OUVERTURE
ser sur la pureté de cet enseignement, et d’établir à cet effet le concert si désirable entre le gouvernement et l’épiscopat, pour parvenir à la réforme salutaire dont le clergé en général a un besoin si reconnu , tant du côté des mœurs et de la discipline, que du côté de l’instruction. » — Et pour mettre le comble à son ironie, il ajoute : « Il dépendra donc de Votre Éminence d’envoyer quelqu’un de sa part à Louvain pour s’aboucher avec l’abbé Stôger, que Sa Majesté a nommé recteur du séminaire général et directeur de la faculté de théologie , à laquelle Sa Majesté n’a fait d’ailleurs aucun changement. Cet abbé donnera, ainsi qu’il vient d’en êtro chargé, au député qui se présentera chez lui de la part de Votre Éminence , toutes les notions et tous les éclaircissements qu’elle désirera sur l’ordre et le régime du séminaire, et sur l’enseignement de la théologie qu’il est chargé de diriger; et si, ensuite, Votre Éminence trouve quelques observations à y faire, elle peut compter qu’on y fera la plus grande attention, et que le gouvernement s’empressera à accueillir tout ce qu’elle pourra proposer à l’effet d’établir un concert parfait pour remplir le but et les intentions pures de Sa Majesté. »
On ne pouvait pousser plus loin l’hypocrisie. Voyons maintenant comment ces messieurs, depuis le ministre plénipotentiaire jusqu’aux professeurs de Louvain, tinrent leur parole.
Les élèves des divers séminaires arrivèrent donc à Louvain le 16 novembre; et, le 1" décembre, s’ouvrirent les cours de théologie. Le cardinal et l’évôque de Gand, Ferdinand-Marie, priuce de Lobkovitz, avaient fait accompagner leurs séminaristes par des ec-
clésiastiques de confiance, auxquels ils avaient enjoint de rester dans cet établissement en qualité d’élèves , et d’assister aux cours des professeurs, afin de pouvoir plus facilement connaître leurs véritables sentiments, ainsi que ceux du recteur de cet institut. Mais Stôger et le Plat pénétrèrent bientôt la pensée de ces dignes pasteurs, et surent si bien manœuvrer auprès du gouvernement de Bruxelles, que ces deux ecclésiastiques ne tardèrent pas à être renvoyés du séminaire général.
Le cardinal voulut assister lui-même en personne à l’ouverture des cours ; Stôger le reçut à la porte du séminaire, et en soutane, vêtement que, depuis son séjour à Louvain, il n’avait encore jamais porté. Tous les élèves, à la présence de ce digne prince de l’Église, élevèrent unanimement la voix pour lui demander d’être rendus à leurs évêques, et arrachés à cet odieux asile; tant leurs esprits étaient déjà profondément indignés des discours que leur avait tenus cet impie, pendant un si court espace de temps ! Mais le cardinal de Frankenberg s’efforça de les calmer, et les exhorta, dans des termes pleins d’affection, à se soumettre, en les assurant que l’épiscopat prendrait les mesures né- » cessaires pour prévenir tous les inconvénients, et qu’il défendrait sans crainte et sans faiblesse leurs intérêts spirituels et matériels contre qui que ce fût qui tentât d’y porter atteinte.
Ce que ces prêtres pervers se permettaient envers leurs élèves était, en vérité, incroyable ; et les principes avec lesquels ils cherchaient à infecter leurs âmes et leurs cœurs étaient plus impies encore. On ne peut lire sans une indignation profonde la relation que nous en