‹ Jean Henri comte de Frankenberg, cardinal archevêque de Malines ... et sa lutte pour la libertéChapitre 44 sur 58 · DÉCLARATION · texte numérisé non relu

DÉCLARATION

révêque d'Anvers, et ami du secrétaire intime du cardinal, trouva moyen de s'en procurer une copie, qnH publia sur-le-champ, et en secret, dans les premiers jours de cette même année, sans désignation du liea et sans nom d'imprimeur : toute la Belgique l'accueillit avec un cri de joie et d'admiration, et la salua comme le terme prochain de ses souffrances, et comme Theareuse aurore de son affranchissement religieux. Cet ouvrage acquit, à cause des circonstances dans lesquelles il avait été publié, une immense popularité. Il fut plusieurs fois réédité en peu de semaines, et traduit en tous les dialectes de Belgique, afin de le rendre plus accessible aux fidèles. Le nom de Frankenberg résonnait désormais dans tous les cœurs; les membres des états, les magistrats, les savants et même les militaires le prononçaient avec un respect religieux. Il fut chanté dans des hymnes patriotiques, et répété par toutes les bouchées, depuis celles des enfants jusqu'à celles des vieillards t tous célébraient ce grand cardinal comme

le sauveur de leur foi, comme un homme envoyé et inspiré par Dieu.

Rarement un ouvrage a exercé sur une nation une impression plus durable et plus profonde que la déclaration de Frankenberg ne le fit sur la population deBel- *gique. Elle devint comme la première pierre et, pour ainsi dire, comme le piédestal de leur indépendance et l'aurore de leur prochaine liberté.

Ce que Joseph II n'osait pas entreprendre contre le cardinal, les jansénistes et le sanhédrin de Bruxelles crurent le pouvoir faire. Irrémédiablement démasqués à la face de la nation par cet acte solennel, ils lancèrent feu et flammes contre son auteur. Impuissants à se venger de

lui^ ils ne dédaignèrent pas de recourir aux plus odieux n>oyenSy et, dans d'impies libelles, ils le couvrirent, ainsi que tout i'épiscopat, des plus ignobles et des plus indécentes injures. Le gouvernement de Bruxelles les favorisait d^ns leurs menées,. et donnait un libre cours à toutes ces productions dégoûtantes, qui ne sont cot pendant pour la plupart qu'uue insulte faite au bon sens, et en favorisait même, sous main, la vente; tandis que d^un autre côté, conséquent à ses principes, il interdisait, au contraire, sous des peines sévères, l£^ circulation de tous les bons ouvrages publiés, dans cette question, en défense des droits de TÉglise et de Tépiscopat. Il fut même jusqu'à menacer de la perle et de la confiscation de leur imprimerie ceux des imprimeurs qui oseraient se permettre d'imprimer et de vendre de semblables écrits.

Mais on n'en resta pas là : on attaqua jusqu'à la personne elle-même du cardinal, et on voulait le rendre responsable de l'impression qu'avait produite sa déclaration sur tous les esprits, ainsi que des suites qui eq pouvaient naître. Trautlmansdorff l'appela en conséquence à Bruxelles le 28 août, et l'accabla des reproches les plus amers, pour avoir, disait-il, allumé un brandon incendiaire au milieu du peuple. Frankenberg l'assura, avec une franchise et une sincérité entières, qu'il n'avait aucune part à la publication de cette déclaration, et qu'elle avait été faite à son insu. Puis il lui demanda, avec une fermeté sévère, qui jamais pouvait s'arroger le droit de lui interdire de prononcer et de publier, dans une cause et si sainte et si grave, un jugement qui concernait uniquement la religion, l'Eglise, sa propre personne et tout Tépiscopat de Belgique,

26S sciTE Ht La déclaration

et sur laquelle, Tion-aeulemént la province, malô encore là chrétienté tout entière, avaient les yeuic fixéd. Sa lotte avec la faculté théologique de Louvain, ajoutait-il, n'était pas une question privée entre lui et l'empereur,, et ne pouvait, par conséquent, restei* ensevelie date le secret. Tout l'éplscopat avec luî^ le clei^é et tous les états du pays, étant, aux yeux de la nation et de l'Europe, dans les journaux^ et notamment dans ceux que soudoyait le gouvernement, quotidiennement injuriés de la manière la pins cruelle, 41 était obligé, en sa qualité de chef de TÉglise belge, de rendre à la nation, et au monde chrétien tout entier, compte delà manière dont il avait su défendre les droits de la religion et ôeux de l'Église. Le pays lui-même, disàit-il enfin, avait un droit incontestable à savoir s'il avait, ou non, correspondu à sa mission et garanti les intérêts religieux de son troupeau et la foi de ses pères, attaqués avec autant d'impiété que d'audace.

