‹ Jean Henri comte de Frankenberg, cardinal archevêque de Malines ... et sa lutte pour la libertéChapitre 43 sur 58 · S52 DÉCLARATION · texte numérisé non relu

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travail y et l'envoyait par le comte de Trauttmansdorff à l'empereur.

Cet écrit contient 1 70 pages in-8**, et a pour titre : «Déclaration de Son Éminence le cardinal archevêque de Malines , snr l'enseignement du séminaire général de Louvain , avec l'examen doctrinal des sentiments des professeurs et des livres classiques de cette noovelle institution. » Le cardinal commence son œuvre par une préface semblable à sa première déclaration da 16 juin, et dans laquelle il développe d'une manière plus étendue la cause et le but de cette seconde explication 9 faisant voir en même temps comment il y a procédé (1) : « C'est une chose connue, » disait-il, non-seulement à tout notre diocèse, mais au reste des églises des Pays-Bas , et probablement à celles' d'une grande partie de l'Europe; ac c'est une chose connue, pour quel motif et d'après quelle impulsioa nous nous sommes rendu à Louvain au commencement du mois de mars de cette année. Nous Tavons fait à l'acquit des devoirs de notre ministère, à titre et d'après les prérogatives de notre dignité épiscopale et primatiale ; nous l'avons fait pour satisfaire à la volonté et à la spéciale réquisition de Sa Majesté l'em* pereur et roi.

(c Le but que nous nous sommes proposé a été de connaître la doctrine de la faculté actuelle de théologie ; et comme notre examen a dû avoir pour objet et pour fin d'avouer publiquement la pureté et l'orthodoxie de cet enseignement, ou de spécifier et d'individuer les. choses que nous y aurions trouvées répréhen-

(1) Rec. XIV, p. 3 et sulv.

sibles et eontraires aux vrais principeâ de TÉglise catholiqne, nous avons envisagé d'abord cet acte de juridiction comme le plus important et le plus mémorable de notre épiscopat , par les rapports que le concours de mille circonstances compliquées lui donnait avec les avantages civils et religieux de ces provinces, et par l'influence qu'il devait nécessairement avoir dans le sort de la génération présente et des races futures.

« En conséquencCj pour ne rien hasarder dans une affaire de si grand intérêt^ nous avons lîommencé par invoquer le nom de Dieu , implorer les lumières de TEsprit-Saint , consulter des personnes également recommandables par ïeur caractère, leur piété et leur savoir; en un mot, nous n'avons rien tiégligé des mesures que nous avons jugées nécessaires dans la vtfe de nous procurer les éclaircissements et les apaisements requis, tant sur la marche et les moyens à employer dans cet examen , que sur les matières et l'exécution, ainsi que sur le jugement que nous avions à prononcer. i>

Le cardinal développe ensuite la marcte qu'il a suivie dans son examen , et dont nous avons déjà parlé plus haut ; et il observe qu'il s'est dirigé d'après les considérations suivantes :

« i** L'évêque , étant juge naturel de la foi en pfemière instance, et ayant droit, à ce titre, de connaître et de juger de la doctrine, il est incontestablement de sa compétence de décider, avant tout, ce qui est point doctrinal et ce qui ne l'est pas»

« â** L'Église ayant le pouvoir exclusif de prononcer sur la foi, l'évêque doit regarder comme doctrine hétérodoxe toute doctrine qu'elle a proscrite comme telle

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par un jugement caDoaique , ou qui wraii coiHraire à sa croyance universellQ, soit que cette décision ou cette croyance universelle obtienne ou n'obtienne pas la sanctioq des lois civiles, auiiquelles le dogme n^Cist aucunement soumia;

c( 3° Il est de maxime, en fait de doctrine, que Ten^ seignement catholique n'exclnt pas seulement tout ce qui serait manifestement contraire à la foi , mais aus^ toutes les propositions qui y répugqeraiept. d'une manière indirecte, comme sont les propositiona sentant l'hérésie ) suspectes d'hérésies, proximes de l'héréaie; les propositions schismatiques ; les propositions qui m^ nent au schisme; les propositions erronées, proximes de l'erreur, sentant l'erreur, suspectes d'erreur; les propositions scandaleuses , téméraires , séditieuses , malsonnaotes, blasphématoires, impies, offensant les oreilles pieuses; les propositions taxes, tendant à séduire les simples; les propositions fausses ,. apocryphes , improbables , ou condamnées par rÉglise somi toute autre qualification de cette nature. »

