiré dans tous les Étals d'Allemagne* et d'Autriche, mais que bientôt quelques évêques allemands viendraient en. Belgique pour éclairer et désabuser Tépiscopat do celte province^ et la nation entière, sur les