‹ Jean Henri, comte de Frankenberg, cardinal archevêque de Malines, primat de Belgique et sa lutte pour la liberté de l'église et pour les séminares épiscopaux sous l'empereur Joseph IIChapitre 37 sur 104 · DES ÉTATS DE BRADANT · texte numérisé non relu

DES ÉTATS DE BRADANT

tenir à tout prix le séminaire général, sans se soucier que la mémoire de leur souverain fût, ou non, couverte d’un manteau d’ignominie et poursuivie de la malédiction des peuples , et que l’empire d’Autriche perdît un de ses plus beaux apanages.

Les Belges, instruits par une longue et amère expérience, pressentirent ce qui allait avoir lieu, et entrèrent encore en lice avec une vigueur nouvelle pour défendre la foi de leurs pères. L’épiscopat , heureux d’avoir recouvré son vénérable chef, et soutenu par lui, s’associa aux représentants de la nation dans cette guerre sainte. Ici commence la vraie lutte pour conserver la liberté de l’Église, maintenir l’intégrité de la foi et arracher aux mains du pouvoir civil l’enseignement de la jeunesse ecclésiastique et séculière. Quel spectacle grandiose ! Suivons pas à pas cette nation magnanime dans son énergique combat pour la conservation de ces biens précieux de l’humanité, seuls grands, seuls saints, seuls impérissables.

Aux états de Brabant était encore réservé l’honneur de prendre les premiers la parole. Ils envoyèrent à l’empereur, le 8 octobre, un exposé détaillé de tous les attentats qui avaient été commis en son nom au préjudice des droits et de la liberté de l’Église, et le supplièrent d’y porter remède, conformément aux promesses qu’il avait faites, soit de vive voix aux députés de Belgique, soit par l’organe de son ministre plénipotentiaire, le comte de Murray. Parmi ces attentats, disaient-ils, aucun n’avait été plus énorme et plus sensible que celui d’essayer encore la réouverture du séminaire général, au mépris de la répulsion unanime de tout un peuple. Et après avoir démontré de nouveau

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combien était insensée une pareille entreprise, ils continuent en ces termes (1) : « Ce plan a été suggéré à Votre Majesté pour établir l'unité dans l’enseignement, dans la discipline et jusque dans la morale ; mais, Sire, qui pourrait assurer que deux élèves assistant aux mômes leçons publiques goûteront les mêmes raisons, les mômes règles, la môme norme, et qu’ils ne tireront pas du même principe des conclusions opposées? Tel est le type, telle est la trempe de l’entendement humain; celui qui pourrait assimiler tous les esprits, rendrait plus facilement sans dissemblance tous les corps qui existent dans la matière.

a Si l’on remonte aux beaux siècles de l’Église, l’on voit les évêques formant dans leur propre maison les jeunes ecclésiastiques au saint ministère ; jamais l’espoir et la succession du sacerdoce n’étaient confiés à des mains étrangères : l’enseignement a toujours appartenu de droit divin aux évêques; c’est eux qui reçurent la mission de l’Esprit-Saint. Dans celte éducation domestique on s’attachait bien plus à la sainteté des mœurs, propre à sanctifier le peuplo de Dieu, qu’au savoir et à l’érudition.

« Charlemagne, après les dévastations des Barbares, donna des facilités aux évêques pour rétablir les séminaires; il n’innova rien à la discipline ancienne. Le concile de Trente la rappelle à sa pureté : ce saint concile veut que les clercs soient élevés non-seulement sous la direction et sous les yeux de l’ordinaire, mais près de l’église principale , afin que l’évêque puisse par lui-même faire les plus fréquentes indagations sur

(l) Bec. IX, p. 140 et suiv.

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