‹ Jean Henri, comte de Frankenberg, cardinal archevêque de Malines, primat de Belgique et sa lutte pour la liberté de l'église et pour les séminares épiscopaux sous l'empereur Joseph IIChapitre 44 sur 104 · REMONTRANCE · texte numérisé non relu

REMONTRANCE

tous les élèves fussent assujettis à subir de si longues épreuves, qui ne sont pas requises d’ailleurs pour faire de bons curés, particulièrement au Plat-Pays.

« Il résulte de ces observations également incontestables et simples, que si l’institut des universités, c’està-dire de ces écoles publiques et générales dont les professeurs sont spécialement chargés d’approfondir, de pénétrer, pour ainsi dire, dans l’abîme des sciences, est d’une utilité, d’une nécessité môme indispensable, on doit convenir en môme temps que des écoles d’un ordre inférieur, où l’enseignement est moins étendu , moins abstrait, et restreint aux seules connaissances requises pour pouvoir exercer avec fruit le ministère des âmes , ne sont pas moins nécessaires, surtout dans un pays cultivé comme celui-ci , où les campagnes sont si peuplées, et où, par conséquent, le nombre des paroisses est si considérable.

« Ces écoles , Messeigneurs , dans l’état actuel des choses, existent heureusement: ce sont les sémiuaires épiscopaux , qui remplissent avec le plus grand succès le but que nous venons d’indiquer. S’ils n’existaient pas, ces séminaires, on ne pourrait rien faire do mieux que leur donner naissance. Comment donc a-t-on pu songer à les détruire ? Et par quel moyen , par quel genre de surprise est-on parvenu à le persuader à Sa Majesté? C’est ce qui nous paraît inconcevable.

« C’est bien en vain qu’on s’est imaginé qu’un certain nombre d’écoles ou de maisons d’instruction et d’éducation ecclésiastiques , éparses dans le pays , serait capable de nuire , soit à l’uniformité de la doctrine, soit à la régularité des mœurs. L’expérience de deux siècles a précisément prouvé le contraire. Elle a

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fait voir que ces établissements particuliers avaient servi , non-seulement à exciter et à entretenir l’émulation, qui est l’aiguillon et le nerf principal de toutes choses, ainsi que des sciences, mais qu’en se surveillant les unes les autres , ces écoles avaient encore servi à conserver plus sûrement le dépôt sacré de la foi et l’invariable unité du dogme, que ne pourrait le faire, en aucun cas ni en aucun temps , une école unique et isolée.

« Il pourrait môme paraître dangereux de confier ce dépôt, avec l’instruction générale et exclusive en matière de théologie , à un seul corps , à une seule et unique école, puisque, après tout, il ne serait pas impossible que le relâchement dans la morale , ou l’esprit d’erreur dans le dogme, vînt à s’emparer des professeurs; d’où le poison découlerait ensuite, avec une facilité et une rapidité étonnantes, dans tout un pays, sans aucun espoir, pour ainsi dire, de l’arrêter.

« On peut encore ajouter que toutes ces écoles particulières, les séminaires, en un mot, ne sont, dans le fond de la chose , qu’une émanation des universités. Ce sont autant de colonies que ces dernières , semblables en cela à une grande république , sont censées d’envoyer dans les pays circonvoisins. En effet , n’estce pas dans les universités que viennent se former ceux qui vont présider ensuite aux études des séminaires? N’est-ce pas la môme doctrine qu’ils en rapportent , pour la transmettre ensuite à leurs disciples ? Et les exemples des professeurs tirés d’ailleurs ne sontils pas infiniment rares?

« Nous espérons que Sa Majesté se laissera toucher par des réflexions si propres à faire impression sur son

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cœur magnanime et sur sa grande âme, également accessible à la vérité , et brûlante du désir de rendre les peuples heureux. Nous l’étions, hélas! avant l’époque fatale des innovations sous le poids desquelles nous gémissons encore aujourd’hui. Nous nedemandons que d’élre réintégrés dans l’état d’où nous sommes déchus. Qu’il plaise à Sa Majesté de rendre aux évêques l’entière liberté d’avoir chez eux leurs séminaires , qu’on a voulu transférer chez nous , quoique bien malgré nous; mais qu’en revanche, elle daigne rendre à l’université ses anciens privilèges, et nommément celui de nomination , d’où dépend tout son lustre , et sans lequel on ne peut guère espérer ni émulation, ni éludes profondes, ni mérite éclatant à Louvain. C’est l’unique moyen do relever nos courages abattus , de faire renaître parmi nous ce calme tant désiré , cette sérénité d’esprit et cette vigueur d’âme si nécessaires pour faire fleurir les sciences.

« Hâtez ce moment si heureux pour nous, Messeigneurs, par le nerf, par l’énergie de vos remontrances, dont nous espérons que vous daignerez accompagner ce mémoire, en le portant, comme nous vous en supplions, aux pieds du trône et sous les yeux de Sa Majesté. »

TRAÜTTM AN SDORFF .

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