‹ Jean Henri, comte de Frankenberg, cardinal archevêque de Malines, primat de Belgique et sa lutte pour la liberté de l'église et pour les séminares épiscopaux sous l'empereur Joseph IIChapitre 48 sur 104 · DU CHAPITRE DE MALINES · texte numérisé non relu

DU CHAPITRE DE MALINES

blée sous un meme toit : l’expérience démontre tous les jours les inconvénients de pareils établissements, tant pour le physique que pour le moral : qu’une maladie contagieuse pénètre dans le séminaire général, qu’un vice s’v introduise et fasse quelques progrès, voilà toute la pépinière du clergé exposée aux ravages d’une mortalité ou d’une corruption , voilà la religion dans le péril le plus imminent de se voir privée de ministres, ou d’en recevoir de corrompus.

« Non , Monseigneur, il n’est pas possible de croire qu’on ait mis sous les yeux de Sa Majesté l’empereur ces remontrances aussi énergiques que respectueuses que Votre Éminence et messeigneurs les évêques du pays, do môme que messeigneurs les membres des états de la Belgique, l’université de Louvain, le conseil de Flandre, les théologiens mémo de la plupart des séminaires, lui ont adressées contre un établissement absolument destructif du clergé séculier et régulier de ces provinces, contraire aux droits les plus incontestables des évêques et des particuliers, et qui exposera tôt ou tard au danger de perdre la religion catholique un pays où cette précieuse religion règne par conviction et par sentiment plus que partout ailleurs; il n’est pas possible, disons-nous, que Sa Majesté ait vu les raisons péremptoires qui ont alarmé toutes les personnes sages qui sont à même d’en prévoir les suites, et qui aiment assez la religion pour en concevoir toute la crainte : nous sommes trop convaincus de l’amour et de l’attachement de notre auguste souverain pour la religion catholique, pour croire qu’il aurait pesé ces raisons sans en avoir été touché; et tout nous engage à penser que les grandes affaires qui de-

AVIS DOCTRINAL

mandent maintenant toute l’attention de Sa Majesté, ne lui auront pas laissé le loisir nécessaire d’examiner la force des motifs de nos justes alarmes, et nous prions Votre Éminence d’employer ses bons offices auprès de Son Excellence le comte delraultmansdorff pour qu’elle daigne appuyer nos raisons auprès de notre auguste souverain : nous ne doutons pas, d’après la confiance que Sa Majesté a placée à juste titre dans la sagesse et dans les lumières de ce digne ministre, et d’après l’affection que Son Éminence témoigne pour le bonheur de notre pays et pour la conservation de notre précieuse religion, qui en fait la base; nous ne doutons pas, disons-nous, que Sa Majesté ne reconnaisse la justice de nos réclamations, et ne confirme aux évêques et au clergé la jouissance paisible et complète de leurs droits les plus sacrés et les plus essentiels.

« Nous ne pouvons encore nous persuader que Sa Majesté continuerait de considérer le rétablissement du séminaire général comme faisant partie des préalables , si elle avait vu les représentations qu’on lui a adressées sur cette matière. L’existence d’un tel séminaire n’en peut faire l’objet, puisqu’elle est diamétralement opposée à l’autorité des évêques, qu’elle tend à leur ôter une des prérogatives les plus inséparables de leur dignité, qu’ils ont, de droit divin, d’enseigner et de faire enseigner toutes leurs ouailles : les évêques ne pouvant renoncer à ce droit, personne ne peut les y contraindre, et nulle crainte des calamités qui pourraient résulter de leur refus ne doit et ne peut les y faire consentir. D’ailleurs, les séminaires épiscopaux érigés près des églises cathédrales, ayant été approuvés par les souverains, sont des établissements légaux, et jouis-

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sent conséquemment, aussi bien que tout autre établissement ou propriété quelconque, de la protection de Sa Majesté, de la protection des lois et de la garantie de la constitution.

« Tel est, Monseigneur, l’avis de votre chapitre métropolitain, que vous avez cru devoir consulter sur un objet que nous envisageons tous comme de la dernière conséquence, pour la conservation de la religion catholique, apostolique et romaine, dans les Pays-Bas.

« En qualité de sénat de votre église (selon l’expression du concile de Trente), et conséquemment le clergé de votre diocèse, nous nous sommes crus obligés, Monseigneur, de vous déclarer, ingénument et avec franchise, que nous croyons qu’il y a, nous ne disons pas des inconvénients, mais une impossibilité parfaite d’établir légalement, et sans les suites les plus fâcheuses, le séminaire général, qui entraînera immanquablement avec lui la ruine complète du clergé , et conséquemment de l’instruction chrétienne, de l’administration des sacrements, et, en un mot, de notre sainte religion, du maintien de laquelle nous sommes, après les évêques, les premiers comptables. »

Le chapitre de la cathédrale d’Àdvers s’exprime à ce sujet d’une manière non moins éloquente, et peutêtre plus énergique encore, dans son avis doctrinal du 5 janvier (1) : « Pénétrés du respect le plus profond, » c’est ainsi qu’il parle dans le préambule de celte pièce remarquable, « et de la plus haute vénération pour notre auguste maître et souverain, dont nous nous faisons honneur et gloire d’être les très-fidèles sujets;

(I) Rec. XI, p. 61 , 76 ; Vœu, p. 243 - 262 .

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sensibles, d’autre part, au devoir sacré de notre ministère, qui exige une franchise loyale et mesurée, surtout dans les circonstances où Pévéque nous honore de sa confiance, et nous demande notre opinion dans des cas embarrassants; nous protestons, Monseigneur, et protestons devant Dieu, que nos déclarations, fruits de la réflexion et de la méditation, n’auront d’autre but que la vérité, d’autre guide que la droiture, ni. d’autre principe que celui que nous tenons de la vérité même : Rexldile ergo quie sont Cæsaris CtùSari , et quæ sunt Dei Deo.

« En conséquence, nous avons l’honneur do vous dire : que nous avons principalement fixé notre attention sur trois objets, sur la nature desquels doit porter l’avis que vous nous avez demandé, et que nous sommes obligés, en notre qualité et en vertu du concile de Trente, de vous donner, lorsque vous trouverez bon de l’exiger.

a Ces objets sont :

« 1° Le séminaire général considéré en lui-même.

« 2° Les séminaires épiscopaux tels qu’ils sont dans nos provinces.

« 3° Le pouvoir et le devoir des évêques en cette matière. »

Après avoir démontré avec une grande force de raisonnement la perversité de cet institut sous ce triple point de vue, ils continuent en ces termes :

« Ce séminaire général a déjà donné une preuve de fait de son insuffisance, et il ne faudraitqu’une seconde scène semblable à la première pour ruiner pour un siècle et davantage tout le clergé tant régulier que séculier, et mêmè pour achever la ruine totale de nos

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