Frappé de la constance inébr^inlable de ce graad pontife, le ministre le pria de vouloir au moins publier une lettre pastorale pour calmer les esprits agités dta peuple. Frankenberg y consentit, et s'en revint à Ma^ Unes pour la rédiger aussitôt. ^

Se souvenant sans cesse de la parole divine : Rendtô à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui est à Dieu, précepte qui avait été, dans cette sainte et longue lutte, la règle de toutes ses actions, et qu'il n'avait pas un instant violé, il conjure, dans ce mandement, la nation, en paroles touchantes et pleines d'amour, de ne pas se laisser entraîner au courant des opinions publiques, et d'avoir toujours devant les yeux ce commandement du Sauveur, savoir, de ne pas s'éloigner

Dli 'CARDINAL*. S63

de Tobéissance due à l'empereur plus que de la défeôse des droits eux-mêmes de leur foi. Il rappelle ensuite ce qu'il avait fait pour leur assurer le maintien de ce beau et sublime privilège; et, s'adressantà l'an» pereur, il lui montre le spectacle imposant que la nation belge offrait pendant la durée de son saint et héroïque combat pour son affranchissement religieux^ «exhortant enfin ce monarque d'exaucer leurs ardentes prières et leurs touchantes réclamations, en rendant l'Église libre, en lui restituant non--Beulement Téduca* lion du clergé^ mais encore l'enseignement de toute la jeunesse, et en rétablissant les çéminaires épiscopaux et l'ancienne et illustre université de Louvain sur les mines du séminaire général.

Le cardinal, qui connaissait à fond la perfidie des hommes du pouvoir, fit secrètement, et uniquement peur son seul usage, imprimer cette lettre, et en envoya une copie à Trauttmansdorff^ à Bruxelles. Celui-ci, saisi d'une terreur panique à celte lecture, expédia sur-léchamp à Malines un conseiller d'État pour conjurer Frankenberg d'en retrancher, ou, au moin&, d'y modifier tout ce qui avait trait aux questions religieuses du moment; mais ni prières ni menaces ne l'y purent déterminer. On eut beau le contraindre de venir le 3 septembre à Bruxelles^ il demeura toujours inébranlable, et persista à se refuser à tout changement, quel qu'il fût. Lorsque enfin tous les efTorls eurent échoué près de lui, on chercha par une violence astucieuse à empêcher la publication de ce mandement, en ordonnant au cardinal de l'envoyer à l'empereur, et lui dén fendant de le rendre public avant que celui-ci ne l'eût approuvé.

2^4 PAMP9LBT CONTRE

Peqt-on s'étonner maintenant que, devant de tds feits, la courageuse Belgique ait commencé à faire en* tendre une voix plus altière? Les évéques, le clei^é et les états s'étaient jusqu'à ce moment, pour ainsi dire, épuisés en réclamations les plus soumises et les plus respectueuses au sujet des plaies qui avaient été faites à la religion et à l'Église par cette ligue odieuse formée entre des ecclésiastiques et des politiques incrédules, qui se cachaient sous le manteau de la puissance impériale aveuglée. Leur patiente résistance semblait de^ voir aboutir au découragement en voyapt que leur parole, quelque forme qu'elle revêtit, non- seulement n'était pas écoutée, mais encore qu'elle était indignement bafouée par ces impies. Révolté de ce spectacle odieux, un homme intelligent et instruit, dans un écrit anonyme, essaya de passer en revue tous les actes par lesquels la législation de Joseph II avait empiété sur les droits de l'Église, et de les flageller avec le fouet de la satire, pour les livrer plus sûrement ainsi au mépris et à la haine de la nation et du monde. li atteignit merveilleusement son but dans un bref mais remarquable pamphlet qui fut publié, vers la fin du mois d'août de cette année, sous le titre de (1 ) : « Cent cinquante-deux absurdités des édits, ordonnances et pria* eipes de législation qui ont paru sous le nom de Joseph 11, depuis son avènement à l'empire. »