Après ces observations préalables, le cardinal aatre dans sa déclaration sur renseignement de Louvain^ et la divisa en deux parties. Dani^ la première, il traite des sentiments théologiques des professeurs au s^jet des questions qu'il leur avait proposées. A ses demiandes il ajoute les réponses qui y furent faites, et les examine ensuite, montrant en quoi elles jetaient conformes à la docrine et à l'enseignement de l'Église, et en quoi elles s'en éloignaient. L'ignorance, la malice et le mépris envers TÉglise et son autorité, dont ces professeurs firent preuve dans leurs réponses, est vraiment incroyable- Ils y tombent sQi)vent d9W des

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bassesses indignes, et semblent oublier entièrement qu'ils traitent avec le chef vénérable de l'Église de Belgique, auquel tous les prêtres, et eux surtout en leur qualité de professeurs et d'instituteurs du clergé, quels qu'eussent pu être d'ailleurs leur intelligence et leur savoir, devaient cependant Thommage de leur soumission et de leur respect.

L'orgueil <ie ces hommes se manifeste dans presque iotites leurs solutions : ils font entendre clairement <]iie, quoiqu'il fût cardinal et primat de l'Église belge, l'archevêque devait s'estimer très-heureux qu'ils dai^ gnassent l'honorer d'une réponse, et que cette condescendance de leur part n'était uniquement due qu'au désir qu'ils avaient de satisfaire aux volontés de Sa Majesté l'empereur. Ils lui demandent plusieurs Ibis dans leurs réponses, avec un air surpris et mécontent, s'il les croyait des ignorants, des écoliers, des enfants, et s'il ne savait pas qu'il avait affaire à des professeurs impériaux et royaux, à des hommes d'honneur et de conscience? Ils cachaient très-soigneuse* ment leur incrédulité sous le voile de professions de foi vagues, générales, remplies d'échappatoires et d'équivoques, répétant à chaque instant qu'ils eroyaieni tout ce que l'Église avait décidé au sujet des questions qui leur avaient été proposées : formule que leur avaient apprise tous les faux docteurs hérétiques dont ils étaient les disciples, et qui, eux aussi, sans cesse en appelaient à la foi de l'Église. Ils n'avaient pas honte d'affirmer en même temps, avec une audacieuse effronterie, que les soupçons au sujet de leur orthodoxie étaient uniquement fondés sur des craintes qui ne provenaient que de Tignoranoe ou de Tintérôt

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privé; sur d^ calomnies» enfin, inventées par la plus noire malice.

Le cardinal, peu soucieux de leurs protestations trompeuses , découvrit, avec autant de pénétration que de doctrine, leurs principes perfides et sédacteurs, puisés dans les sources empoisonnées et fangeuse du gallicanisme, du jansénisme et du fébronianisme. Nous regrettons que la nature et les limites de notre ouvrage ne nous permettent pas de suivre cet illustre prélat dans le magnifique développement de ces principes.

Dans la seconde partie de sa déclaration, le cardinal examine les livres classiques dont ces professeurs se servaient dans leur enseignement, et la manière dont ils en firent usage. Ici ces messieurs étaient véritablement arrivés au comble de T outrecuidance et da ridicule : ils se servaient bien, disaieuf^ils, ^e certaios livres classiques, non pas pour eux, mais uniquement pour le bien <ies élèves , afin que ceux-ci eussent an guide entre les mains ; Chaque professeur prétend d'ailleurs puiser la science à sa source : ainsi^ par exemple, l'abbé Maran, professeur d'histoire ecdé«siastique, dit superbement que, quoiqu'on lui eût proposé pour modèle l'ouvrage de Schroëck (autenr prolestant, rationaliste -et ennemi de l'Église catholique), il ne se servait cependant, pour enseigner l!histoire, que des œuvres d'Eusèbe, de celles d'Origène, des Lettres de saint Cyprien, des Actes des martyrs de Ruinart; et spécialement pour Pépoqne arienne, il prenait pour guides Hilaire de Poitiers, Athanase, Basile, Grégoire de Nazianze, et les historiens Socrate, Sozomène, Théodoret et même Philos-

torge. Quant à l'esprit de FÉglisé et à sa discipline, il se tenait principalement aux Discours de Fleury. «Enfin, Monseigneur, » c*est ainsi qu'il termine sa déclaration, «pour être court, j'ai l'honneur de dire à Votre Éminence qiie je tâche, en tout, d'être exact, de prendre les contemporains pour guides; et si qudqiïefois je consulte Baronius, h P. Pagi, Rainaldi et autres écrivains plus modernes, c'est pour y voir les textes originaux, en n'adoptant pas cependant partout leur glose. 3»

