PRINCIPES DÈS DIRECTEURS
a laissée un témoin oculaire : qu’il nous soit permis d’en donner un court aperçu (1).
Stôger s’était entouré de deux prêtres qui partageaient ses sentiments et ne se distinguaient de lui que par une plus profonde ignorance , savoir, les sieurs Yonck, Autrichien, et la Joie, Savoyard, lequel, à cause de ses principes pervers , avait été antérieurement chassé du Piémont, et, de plus, souillé par la recommandation que Tamburini , chef des jansénistes d’Italie et recteur du séminaire général de Pavie, avait faite de lui à la commission d’études de Yienne. Un troisième individu, nommé Copin, janséniste français, entra bientôt dans leur société. Ces trois hommes devinrent les vice-recteurs du nouvel institut, et favorisèrent tous les desseins de Stôger.
Même dans leurs rapports extérieurs avec les élèves, ces personnages étaient brutaux ; et il ne pouvait en être autrement, dénués qu’ils étaient de toute ombre d’éducation scientifique, et moins encore chrétienne. Lorsque les jeunes élèves se plaignaient des mauvais traitements qu’on leur faisait subir, on leur répondait : « L’institut n’a pas besoin de vous, il faut que vous vous soumettiez : ainsi le demande la loi, ainsi le veut le gouvernement. » Ces messieurs se raillaient de tout, et épiaient chaque occasion d’étouffer dans les tendres cœurs de ces jeunes gens toute étincelle de dévotion et de piété chrétienne. Us interdisaient même, à ceux qui avaient reçu le sous-diaconat et le diaconat , la ré-
(1) Relation fidèle des troubles arrivés au séminaire général de Louvain en 1786 et 1787, dressée par un témoin oculaire. Rec. Il, p. 171-208 ; et III, p. 57-67.
citation du bréviaire , sous prétexte qu’ils pouvaient employer ce temps plus utilement à l’étude. Ils abolirent de môme la louable coutume de porter la barette dans la maison, et ils lui substituèrent, pour ceux qui ne voulaient pas demeurer la tête nue, une casquette à l’usage des laïques. Ces messieurs avaient honte du signe de la croix, et se moquaient de ceux qui, parmi les pieux élèves, se revêtaient de ce respectable et antique signe du chrétien avant et après les repas, au commencement et à la fin des classes, à l’entrée et à la sortie de la chapelle, ou en toute autre occasion. La Joie croyait qu’il suffisait de faire le signe de croix uniquement à la messe. On supprima toutes les grand’messes solennelles, chantées avec diacre et sous*diacre , sous le prétexte qu’elles duraient trop longtemps, et que cette assistance ne signifiait rien ; ensuite on introduisit l’usage do n’avoir que des basses messes, et on en chargeait particulièrement des prêtres qui s’en acquittassent dans le plus court espace de temps possible. On abolit même l’usage de la confession hebdomadaire, on la rendit mensuelle ; et l’on tâchait encore de persuader aux jeunes prêtres de ne célébrer la messe que les jours de dimanche et les fêtes, prétendant que cela était plus conforme à l’esprit de la primitive Église.
Quant à la juridiction, ils n’en faisaient nul cas. Un jour, un jeune prêtre voulant se confesser avant de célébrer la sainte messe , et désirant pour cet effet se rendre avec un de ses condisciples à l’église paroissiale voisine, Stoger le lui défendit en lui disant qu’il pouvait s’adresser à son compagnon, prêtre lui-même; et , sur l’observation que celui-ci n’avait pas reçu de