Il est impossible de trouver une critique de l'esprit irréligieux contenu dans la législation ecclésiastique de Joseph II, mieux faite et plus satiriquement habile que celle renfermée dans ce petit mais précieux opus-

(1) RCC. XIII, p. 226, 266.

LÀ LÉGISLATION DE iOSBPH II. ^6^

cidOy^qui nous épargne la fatigue de jparcaurir les nombreux et informes volumes du code religieuse de cet empereur. ^

L'auteur termine son ouvrage par quelques observations générales sur le clergé régulier et sur Téducatioa ecclésiastique; nous les citerons ici à cause de leur importance, et aussi afin qu^pn puisse se faire une idée de l'esprit dans lequel il est écrit (i).

« La premier supérieur des religieux, » ainsi s'exprimait la l^islation joséphiste, «c'est le souverain. « Le souverain a droit de dispenser les religieux des ce vœux qu'ils ont faits à leurs supérieurs généraux, « et de les remettre sous l'obéissance des ^véques. »

« Tout ordre religieux uniquement consacré à la cr prière et au culte de Dieu est inutile ou même uui^ble « à la société, et, comme tel, il en doit être retranché « par le prince. »

Voici maintenant la réponse de l'auteur :

« Le premier supérieur du religieux est Dieu même, au sei'vice duquel il s'est consacré par des vœux solennels. Le second est le pape, comme vicaire de l'Homme-Dieu sur la terre ; et les autres sont leum généraux, et ceux qui les suivent en dignité et en autorité. Le prince ne peut donc ni. se dire le premier supérieur ni s'arroger le* droit de les dispenser de leurs vœux, sans se rendre coupable d'injustice et d'outrage envers Dieu , envers l'Église , envers le pape chef de l'Église, et envers tous les supérieurs monastiques : 121% ^22^ 123% 124^ et 125^ absurdités.

<c Je passe plusieurs autres diplèmès qui contiennent

(I) Bec. XlII, p. 261 et suiv.

les mêmes absurditéd^ peur venir à celui qtii gopprime les séminaires épiseopaux, et qui sur leurs ruines ^èvè un séminaire général à Louvain. Les séminaristes, les religieux profès et tous les aspirauts^à ta vie religieuse de tous les Pays-Bas autrichiens sotit obligés d'y passer cinq ans, pour y mener la vie uniforme M y étudier la doctrine qui sera prescrite et enseignée par les directeurs et professeurs à la nomination de Fempereur. Ce diplôme , tudesque et farci d^absurdités et d'in^pijes qui n'offensent pas moins la religion que le bon sen^ nous fournira \e& dix-sept absurdités restantes, par lesquelles je finirai mon projet. ■ ^

« 4* Le foi^eron de ce décret se prétend ^ à l'exclusio'ndes évéques, être le seul juge de la saine théologie, du véritable droit ecclésiastique^ du pur et raisonnable service divin r 136* absurdité.

a 2. Et, pour faire preuve de sa prétention exclusive, il donne, pour Tinstruction, des auteurs ou hétérodoxes, ou schismatiques, ou au moins fauteiu^ de l'hétérodoxie: 137^ absurdité.

« 3. H ^te aux évêques la direction du séminaire, qui leur appartient de droit naturel, de droit divin, de droit humain, tant ecclésiastique et canonique que civil. Vous voyez les représentations sur cette matière fahes par tous ies états et provinces de ces pays : i38j 439% 440, 14i« absurdités.

t< 4. En ô tant aux évêques la direction du séminaire, on les met dans l'impuissance de veiller sur la conduite des séminaristes et de les connaître, pour les placer dans la suite selon ieur capacité et le besoin des paroisses qu'ils doivent leur confier : 142* absurdité.

« ë. De là Iqs maux de toute espèce qui résultent

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