L'abbé Wouters, professeur d'exégèse biblique, poûi* se justifier de l'inciilpation d'hétérodoxie, potisse le ridicule plus loin encore : il prétend que dans son cours il consultait la sainte Écriture , non-seulement dans toutes les langues orientales, mais encore dans tous les ouvrages des premiers iPères de TÉglise, comme aussi dans ceux des plus célèbres professeurs modernes, qu'il ne connaissait probablement pas même de nom : ce qui nous le ferait présumer, c'est que, quant aux langues orientales, il n'en avait jamais eu ta plus légère teinture. Soii guide unique était les Ins^ iitutions herméneutiques de Monsperger, auteur connu par ses opinions hardies, et qui marche de pair aveo les plus fameux rationalistes protestants.

' Que devait-on croire des déclarations de tels hommes, dont l'ignorance profonde était tellement notoire, qu'elle fut dévoilée par les jeunes théologiens euxmêmes, si orgueilleusement qualifiés par leurs maîtres de superstitieux et de stupides?

Pressé par le temps comme Tétait le cardinal, il déclare qu'il regrette de n'avoir pu, parmi tous les livres classiques, examiner que l'ouvrage de Mons-

parger, et, pour le droit canonique, que œlui de Péchera, dont U dévoile sans ménagem^at les doctrines scandaleuses (1).

a En conséquence y » c'est ainsi qu'il termine ce mémoire, «de tout ce que nous avons dit jusqu'icii tant dans la première que dans la seconde partie de la présente déclaration , nous croyons avoir satisbit aux détails que nous avions promis par la déclaratioa générale du 16 juin 1789, et avoirpour lors déclaré avec raison que, sur les réponses rendues p^r les professeurs de Louvain , et sur les livres classiques servant à renseignement du séminaire général,, nous avons trouvé plusieurs chefs de répréhensibilité trèsnotables ; ce que nous déclarons itérativement par les présentes : de sorte que nous sooimes forcé de regarder l'enseignement de cette école comme non orthodoxe, soumettant cependant notre présente déclaration au jugement du saint-siége et de TÉglise. )»

Cette déclaration mit fin à cette lutte sainte, il est vrai, mais en même temps douloureuse, entreprise pour le maintien de la pureté et de l'intégrité de k doctrine catholique ; lutte dont la religion devait sorjtir victorieuse , et à l'issue de laquelle les efforts de Tillustre prince de l'Église devaient être couronnés dq {dus splendide succès.

Pour revenir une dernière fois sur cette déclaratioB, nous dirons qu'elle est un véritable chef-d'œuvre de modération et de pénétration théologique : jamais le masque de ces prêtres sans pudeur n'avait été arraché à leur face par une maip plus vigoureuse et plus habile.

(1) Rec XIY» p. 169.

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Ils 66 nommaient, à la vérité^ professeurs de théologie^ mais ils n'étaient, en effef, que des corrqpteurs du sacerdoce et des profanateurs ties choses saintes. Celte déclaration devint et fut universellement considérée comme le jugement sans appel de cette production monstrueuse de Tillaminisme de Vienne, nous voiilonis dire l'institution des séminaires généraux; et elta subsistera toujours comme un des plus beaux monuments qui puissent éclairer l'histoire sur la nature de Tesprit irréligieux qui avait, vers la fin du siècle^ deiv nier, si douloureusement envahi TÉglise et l'enseigne^ .ment des sciences théologiques.

A Vienne, la déclaration du cardinal produisait uae vraie consternation dans le camp des illuminés, qui en connaissaient l'importance; ifs ne pensèrent plus qu'à chercher des moyens de perdre son auteur. Joseph If| dit-on (mais nous ne pouvons garantir Tauthenticité de C6 fait), écrivit, de sa propre main, sur la marge de cette déclaration (1) : « Le cardinal doit plier, ou être brisé. T» Il n'osa cependant alors on venir contre lui k aucune mesure violente, quoique ses conseillers cb^fr chassent à l'y pousser. Mais cette fois, au contraire^ ce Muverain, ordinairement si précipité dans sèsentretprises et si habituellement dominé par l'orgueil, montra dans sa conduite plus de prudence et de circonspeo* tioo que tous ceux qui Tentouraient.

Bien que la déclaration du cardinal ne fût pas destinée à la publicité et dût demeurer secrète, néanmoins le digne et pieux prêtre Oomen, secrétaire dô

(i) M. de Gerlachc, Histoire du royaume des Pays-Bas^ 1. 1,

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